1. Nous nous basons sur la version originale allemande: «Das polnische Volk vermehrt sich doppelt so schnell wie das deutsche, und das ist das Entscheidende! Die viel primitiveren slawischen Völker werden das deutsche Volk, das sich bei weitem nicht genügend vermehrt, auffressen.», cité par Götz Aly, «Das Posener Tagebuch des Anatomen Hermann Voss», in Götz Aly, Biedermann und Schreibtischtäter. Materialien zur deutschen Täterbiographie, Berlin, Rotbuch Verlag, 1987; p. 19. Une traduction française de certains passages présentés ici est fournie dans Götz Aly & Suzanne Heim, Les architectes de l’extermination. Auschwitz et la logique de l’anéantissement, Paris: Calmann-Lévy 2006, p. 157 (ouvrage traduit de Götz Aly & Suzanne Heim, Vordenker der Vernichtung. Auschwitz und die deutschen Pläne für eine neue europäische Ordnung, Hamburg: Hoffmann und Campe, 1991). Notre traduction peut différer légèrement de celle proposée dans l’ouvrage cité ci-dessus. Il faut remarquer que la version originale allemande citée dans Vordenker der Vernichtung… peut présenter de minimes différences par rapport à l’édition de Das Posener Tagebuch de 1987. Quelques extraits du journal de Hermann Voss (conformes à l’édition de Das Posener Tagebuch) ont été fournis dès 1984 par Wladyslaw Bartoszewski, «Der Widerstand der polnischen Wissenschaft unter der deutschen Besatzung 1939-1945», dans Wissenschaftskolleg zu Berlin, Jahrbuch 1982/83, Berlin: Siedler Verlag, 1984. 2. Götz Aly, «Das Posener Tagebuch des Anatomen Hermann Voss», op. cit., p 41: «Hier im Institutsgebäude ist auch im Kellergeschoß eine Verbrennungseinrichtung für Leichen. Sie steht jetzt ausschließlich im Dienst der Geheimen Staatspolizei. Die von ihr erschossenen Polen werden hier nachts eingeliefert und verbrannt. Wenn man doch nur die ganze polnische Gesellschaft so veraschen könnte! Das polnische Volk muß ausgerottet werden, sonst gibt es hier keine Ruhe im Osten.» 3. Götz Aly, «Das Posener Tagebuch des Anatomen Hermann Voss», op. cit., p 19: «Ich denke, daß man auf die polnische Frage ohne Gefühl sehen muß, rein biologisch. Wir müssen sie vernichten, andernfalls vernichten sie uns. Und deshalb freue ich mich über jeden Polen, der nicht mehr lebt.» 4. Götz Aly, «Das Posener Tagebuch des Anatomen Hermann Voss», op. cit., p 43-44: «Gestern habe ich mir den Leichenkeller und den Verbrennungsofen, der auch im Keller ist, ange-sehen. Dieser Verbrennungsofen war für die Beseitigung von Leichenteilen bestimmt, die von den Präparierübungen übrigblieben. Jetzt dient er dazu, um hingerichtete Polen zu veraschen. Fast täglich kommt jetzt das graue Auto mit den grauen Männern, d.h. S.S.-Männern von der Gestapo und bringt Material für den Ofen. Da er gestern nicht in Betrieb war, konnten wir hineinschauen. Eslag drin die Asche von 4 Polen. Wie wenig doch von einem Menschen übrigbleibt, wenn alles Organische verbrannt ist! Der Blick in einen solchen Ofen hat etwas sehr Beruhigendes. Wie sagte doch Marschall Ney vor seiner Hinrichtung: ou bientot un peu de poudre. Die Polen sind augenblicklich wieder sehr frech und infolgedessen hat unser Ofen viel zu tun. Wie schön wäre es, wenn man die ganze Gesellschaft durch solche Öfen jagen könnte!» 5. Werner Best, «Die Geheime Staatspolizei», Deutsches Recht, avril 1936, pp. 125-128.

