Les Juifs exterminés parce que partisans?

Un mensonge négationniste

©PHDN/Gilles Karmasyn - 2003
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Sommaire

Introduction

Au sein de l’immense corpus documentaire illustrant la politique génocidaire nazie contre les Juifs, certains documents gênent particulièrement les négationnistes, pas nécessairement parce qu’ils sont les plus explicites, mais souvent parce qu’ils sont les plus connus du grand public. C’est le cas de certains discours d’Himmler qui, en l’occurrence, sont connus parce qu’explicites. Himmler, à partir de 1943 a prononcé plusieurs discours où, publiquement, devant des parterres de fonctionnaires et dignitaire nazis, il a évoqué clairement l’extermination des Juifs. Deux de ces discours retiennent l’attention des négationnistes parce qu’ils sont les plus connus, celui du 4 octobre 1943 et celui du 6 octobre 1943, tous les deux à Posen. Les contorsions négationnistes pour en falsifier le sens sont à la fois spectaculaires et risibles et cumulent les techniques négationnistes d’enfumage, paraphrases frauduleuses, falsifications de traductions, citations partielles (négligent des passages fondamentaux), raisonnements abscons, logorrhée de détails sans importance, etc. Le principal mensonge consiste le plus souvent à passer sous silence certains passages particulièrement gênants, mais surtout à taire que ces deux discours s’inscrivent dans un corpus plus vaste d’autres propos et discours d’Himmler qui corroborent sans la moindre ambiguïté le sens des discours de Posen et multiplient les mentions très claires à l’assassinat collectif des Juifs: 1er août 1941, 18 décembre 1941, 24 avril 1943, 16 décembre 1943, 11 janvier 1944, 5 mai 1944, 24 mai 1944, 21 juin 1944.

Dans cet arsenal de rhétorique anti-historique, un argument qui revient régulièrement sous la plume des négationnistes est remarquable car il recycle de façon spectaculaire la rhétorique antisémite nazie. Il s’agit d’un argument tordu et contradictoire visant à nier les massacres tout en les justifiant, par la reprise d’une accusation nazie contre les Juifs: c’est en tant que «partisans» que des Juifs auraient été éliminés. Il existe des variantes plus ou moins raffinées, dont la principale consiste à affirmer que les nazis visaient avant tout, principalement, les partisans et qu’il s’y trouvaient beaucoup de Juifs, ce qui expliquerait que des Juifs aient pu être massacrés. Dans cette veine, les négationnistes tentent parfois de falsifier le discours d’Himmler en prétendant qu’il ne parle pas de Juifs mais de partisans. Le simple examen des discours et propos d’Himmler suffit à constater que ces arguties ne tiennent pas. Néanmoins, d’un point de vue historique, il est intéressant d’examiner ce que de nombreux autres documents peuvent nous dire de l’assimilation des Juifs à des partisans.

Cet argument est parfois accompagné de corollaires que nous étudierons également, relatifs à la légitimité de «mesures de rétorsions» ou à la réduction des Juifs à des «judéo-bolcheviques», les massacres des Juifs n’étant qu’une conséquence de la lutte (justifiée) contre le bolchevisme. Il faut souligner que tous ces arguments ne font que reprendre au plus près la propagande antisémite nazie utilisée pour justifier l’extermination des Juifs.

Juifs et partisans?

L’argument négationniste de justification des assassinats de masse de Juifs pour cause de lutte «anti-partisans» est caractéristique des falsifications négationnistes et de l’ignorance volontaire d’un vaste corpus documentaire (dont on trouvera de nombreux exemples sur PHDN).

Le fait qu’il s’agisse d’une pure rhétorique nazie est illustré par le fait que Himmler lui-même a justifié l’extermination des Juifs en y ayant recours. Le 18 décembre 1941 il a écrit très clairement que les Juifs étaient «à exterminer comme partisans (als Partisanen auszurotten)» (source). Le discours négationniste ne fait que continuer le discours nazi.

Il s’agit évidemment d’une rhétorique antisémite, puisqu’elle prétend justifier l’assassinat de personnes âgées, de femmes et enfants juifs dans des fusillades de masse par une invocation de l’engagement de Juifs parmi des partisans.

Il s’agit d’une rhétorique mensongère, car ce ne sont pas des partisans qui sont assassinés par les Einsatzgruppen lors des opérations mobiles de tuerie, dont la mission n’était pas la lutte anti-partisans.

