1. The Destruction of the European Jews, Quadrangle Books, 1961. Une version remaniée et enrichie est parue en français en 1988, La destruction des Juifs d'Europe, Fayard, 1988. 2. Paul Rassinier, Le Drame des Juifs européens, les Septs Couleurs, 1964. Pour Rassinier ce drame résidait non dans le fait que les Juifs avaient été exterminés mais dans le fait qu'ils l'auraient prétendu... 3. Paul Rassinier, Le Drame des Juifs européens, op. cit., p. 16. 4. Paul Rassinier, Le Drame des Juifs européens, op. cit., p. 22. 5. Paul Rassinier, Le Drame des Juifs européens, op. cit., p. 32. 6. Paul Rassinier, Le Drame des Juifs européens, op. cit., p. 111. 7. Paul Rassinier, Le Drame des Juifs européens, op. cit., p. 16. 8. On trouvera aussi ce tableau quasiment inchangé (chiffres ajustés notamment pour la Roumanie, l'URSS), ainsi que les commentaires qui l'accompagnent dans l'édition française de l'ouvrage de Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, op. cit., p. 903. 9. Hilberg précise que pour 1939, il considère les pays dans leurs frontières de 1939 et pour 1945, les pays dans leurs frontières de 1945. Le chiffre de 1945 pour l'Allemagne (80 000) comprend 60 000 « personnes déplacées ». Celui de l'URSS comprend environ 300 000 réfugiés, survivants et déportés de territoires nouvellement acquis. On remarque notamment que l'URSS de 1945 comprend les pays baltes (Lettonie, Estonie, Lituanie, annexés en 1940), alors que l'URSS de 1939 ne les comprend pas: le chiffre de 3 020 000 Juifs en URSS correspond au chiffre du recensement de 1939, ne tenant évidemment pas compte des pays baltes (Mordechai Altshuler, Soviet Jewry on the Eve of the Holocaust, Jerusalem, The Center for Research of East European Jewry, 1998, p. 2-7, cité par Laurent Rucker, Staline, Israël et les Juifs, Puf, 2001, p. 62). La différence donnée par Rassinier pour l'URSS, 420 00 est le fruit d'une falsification que nous détaillons ailleurs. 10. « Statistical recapitulation of Jewish dead ». Raul Hilberg, The Destruction of the European Jews, op. cit., p. 767. Ce tableau est reproduit dans une autre page. 11. Raul Hilberg, op. cit., p. 717. Il répartit ainsi ces 355 000 Juifs: 155 000 vers les USA, 70 000 vers la Palestine, 155 000 vers d'autres régions hors de portée des Nazis (on peut penser notamment à la Suisse, à l'Espagne, à la Turquie, qui ne figurent pas sur le tableau de la page 670). 12. Paul Rassinier, Le Drame des Juifs européens, op. cit., p. 120. Remarquons que s'il existe bien un « Centre de documentation juive contemporaine », il n'a jamais existé de « Centre mondial de documentation juive contemporaine ». Ce « mondial » est une invention de Rassinier, qu'il reprend d'ailleurs à de nombreuses reprises dans ses opuscules. Sans doute un écho au complot juif (forcément mondial) que Rassinier croyait mettre à jour... 13. Voir ici.

Les falsifications de Rassinier

Rassinier escroc et incompétent arithmétique


Ce que Rassinier prétend que Hilberg a écrit...

Il faut reconnaître à Rassinier une sorte de qualité : l'acharnement. Lorsqu'il a détecté un défaut ou une erreur chez un historien, il n'a de cesse de le rappeler, de marteler l'incompétence de l'auteur pris en flagrant délit, de répéter ad nauseam que cet auteur ne sait pas de quoi il parle. Car Rassinier se veut un exemple de rigueur.

En 1961, Raul Hilberg avait publié son étude sur la destruction des Juifs d'Europe1. En 1964, Rassinier en produit une violente critique, dans un pamphlet négationniste, Le Drame des Juifs Européens2. Or dans l'ouvrage de Hilberg figuraient des données statistiques sur les populations juives en Europe en 1939, le nombre restant en 1945, et le nombre total de victimes. Voici comment Rassinier rend compte de ces statistiques:

« M. Raul Hilberg nous démontre (p. 767) que 5.100.000 juifs ou (p. 670) 5.419.500 ont été exterminés par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale3 »

ou encore:

« Pour ce qui est plus spécialement de M.Raul Hilberg, on pourrait même lui conseiller de se mettre d'accord avec lui-même  : à la page 670 de son livre, il nous explique en effet que, sur les 9.190.000 juifs qui, dit-il, vivaient dans les territoires occupés par les armées allemandes pendant la guerre, 3.770.500 seulement ont survécu, ce qui fait 5.419.500 morts mais, à la page 767, par on ne sait quel mystère mathématique, ces 5.419.500 morts deviennent 5.100.0004 »