Hermann Voss:
L’extermination des Polonais


Christian Heinrich Emil Hermann Voss (1894-1987) était un anatomiste allemand. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut nommé, en avril 1941, à l’Université de Posen (en Pologne), germanisée. Après la guerre, il devint le plus prestigieux anatomiste de l’Allemagne de l’Est. La plupart des étudiants en médecine apprendraient les base de l’anatomie dans un ouvrage de Hermann Voss.

Pendant la guerre, Voss se faisait livrer des têtes juives et polonaises par la Gestapo... Il en vendait ensuite les crânes à diverses universités allemandes et autrichiennes. Voss n’était pas un militant nazi particulièrement engagé, mais il cultivait une haine antisémite et antislave extrêmement virulente. Sa haine envers les Polonais semblait la plus ardente ainsi qu’on va le voir. Entre 1933 et 1942, Voss tînt un journal que, dans sa fuite en 1945, il laissa derrière lui. Ce journal contient quelques passages particulièrement violents contre les Polonais. En voici quelques extraits.

23 juin 1935:

«La population polonaise se reproduit deux fois plus vite que les Allemands — et c’est là le point crucial! Les peuples slaves bien plus primitifs vont tout simplement engloutir le peuple allemand, qui est loin de se reproduire en nombre suffisant.»1

24 mai 1941:

«Il y a ici, au sous-sol du bâtiment de l'institut, un incinérateur pour détruire les corps. Il est désormais réservé à l’usage exclusif de la Gestapo. Les Polonais abattus par les gens de la Gestapo sont emmenés ici de nuit et incinérés. Si seulement toute la société polonaise pouvait être éliminée de cette façon! Le peuple polonais doit être exterminé (Das polnische Volk muß ausgerottet werden), sinon il n’y aura pas de paix à l’Est.»2

2 juin 1941:

«Je pense qu’on doit considérer la question polonaise avec un total détachement émotionnel, comme une question purement biologique. Nous devons les anéantir, sinon ils nous anéantirons (Wir müssen sie vernichten, andernfalls vernichten sie uns). Et pour cette raison, je me réjouis de chaque Polonais qui cesse de vivre.»3

15 juin 1941:

«Hier, j’ai pu moi-même observer la morgue et le four d’incinération qui s’y trouve. Ce four était destiné à l’élimination des restes de cadavres issus des dissections. A présent il sert à incinérer les Polonais exécutés. Presque chaque jour maintenant, le camion gris et les hommes gris, c’est-à-dire les SS de la Gestapo, arrivent avec de quoi remplir le four. Comme il ne fonctionnait pas hier, nous avons pu jeter un coup d’oeil à l’intérieur. Il contenait les cendres de quatre Polonais. Comme il reste peu de chose d’un être humain lorsque toute la matière organique a été consumée! Il y a quelque chose de très réconfortant à regarder dans l’un de ces fours. Que disait donc le maréchal Ney avant son exécution? “Ou bientôt un peu de poudre [en français dans le texte].” Les Polonais sont redevenus très insolents en ce moment et, en conséquence, notre four a beaucoup à faire. Comme ce serait merveilleux si nous pouvions tous les rassembler dans de tels fours!»4

Ces extraits appellent quelques remarques. Le racisme anti-slaves, dont le nazisme ne fut qu’une manifestation, s’exprime ici dans les termes les plus radicaux: Voss souhaite la mise à mort en masse et collective du peuple Polonais. Il l’exprime d’une façon qui nous glace en rêvant d’une incinération des tous les Polonais. L’image d’une communauté appelée à disparaître toute entière par l’incinération est ici spectaculaire puisqu’elle correspond à la réalité de ce qui est advenu d’une très grande partie des Juifs assassinés par les nazis.

Enfin, le vocabulaire utilisé par Hermann Voss est typique du vocabulaire nazi. On le voit, la mise à mort collective, le massacre de masse des Polonais dont il rêve, s’exprime avec la plus grande violence et sans la moindre ambiguité par le recours aux termes «anéantir/vernichten» et «exterminer/ausrotten». Ces deux verbes, vernichten et ausrotten (ou leurs formes substantivées, Vernichtung/anéantissement et Ausrottung/extermination) constellent les documents contemporains émanant des nazis et de leurs complices lorsqu’ils décrivent le projet, puis sa réalisation, de mise à mort complète des Juifs. La signification de ces termes, dénuée de la moindre équivoque pour tout germanophone, apparaît ici dans toute sa crudité.