On trouvera un exposé du contexte dans lequel les massacres des centaines de milliers de Juifs ont été commis lors des opérations mobiles de tuerie ici:
http://www.phdn.org/histgen/einsatzgruppen.html
http://www.phdn.org/histgen/operationstuerie.html

Il faut, par exemple, consulter la liste des tueries consignées par le SS-Standartenführer (Colonel) Jäger, commandant d’un des Einsatzkommandos (l’E.K.3), il fournit une comptabilité sanglante et détaillée des «opérations» de son unité:
http://www.phdn.org/histgen/jaeger.html

Pendant les cinq mois couverts par ce rapport, l’E.K.3 a assassiné 137346 personnes, presque toutes juives, dont un tiers d’enfants, et un tiers de femmes. Il n’y est jamais, à une exception près (voir plus bas) question de «partisans».

Voici un extrait du passage final:

«Aujourd’hui, il m’est possible d’affirmer que le EK3 a atteint l’objectif fixé, il a résolu le problème juif en Lituanie. Il n’y a plus de Juifs dans le secteur, excepté les travailleurs juifs affectés à des tâches spéciales»

Il est clairement dit que l’objectif fixé de l’Einsatzkommando 3 était de «résoudre le problème juif en Lituanie». Le contenu même du rapport explicite ce que Jäger entend par «résoudre la question juive»: l’assassinat systématique des Juifs. Nulle trace de mention d’une mission de lutte anti-partisans...

Il existe plusieurs autres documents corroborant cela. Par exemple, dans un rapport de janvier 1942 du Sturmbannführer Rudolf Lange, on lit:

«Le but que l’Einsatzkommando 2 s’était fixé dès le début était une solution radicale de la question juive par l’exécution de tous les Juifs»

(Cité par Christopher Browning, «La décision concernant la décision finale», dans les Actes du Colloque de l’École des Hautes Études en sciences sociales (1982), L’Allemagne nazie et le génocide juif, Le Seuil/Gallimard/EHESS, 1985, p. 197)

La rhétorique des négationnistes va consister à tenter de nier cet état de fait. Cependant, seule une rhétorique nazie peut prétendre que les civils Juifs étaient des partisans dans une proportion significative.

Dans le rapport Jäger même, lorsqu’il arrive (une seule fois!) qu’une exécution de partisans soit mentionnée, la distinction est clairement faite entre les différentes catégories de victimes de l’unité commandée par le SS-Standartenführer Jäger.

Les 15 et 16 août 1941, à Rokiskis, la liste des personnes assassinées est la suivante:

«3 200 Juifs, Juives, et enfants juifs, 5 communistes lituaniens., 1 Polonais, 1 partisan»

C’est l’une des seules occasions où il fait mention de partisans dans les bilans des massacres dans le rapport (une autre occurrence signale 7 partisans blessés. Les civils juifs étaient assassinés de façon systématique. C’était le but de l’Einsatzkommando 3. Il suffit de lire.

Il existe de nombreux autres documents nazis où la distinction est clairement faite entre civils juifs et partisans. Par exemple, dans le rapport de situation d’URSS n° 150 du 2 janvier 1942, en ce qui concerne les activités de l’Einsatzgruppe D, on lit:

«Simferopol, Yevpatoria, Alushta, Krasubasar, Kersh, ainsi que Fedosia et d’autres districts de la Crimée occidentale sont libres de Juifs. Du 16 novembre au 15 décembre 1941, 17 645 Juifs, 2 504 Krimchaks, 824 Tziganes et 212 communistes et partisans ont été exécutés. En tout, 75 881 personnes ont été exécutées»

(Cité par Yitzak Arad, Shmuel Krakowski et Shmuel Spector, The Einsatzgruppen Reports. New York: Holocaust Library. 1989, p. 267. Remarque: les Krimchaks étaient des Juifs d’Ukraine à la langue et aux rites spécifiques. Le chiffre de 75 881 se rapporte au nombre total de personnes assassinées par l’Einsatzgruppe D, des civils Juifs dans leur écrasante majorité)

Ce document distingue bien communistes et partisans des Juifs exécutés. Les nombres des uns et des autres sont par ailleurs sans commune mesure. Au passage on notera que «libérer une ville des Juifs» signifie exécuter ses habitants juifs.

