QER 3

Une réponse à la "Q&A" 3 par Nizkor


3. 

Simon Wiesenthal n’a-t-il pas un jour déclaré par écrit que: «il n’y avait pas eu de camp d’extermination sur le sol allemand»?

Les négationnistes de l’IHR répondent (version originale):

«Oui. Dans le numéro d’avril 1975 de Books and Bookmen, il déclare que le “gazage” des juifs avait lieu en Pologne.»

Les négationnistes de l’IHR répondent (version révisée):

«Oui. Le célèbre “chasseur de nazis” a l’écrit dans le numéro du 24 janvier 1993 de Stars and Stripes. Il a aussi déclaré que les “gazages” de juifs n’avaient lieu qu'en Pologne.»

Nizkor répond:

Dans une lettre de 1975, Wiesenthal déclarait:

«Parce qu'il n’y eut pas de camps d’extermination sur le sol allemand, les néo-nazis utilisent cet argument comme preuve que ces crimes n’ont pas eu lieu […]»

Il est particulièrement ironique de constater que non seulement il était dans le vrai mais que ce sont ces propres paroles qui furent plus tard utilisées de la manière même qu'il dénonce!

Les deux réponses sont correctes à la base: Wiesenthal a effectivement indiqué en 1975 et 1993 qu'il n’y avait pas eu de camp d’extermination dans ce qui est aujourd’hui l’Allemagne. Aussi anodin que le changement puisse paraître, cela peut suggérer au lecteur que de telles affirmations signifient que le Génocide a été beaucoup plus limité qu'on ne l’a dit et que la vérité sort enfin au grand jour. Des déclarations comme celles de Wiesenthal sont en fait la base sur laquelle les négateurs s’appuient pour prétendre que leur pression pousse la vérité à être exprimée par des historiens récalcitrants.

La vérité est que les historiens, et d’autres comme Wiesenthal, ont tenté, de façon répétée au fil des ans, de débarrasser le Génocide de plusieurs mythes. La production massive de savon à partir de graisse humaine en est un bon exemple. [N.d.T.: des expériences ont cependant bien eu lieu. Nous avons fait le point sur cette question]

Une autre inexactitude dont ils ont essayé de se débarrasser, est que la majeure partie de l’extermination des juifs aurait eu lieu à l’intérieur de l’Allemagne elle-même — ou plus exactement au sein du «Altreich» (Ancien Reich), des limites avant-guerre de l’Allemagne. Alors qu'il y a eu effectivement des chambres à gaz et des gazages d’êtres humains dans l’Altreich, c’était sur une bien plus petite échelle que les gazages des camps de la Pologne occupée par les nazis comme Belzec, Sobibor, Treblinka, Kulmhof/Chelmno, Maïdanek/Majdanek, et Auschwitz-Birkenau. A peu près trois millions de personnes, presqu'exclusivement des juifs [mais aussi des tziganes], furent assassinées par gazages dans ces camps. Les gazages dans les camps de l’Altreich on entraîné la mort de «seulement» quelques milliers de personnes, presque certainement une dizaine de milliers. Mis à part des gazages sur petite échelle dans des endroits comme Sachsenhausen, Stutthof, Neuengamme, et Ravensbrück, cela n’a pratiquement concerné que le programme d’«euthanasie», qui a entraîné la mort d’une centaine de milliers de personnes, principalement non juives.

Les nazis avaient au moins deux bonnes raisons de construire les camps de la mort [N.d.T.: c’est-à-dire les centres de mise à mort industrielle destinés avant tout à l’assassinat en masse des Juifs] hors de l’Allemagne. D’abord, ils étaient plus facilement dissimulés au regard des allemands. Étant données les conditions chaotiques dues à la guerre, qui régnaient dans les territoires entourant l’Altreich, ils y étaient en général plus facile à dissimuler. L’historien Richard Breitman explique:

«C’était une chose […] que d’assassiner des centaines de milliers de Juifs d’Europe de l’Est sur des sites à l’Est — en des lieux reculés, protégés par des forces armées empêchant l’approche de témoins. C’en était une toute différente que d’assassiner les Juifs en Allemagne ou dans les pays occidentaux.»

[A propos des assassinats de l’Opération T.4, dite d’«euthanasie» en Allemagne et en Autriche de 1939 à 1941]

«[…] Les fausses causes de décès [N.d.T.: les assassinats des handicapés et autres malades dans les centres de l’Opération T.4 étaient maquillés en causes "naturelles"] ont suscité la méfiance. Les habitants proches des centres de gazage ont commencé à réaliser ce qui se déroulait à proximité et d’autres informations ont émergé dans le même temps. La réaction hostile du public et d’autres signes de protestation ouverte ont poussé Hitler à faire fermer les centres de gazage [N.d.T. les centres de mise à mort de l’Opération T.4]. […] Les assassinats sous prétexte d’euthanasie ont continué de façon décentralisée — encore moins visible. Cependant cette expérience entraîna une méfiance quant à la possibilité d’opérer des assassinats sur une grand échelle en Allemagne.[…]» (Richard Breitman, Official Secrets: What the Nazis Planned, What the British and Americans Knew, New York: Hill & Wang, 1998. p. 69-70)

Ensuite, la grande majorité des juifs assassinés était originaire des territoires conquis à l’est et au sud. Pourquoi s’embarrasser du problème de les rapatrier en Allemagne pour les supprimer? (cf. les statistiques à la fin de la question 1.)

Ce qui n’est pas reconnu par les négateurs, c’est que la déclaration tardive de Wiesenthal ne fait que reprendre exactement ce que disent des historiens respectables depuis 45 ans, en commençant peut-être par L’Institut d’Histoire Contemporaine de Munich en 1950. Cette mémoire sélective revient à rien moins qu'au mensonge par omission et insinuation.


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20/07/97