Et encore:

« un total de 5.419.500 (p. 670) ou même seulement 5.100.000 (p. 767)5 »

Et enfin:

« Il faut, en outre, préciser qu'il [Hilberg] ne sait pas bien lui-même, s'il doit arriver à un total de 5.100.000 (p. 767) ou 5.419.500 (p. 670)6 »

Rassinier parle des « calculs compliqués [de Hilberg] et souvent en contradiction avec eux-mêmes »7. On aura compris de quoi il s'agit. Selon Rassinier, Hilberg donnerait dans son ouvrage deux bilans différents. Différents de plus de 300 000 victimes. Cette différence de 6%, n'est pas en soi si grave, mais témoigne selon Rassinier, d'un manque évident de sérieux. Comment peut-on faire confiance, en terme de bilan, à quelqu'un incapable d'être cohérent, semble demander Rassinier. Il est de fait qu'à la page 767, Hilberg donne comme total du nombre de victimes de la politique nazie d'extermination des Juifs, le chiffre de 5 100 000 personnes. Mais, proteste Rassinier avec véhémence, Hilberg ne sait pas de quoi il parle puisqu'à la page 670, Hilberg donnerait un total de 5 419 500 (qui serait selon Rassinier, la différence entre 9 190 000 avant et 3 770 500 après, chiffres dus à Hilberg toujours selon Rassinier)...

Ce que Hilberg a écrit...

Examinons donc le contenu de la fameuse page 670. Légère surprise, les chiffre prêtés par Rassinier à Hilberg n'apparaissent nulle part. Ni le total de « 9.190.000 » Juifs avant la guerre, ni celui de « 3.770.500 » après, ni le chiffre de « 5.419.500 » victimes. Cependant cette page contient un tableau, le tableau 89, intitulé « The Jewish population loss 1939-1945 » (La diminution de la population civile 1939-1945).

Hilberg, 1961, p. 670 La diminution de la population civile 1939-1945 Le tableau (reproduit ci-contre)8 présente trois colonnes. La première est une liste des pays européens occupés à un moment ou à un autre par les Nazis. La deuxième colonne est celle des populations juives dans ces pays en 1939. La troisième colonne présente les populations de ces même pays en 19459. Hilberg ne présente à aucun moment ce tableau comme permettant de calculer le nombre de morts juives et notamment ne présente pas la troisième colonne comme un nombre de Juifs ayant « survécu » (ce que martèle pourtant Rassinier), ni surtout comme les seuls Juifs ayant survécu.

D'autre part, il n'y a pas de colonne faisant la différence, ni de ligne faisant les totaux. Hilberg ne présente pas ce tableau comme une illustration du nombre de morts pays par pays, mais comme une image globale de la diminution des populations juives en Europe. Il parle de « rough outline » (évaluation approximative) dans cette section où il traite de la situation de la population juive dans le monde. C'est bien à la page 767 que Hilberg produit un tableau explicitement intitulé « récapitulation statistique des morts juives »10. Rassinier avait-il cependant le droit d'utiliser ce tableau pour calculer un nombre de morts? C'est ce que nous allons voir.

Comment Rassinier falsifie Hilberg...

Il est d'abord évident que Rassinier a calculé les chiffres totaux qu'il prête à Hilberg. Mais il se garde de jamais signaler que ces chiffres sont le produit de ses calculs à lui, Rassinier, et ne sont pas fournis directement pas Hilberg. La façon dont Rassinier rend compte des résultats de ses calculs laissait pourtant penser que c'était Hilberg qui les donnait directement (voir plus haut). Pourquoi ce mensonge, répété, par omission? D'autre part, Rassinier s'évertue à présenter le résultat de ses calculs comme un nombre de morts juives. Rassinier avait-il le droit de donner un tel sens -- qu'il martèle -- au tableau de la page 670?

On peut se livrer à l'exercice que Rassinier a lui même effectué, sans le dire, et faire le total de chaque colonne, puis la différence, afin d'obtenir la « perte » entre 1939 et 1945. Nous encourageons vivement de lecteur à procéder aux vérifications lui-même.

Total de la colonne de la population juive en 1939 : 9 190 000
Total de la colonne de la population juive en 1945 : 3 782 500
Différence : 5 407 500

Nous faisons plusieurs constatations. D'abord Rassinier s'est manifestement trompé dans ses calculs. Ensuite, le chiffre obtenu, la perte de 5 407 500 Juifs en Europe diffère effectivement des 5 100 000 morts de la page 767. Rassinier, comme on l'a vu, accuse Hilberg d'incohérence et de négligence.