Dans le rapport de situation d’URSS n° 173 du 25 février 1942, en ce qui concerne les activités de l’Einsatzgruppe A, on lit:

«Dans le cadre d’un contrôle de routine d’une partie supplémentaire de la population civile autour de Leningrad, 140 personnes de plus durent être exécutées. Les raisons de ces exécutions se répartissent comme suit:

  1. Participation active au parti communiste avant l’arrivée des troupes allemandes;
  2. Activité séditieuse et provocatrice depuis l’arrivée de l’armée allemande;
  3. Activité de Partisan
  4. Espionnage
  5. Appartenance à la race juive»

(Cité par Yitzak Arad, Shmuel Krakowski et Shmuel Spector, The Einsatzgruppen Reports, New York: Holocaust Library. 1989, p. 299)

Ce document appelle plusieurs constatations qui toutes vont à l’encontre des thèses grotesques soutenues par les négationnistes. Il y a une distinction parfaitement claire entre le fait de mener une activité de partisan et le fait d’appartenir à la «race juive» et surtout la simple «appartenance à la race juive» constitue un motif valable d’exécution.

Il nous faut ici citer un autre document important, un rapport secret de l’Oberkriegsverwaltunggsrat Professor Seraphim au Général Thomas du 2 décembre 1941 concernant l’Ukraine. Il y est fait mention des «répercussions profondes» que «l’élimination» des Juifs a eues sur l’économie de la région. On y lit surtout:

«L’attitude de la population juive était caractérisée dès l’abord par l’obéissance sous le signe de la crainte. Ils cherchaient à éviter tout ce qui pourrait déplaire à l’administration ou à l’armée allemandes. Ils détestaient celles-ci, bien sûr, au fond d’eux-mêmes, et qui s’en étonnerait. Mais il n’existe aucune preuve démontrant que l’ensemble ou simplement la majorité des Juifs aient participé à des actes de sabotage. Il y a certainement eu, parmi eux, des terroristes ou des saboteurs tout comme parmi l’ensemble des Ukrainiens. Mais il serait inexact de prétendre que les Juifs, en tant que tels, représentent un danger quelconque pour l’armée allemande»

(Cité dans Henri de Monneray, La persécution des Juifs dans les pays de l’Est, Editions du Centre, 1949, p. 111-112. Voir aussi Raul Hilberg, La destruction des Juifs d’Europe, Fayard, 1988, p. 326).

Cette citation réfute par avance toutes les insinuations classiques faites par les apologues nazis et les négationnistes comme quoi les Juifs auraient été de précieux auxiliaires des partisans. Si une telle conception a souvent été un présupposé antisémite nazi, repris par les nostalgiques et falsificateurs contemporains, il se révèle totalement infondé à l’examen de la réalité, notamment celle des documents.

On lit dans le même document (décembre 1941), concernant l’Ukraine:

«Les formations spécialisées de la police d’ordre n’ont procédé à des fusillades organisées que des semaines voire des mois plus tard [Note de PHDN: c’est-à-dire après le début de l’invasion. Nous sommes cependant seulement début décembre 1941]. Cette action était en principe accomplie d’Est en Ouest. La milice ukrainienne y participait de façon tout à fait officielle, souvent hélas, aussi avec le concours de volontaires de la Wehrmacht [Note de PHDN: on relèvera: volontaires de la Wehrmacht]. L’action qui s’étendait aux hommes et aux vieillards, aux femmes et aux enfants était menée d’une façon affreuse: il n’y en a pas eu à ce jour de plus gigantesques dans l’Union Soviétique par la quantité inouïe des arrestations et le nombre des exécutions atteignant facilement 150 000 à 200 000 Juifs pour la partie de l’Ukraine contrôlée par le Commissariat du Reich, et ceci sans tenir compte des nécessités économiques»

(ibid., p. 112)

On constatera en passant que l’impératif «idéologique» d’extermination des Juifs passait fin 1941 loin devant les considérations économiques. D’ailleurs l’Oberkriegsverwaltunggsrat Seraphim a parfaitement compris les raisons profondes de cette extermination, puisqu’il écrit dans le même rapport que:

«la façon de résoudre le problème juif en Ukraine [à savoir l’assassinat comme le montre le paragraphe précédent] [est] en conformité évidente avec des considérations idéologiques de principe»

(ibid.)

Il est important de souligner que tous les documents cités ne sont que quelques exemples parmi une multitude. Evidemment, il faut disposer des ouvrages de référence qui les contiennent. Ils sont cependant disponibles en librairies et bibliothèques et, surtout, les négationnistes les connaissent mais en passent le contenu sous silence. Tous convergent à dresser un tableau sans ambiguïté sur la nature des activités des Einsatzgruppen, extermination systématique des Juifs, vieillards, femmes et enfants compris, et sur le caractère parfaitement grotesque de la confusion avec la lutte anti-partisans. Les négationnistes jouent évidemment sur le fait que le grand public ignore la plupart du temps l’existence de tels documents.

