Les falsifications de Rassinier

Quand Rassinier falsifie Cicéron par antisémitisme


Rassinier souscrit, comme on l'a vu à propos des réparations versées par l'Allemagne à Israel, au cliché antisémite des Juifs assoifés d'or. Rassinier est obsédé par ce cliché, il y revient à de nombreuses reprises dans ses textes. A tel point qu'il va falsifier un classique de Cicéron... Dans un passage de son ouvrage, Le Drame des Juifs européens, Rassinier reprenant un délire comme quoi les Juifs mettraient la main sur tout l'or du monde, écrit ce qui suit :

« A l'échelle du monde moderne, ce serait en quelque sorte, la répétition de l'opération réalisée au 1er siècle avant J.-C. à l'échelle du monde romain, décrite par Cicéron dans son célèbre plaidoyer Pro Flacco et qui se traduisait par des chargements périodiques, sur des galères à destination de la Judée, de tout l'or de ce monde qui convergeait alors vers Rome. Si, à deux reprises, Rome mandata Titus (70 ans ap. J.-C.) puis Hadrien (135 ap. J.-C.) pour détruire le royaume de Judée et en disperser tous les habitants dans l'Empire, entre autres raisons, elle avait au moins celle-ci : récupérer ce quelle considérait comme son or »

(Paul Rassinier, Le Drame des Juifs européens, les Septs Couleurs, 1964, p. 128-129)

 
L'historien Pierre Vidal-Naquet a balayé avec mépris ces affirmations, en écrivant : « Un historien de l'Antiquité est-il obligé de préciser que tout cela est intégralement grotesque ? » (Pierre Vidal Naquet, « Un Eichman de papier », dans Les assassins de la mémoire, réed., Seuil, Point Essais, 1995, p. 52)

Ce qui suit va démontrer qu'il avait parfaitement raison dans son mépris : ce que raconte Rassinier est au delà du grotesque, mais en plus, il falsifie ce qu'écrit Cicéron. Avant de poursuivre, on aura remarqué que Rassinier évite de donner la moindre source pour étayer ses « scénarios » historiques concernant les raisons de l'intervention de Rome en Judée, et surtout il évite de donner la moindre référence exacte du passage de Cicéron qu'il évoque. Et pour cause. Voici ce qu'écrit vraiment Cicéron :

« Tous les ans, de l'or était régulièrement exporté à Jérusalem pour le compte des Juifs, d'Italie, et de toutes nos provinces »

(Cicéron, Pour L. Flaccus, XXVIII-67, dans Discours, Les Belles Lettres, 1989, Tome XII)

Quelques lignes plus haut, Cicéron précisait bien que le sujet était « l'or des Juifs ».

De quoi s'agissait-il ? Les populations juives sous la tutelle de Rome, comme toutes les communautés de la diaspora, était tenue à l'époque où le temple de Jérusalem existait encore, de payer un tribut au temple pour raisons religieuses. Ce tribut, bien évidemment était prélevé sur les biens qui appartenaient aux Juifs et à eux seuls. Comme l'écrit Cicéron, il s'agit de l'or des Juifs, et non, comme Rassinier le prête frauduleusement à Cicéron de « tout l'or de ce monde ». Rassinier remplace sciemment le fait (évoqué tel quel par Cicéron) que de l'or appartenant aux Juifs était envoyé à Jérusalem avec une fiction à connotations antisémites comme quoi tout l'or de ce monde (le monde romain) aurait été envoyé en Judée. Là où Cicéron parle de ce qui appartient effectivement à la communauté juive, Rassinier fait croire que cette communauté a fait main basse sur quelque chose qui ne lui appartenait pas, pour l'expédier à Jérusalem. On nage en pleine invention antisémite.

Là où cela devient presque cocasse, c'est lorsque l'on examine la cause plaidée par Cicéron: celle de Lucius Flaccus. De quoi donc était accusé Flaccus, grand ami de Cicéron par ailleurs? D'être un politicien corrompu. D'avoir, alors qu'il était titulaire de la préture de la province d'Asie, commis des escroqueries, déni de justice, captations d'héritage; il avait détourné les fonds destinés à la flotte, extorqué de l'argent à de nombreuses villes grecques et fait main basse sur le tribut envoyé par les Juifs de sa province à Jérusalem (Voir Cicéron, Discours, op. cit., p. 59-62). Bref, Lucius Flaccus était ce qu'on appelle « un politicien véreux », et le spoliateur de biens c'était lui, et non les Juifs. Comme quoi ceux que Rassinier accuse d'être les voleurs étaient en fait, les volés. Mais Rassinier est coutumier de la transformation des victimes, surtout lorsqu'elles sont juives, en coupables, de même qu'il saura transformer en pseudo-victimes des Juifs ceux qui furent en réalité leurs bourreaux.

De façon évidente, les propos de Rassinier sur les interventions de Rome en Judée en 70 et en 135 de notre ère ne sauraient trouver leur origine chez Cicéron, pour de simples raisons chronologiques. De façon toute aussi évidente, les raisons invoquées par Rassinier pour ces interventions sont, d'un point de vue historique, totalement grotesques. D'abord, lorsque Rassinier prétend que Rome mandata Titus et Hadrien « pour détruire » la Judée et « en disperser tous les habitants », il s'agit d'une pure invention. Le mandat était celui de la soumission d'une province rebelle et de ses habitants. Tous les historiens de la période confirmeront cela. Le mépris de Vidal-Naquet pour Rassinier est complètement justifié. Ensuite, la calomnie de Rassinier à propos de la captation par les Juifs de « tout l'or de ce monde » est une prémisse frauduleuse à la raison qu'il donne de l'intervention de Rome: « récupérer ce qu'elle considérait comme son or ». Pure invention basée sur la falsification du pro Flacco de Cicéron, puisque celui-ci parle de l'or des Juifs, et que c'est bien de leur propriété, spoliée par Lucius Flaccus, qu'il s'agit. Ce sont les Romains qui ont, et à plusieurs reprises, fait main basse sur le trésor du Temple de Jérusalem (voir notamment Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, rééd., Presse Pocket, 1985, p. 96)...

Jamais les Juifs n'ont volé l'or de Rome. Jamais les motifs des Romains pour leurs campagnes n'a été de récupérer un or qui ne leur avait pas été soutrait. Rassinier était un calomniateur antisémite. Le pathétique étant que Rassinier falsifie un passage qui est déjà un passage antijuif...
 

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08/01/2000 -- mis à jour le 10/05/2001