Sur le « bon sens » en histoire


L'invocation du bon sens s'avère souvent contraire à une saine pratique historique. Une telle invocation sert même parfois à camoufler une tromperie ou une erreur.

Marc Bloch, fondateur avec Lucien Febvre de l'Ecole de Annales, écrivait à propos de l'usage du « bon sens » en histoire:

« De même la critique de simple bon sens, qui a été longtemps la seule pratiquée, qui, d'aventure, séduit certains esprits, ne pouvait mener bien loin. Qu'est-ce, en effet, le plus souvent, que ce prétendu bon sens ? Rien d'autre qu'un composé de postulats irraisonnés et d'expériences hâtivement généralisées.

[...]

Le "bon sens", semble-t-il, interdirait d'accepter que l'empereur Othon Ier ait pu souscrire, en faveur des papes, des concessions territoriales inapplicables qui démentaient ses actes antérieurs et dont ceux qui suivirent ne devaient tenir aucun compte. Il faut bien croire, cependant, qu'il n'avait pas l'esprit bâti tout à fait comme nous, que, plus précisément, on mettait, de son temps, entre l'écrit et l'action une distance dont l'étendue nous surprend?, puisque le privilège est incontestablement authentique. »

Marc Bloch, Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien, Armand Collin, Paris, 1993, p. 120

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08/01/2000