Enfin il faut souligner une escroquerie supplémentaire de la part des négationnistes et autre apologues des nazis: faire croire que la guérilla des partisans imposait une pression terrible sur l’armée allemande et que les massacres perpétrés étaient à la mesure de ce qui aurait été subi de la part des partisans. Un premier exemple (développé plus bas): un rapport de la 707e division d’infanterie opérant en Biélorussie fait état de la capture de 10 940 individus en un mois. Elle en fusilla 10 431. Dans le même temps la division comptait deux tués et cinq blessés! (Voir Jürgen Foster, «La campagne de Russie et la radicalisation de la guerre: stratégie et assassinats de masse», La politique nazis d’extermination, présenté par François Bédarida, IHTP/Albin Michel, 1989, p. 189)

Lorsque le 4 août 1941 un rapport de la brigade de cavalerie SS mentionne 3 274 partisans et «Juifs bolcheviques» liquidés sans avoir eu un seul blessé, qui peut croire que l’on a vraiment affaire à des partisans? (Voir Richard Breitman, Official Secrets, Hill and Wang, 1998, p. 60)

Il faut ajouter que la Wehrmacht a dès le départ participé aux massacres de Juifs et que là non plus, le prétexte de la lutte «anti-partisans» ne peut être invoqué (A ce sujet, voir, pour faire court, l’étude de Hannes Heer, «Killing Fields: The Wehrmacht and the Holocaust in Belorussia, 1941-1942», Holocaust and Genocide Studies, 11(1) printemps 1997, notamment p. 85).

Des mesures de rétorsion?

Dans le même esprit, les négationnistes tentent parfois de diluer les massacres de Juifs dans une prétendue guerre sale où Staline serait responsable à égalité avec Hitler des atrocités commises. Ils tentent ainsi de justifier les massacres qu’ils ne peuvent contester en invoquant la «nécessité» de mesures de rétorsion. Les historiens ont évidemment fait depuis longtemps leur travail (jamais cités par les négationnistes). Voici ce que l’un d’eux écrit:

«On ne saurait justifier la politique de représailles arbitraires et impitoyable pratiquée par la Wehrmacht en Union soviétique par la nécessité d’assurer une “sécurité absolue au soldat allemand” face aux attaques des partisans et aux actes de sabotage commis par une population incitée à des actions violentes […] les sources militaires allemandes révèlent deux faits troublants: d’une part le CHIFFRE TRES FAIBLE DES PERTES ALLEMANDES [dues aux actions de partisans], d’autre part la différence minime entre le nombre des individus arrêtés et celui des individus exécutés — deux signes du caractère idéologique de la répression menée par la Wehrmacht. La disproportion apparait de façon flagrante dans un rapport de la 707e division d’infanterie opérant en Biélorussie: en un mois, sur un total de 10 940 individus capturés, elle en fusilla 10 431, tandis qu’au cours des prétendus affrontements avec les partisans la division elle-même ne comptait que deux tués et cinq blessés! […] de telles pratiques se rapprochaient davantage des solutions préconisées par Hitler le 16 juillet 1941 pour pacifier les territoires conquis à l’Est — à savoir tirer sur toute personne “qui parait suspecte” — plutôt que les méthodes de lutte antiguérilla conformes aux lois et règlements militaires»

(Jürgen Foster, art. cit., p. 189)

Voici ce qu’un autre historien écrit:

«Entre le 11 novembre et le 5 décembre [1941] le 2e corps liquida 448 “partisans” et incendia 16 villages, emmenant leur bétail et leurs chevaux et détruisant toutes leurs réserves de nourriture. Ce corps d’armée enregistra seulement, la perte de six soldats tués et huit blessés, lors d’une attaque de partisan non loin de cette zone. Cette politique d’extermination frénétique avait donc très peu de rapports avec les activités réelles de résistance»

(Omer Bartov, L’Armée d’Hitler. La Wehrmacht, les Nazis et la Guerre, Hachette Littérature, 1999, p. 137)

Un retour vers un document original permet d’enfoncer le clou dans le cercueil de ce mensonge négationniste. Dans un rapport émanant d’un Einsatzkommando associé à l’Einsatzgruppe C du 20 août 1941, on peut lire:

«Non loin de Pinsk, un membre de la milice a été abattu dans une embuscade. En conséquence, 4500 Juifs ont été liquidés.»

(Cité par Peter Longerich, Politik der Vernichtung. Eine Gesamtdarstellung der nationalsozialistischen Judenverfolgung, Piper Verlag, 1998, p. 342)

Le caractère proprement hallucinant de la disproportion des «représailles» démontre parfaitement qu’il s’agit uniquement d’un prétexte camouflant à peine une politique de meurtres de masse.