Notes.

1. Nous nous basons sur la version originale allemande: «Das polnische Volk vermehrt sich doppelt so schnell wie das deutsche, und das ist das Entscheidende! Die viel primitiveren slawischen Völker werden das deutsche Volk, das sich bei weitem nicht genügend vermehrt, auffressen.», cité par Götz Aly, «Das Posener Tagebuch des Anatomen Hermann Voss», in Götz Aly, Biedermann und Schreibtischtäter. Materialien zur deutschen Täterbiographie, Berlin, Rotbuch Verlag, 1987; p. 19. Une traduction française de certains passages présentés ici est fournie dans Götz Aly & Suzanne Heim, Les architectes de l’extermination. Auschwitz et la logique de l’anéantissement, Paris: Calmann-Lévy 2006, p. 157 (ouvrage traduit de Götz Aly & Suzanne Heim, Vordenker der Vernichtung. Auschwitz und die deutschen Pläne für eine neue europäische Ordnung, Hamburg: Hoffmann und Campe, 1991). Notre traduction peut différer légèrement de celle proposée dans l’ouvrage cité ci-dessus. Il faut remarquer que la version originale allemande citée dans Vordenker der Vernichtung… peut présenter de minimes différences par rapport à l’édition de Das Posener Tagebuch de 1987. Quelques extraits du journal de Hermann Voss (conformes à l’édition de Das Posener Tagebuch) ont été fournis dès 1984 par Wladyslaw Bartoszewski, «Der Widerstand der polnischen Wissenschaft unter der deutschen Besatzung 1939-1945», dans Wissenschaftskolleg zu Berlin, Jahrbuch 1982/83, Berlin: Siedler Verlag, 1984.

2. Götz Aly, «Das Posener Tagebuch des Anatomen Hermann Voss», op. cit., p 41: «Hier im Institutsgebäude ist auch im Kellergeschoß eine Verbrennungseinrichtung für Leichen. Sie steht jetzt ausschließlich im Dienst der Geheimen Staatspolizei. Die von ihr erschossenen Polen werden hier nachts eingeliefert und verbrannt. Wenn man doch nur die ganze polnische Gesellschaft so veraschen könnte! Das polnische Volk muß ausgerottet werden, sonst gibt es hier keine Ruhe im Osten.»

3. Götz Aly, «Das Posener Tagebuch des Anatomen Hermann Voss», op. cit., p 19: «Ich denke, daß man auf die polnische Frage ohne Gefühl sehen muß, rein biologisch. Wir müssen sie vernichten, andernfalls vernichten sie uns. Und deshalb freue ich mich über jeden Polen, der nicht mehr lebt.»

4. Götz Aly, «Das Posener Tagebuch des Anatomen Hermann Voss», op. cit., p 43-44: «Gestern habe ich mir den Leichenkeller und den Verbrennungsofen, der auch im Keller ist, ange-sehen. Dieser Verbrennungsofen war für die Beseitigung von Leichenteilen bestimmt, die von den Präparierübungen übrigblieben. Jetzt dient er dazu, um hingerichtete Polen zu veraschen. Fast täglich kommt jetzt das graue Auto mit den grauen Männern, d.h. S.S.-Männern von der Gestapo und bringt Material für den Ofen. Da er gestern nicht in Betrieb war, konnten wir hineinschauen. Eslag drin die Asche von 4 Polen. Wie wenig doch von einem Menschen übrigbleibt, wenn alles Organische verbrannt ist! Der Blick in einen solchen Ofen hat etwas sehr Beruhigendes. Wie sagte doch Marschall Ney vor seiner Hinrichtung: ou bientot un peu de poudre. Die Polen sind augenblicklich wieder sehr frech und infolgedessen hat unser Ofen viel zu tun. Wie schön wäre es, wenn man die ganze Gesellschaft durch solche Öfen jagen könnte!»