Il y eut guerre sale, mais d’abord et avant tout de la part des nazis à l’encontre des populations civiles soviétiques. Le prétexte de «la guerre sale» (sous-entendu à responsabilité égale entre Hitler et Staline) pour intégrer les massacres des civils Juifs dans la guerre en URSS relève de la falsification historique la plus évidente. Les Juifs d’URSS n’étaient pas une partie combattante, mais bien une cible désignée pour le massacre indépendamment des combats. Rien ne saurait excuser, justifier le massacre systématique d’une catégorie de la population civile identifiée (prétendument) par sa race. Car c’est bien là le motif de l’extermination des Juifs soviétiques, ainsi que cela a été clairement exposé à de nombreuses reprises.

Un combat contre les bolcheviques?

Il faut ici remarquer que jamais les négationnistes ne parlent de l’antisémitisme et du racisme nazi. Ils se raccrochent toujours à l’aspect «bolchevique» de la «question juive». Or l’antisémitisme précède l’anti-bolchevisme dans l’idéologie nazie, dans la Weltauschauung hitlérienne, comme l’ont démontré, parmi beaucoup d’autres, les historiens Saul Friedländer (voir ci-dessous) ou Eberhard Jäckel (Hitler idéologue).

La nature, raciste, hygiéniste, ontologique et même cosmique de la haine d’Hitler à l’égard des Juifs est ramenée, édulcorée à la seule manifestation de son opposition politique aux marxistes dont les chefs seraient (quel hasard!) tous, peu ou prou, juifs. Or c’est l’inverse qui est vraie: la rage anti-marxiste de Hitler n’est qu’un avatar de son antisémitisme et non le contraire. Il s’agit ici d’un classique de la rhétorique négationniste sur lequel il convient de s’attarder tant il ignore la réalité du nazisme et sa colossale historiographie.

Saul Friedländer écrit:

«La récente collection de tous les textes de Hitler des débuts et jusqu’à la rédaction de Mein Kampf permet de mieux évaluer l’importance relative de l’antijudaïsme et de l’antimarxisme: les références aux Juifs sont environ trois fois plus nombreuses que celles qui ont trait au bolchevisme, au communisme ou au marxisme»

(Saul Friedländer, «Les fondements de l’antisémitisme nazi», dans les Actes du Colloque de l’École des Hautes Études en sciences sociales (1982), L’Allemagne nazie et le génocide juif, Le Seuil/Gallimard/EHESS, 1985, p. 15-16)

Bormann qui s’y connaissait en matière de nazisme a déclaré:

«La doctrine nationale-socialiste est totalement antijuive, ce qui signifie anticommuniste et antichrétienne. Tout se tient dans le national-socialisme et tout concourt au combat contre le Judaisme»

(Martin Bormann, cité par Saul Friedländer, op. cit., p. 16)

L’anticommunisme d’Hitler et des nazis découle principalement de l’antisémitisme qui les anime et non le contraire. Jamais les négationnistes ne parlent de l’antisémitisme raciste qui existait en Allemagne depuis le XIXe siècle et dans la dialectique duquel la notion d’extermination n’était pas une nouveauté. Quand on lit les négationnistes, on a l’impression que l’antisémitisme, tant dans sa forme raciste, que dans sa forme paranoïaque, ne serait qu’un effet de bord du nazisme, alors qu’il y occupe une place centrale. Ils passent sciemment sous silence toutes les études portant sur l’idéologie nazie et notamment sur Hitler qui démontrent que ceux qu’il percevait comme son ennemi principal, étaient les Juifs, quel que soit le visage qu’il donne à cette menace, bolchevisme, cosmopolitisme, capitalisme, etc. Il s’agit bien d’un mensonge par omission.

Conclusion

Les invocations par les négationnistes du thème de la lutte anti-partisans pour justifier ou contester l’extermination des Juifs, parfois couplée avec la justification de mesures de rétorsion ou le thème de la menace bolchevique ont la double caractéristique de reprendre des mensonges nazis et d’être en totale contradiction avec un vaste corpus documentaire, largement exploité, depuis longtemps cité et étudié par les historiens. Les négationnistes comptent bien sur l’ignorance par leurs lecteurs à la fois de ces sources primaires et des travaux des historiens. Le négationnisme est une anti-histoire, un discours délibérément falsificateur. Les quelques exemples cités dans la présente page ne représentent qu’une infime partie du savoir historique fiable disponible sur ces sujets.

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