Mais Rassinier avait-il le droit de soutenir que la différence de population de 5 407 500 Juifs (oublions pour le moment l'erreur de calcul Rassinier) de la page 670 représente un nombre de morts et croasser avec hargne qu'Hilberg est un incompétent?

La réponse est non (quelle surprise!).

En effet, d'abord Hilberg ne présente à aucun moment le tableau de la page 670 comme un tableau donnant le nombre de victimes, même s'il est évident que l'écrasante majorité de la différence est constituée par les victimes du génocide.

Et surtout, surtout, la poursuite de la lecture du chapitre où figure le tableau de la page 670, permet à n'importe quel lecteur de lire un passage, page 717, où Hilberg présente, une évalutation du nombre de Juifs ayant pu fuir, entre 1939 et 1941, hors de portée des Nazis, c'est à dire dans des pays qui ne figurent évidemment pas dans le tableau de la page 670. De toute évidence, le nombre de ces Juifs qui ont pu fuir les pays occupés à un moment ou à un autre par les Nazis sont absents, forcément, de ces pays, en 1945, et donc absents des chiffres donnés par Hilberg en 1945. Mais, s'ils participent effectivement par leur absence à la diminution des populations juives présentée par Hilberg dans le tableau de la page 670, ils ne sauraient en aucun cas être considérés comme morts, ce que Rassinier fait pourtant sans le moindre scrupule et martèle sans vergogne.

Et de combien de Juifs s'agit-il? Hilberg donne un total de 355 000 Juifs11. Si l'on veut alors, à tout prix, déduire du tableau de la page 670 un nombre de morts juives, il faut tenir compte de ceux qui ont fui et qui sont évidemment absents des totaux présentés par Hilberg à la page 670, mais vivants. La différence entre le déficit total (5 407 500) et ceux qui ont fuit (355 000) donne, cette fois, une bonne approximation du nombre de morts: 5 052 500. Et voilà pour le coup un chiffre tout à fait cohérent (à 1% près) avec le bilan de 5 100 000 de la page 767!

Rassinier qui se targue d'avoir décortiqué Hilberg pouvait-il manquer cette précision de la page 717, lors même qu'il attache une telle importance aux chiffres de Hilberg? Absolument pas. Il tait sciemment cette information donnée par Hilberg au chapitre même où figure le tableau de la page 670. Et il donne à ce tableau un sens qu'il n'a pas de façon à pouvoir, une fois encore, accabler Hilberg de reproches. Mais ces reproches ne sont basés que sur une présentation frauduleuse de Rassinier. C'est Rassinier qui fabrique une incohérence qui n'existait pas, en fin de compte, chez Hilberg. Car, contrairement à ce que ne cesse de répéter Rassinier, Hilberg a été rigoureux et est resté cohérent.

On a vu en passant que les calculs de Rassinier étaient erronés. Comment Rassinier est-il parvenu à ses chiffres?

Difficultés de Rassinier avec les additions et les soustractions...

Comparons d'abord les chiffres de Rassinier (à savoir ceux qu'il prétend déduire des données fournies par Hilberg) et ceux, les vrais, que l'on peut établir à partir de ce qu'a vraiment écrit Hilberg.

  Selon Hilberg Selon Rassinier Remarque                        
Total 1939 9 190 000 9 190 000 Le total de Rassinier est exact
Total 1945 3 782 500 3 770 500 Le chiffre de Rassinier est faux
Différence 5 407 500 5 419 500 Le calcul de Rassinier semble exact, mais le chiffre est faux

Comment Rassinier est-il parvenu à des chiffres faux? Rassinier nous indique à la page 120 de son ouvrage que:

« On trouvera enfin pages 122 et 123, mises en parallèle, deux évaluations des pertes juives publiées, l'une par le Centre Mondial de Documentation juive contemporaine de Paris (Figaro Littéraire, 4 juin 1960), l'autre par M. Raul Hilberg en 1961 (The Destruction of the European Jews, p. 670)12 »

Rassinier prétend donc reproduire les chiffres de Hilberg. Nous nous reportons donc à la page 123 pour découvrir qu'effectivement Rassinier fournit un tableau, un tableau qui reprend les chiffres de celui de Hilberg. Mais l'examen de ce tableau présente quelques particularités... Mettons le en vis-à-vis de celui de Hilberg:

Tableau original de Hilberg    Tableau fourni par Rassinier
Hilberg, 1961, p. 670 La diminution de la population civile 1939-1945    Rassinier, p. 123

Pour une raison qui restera à tout jamais mystérieuse, Rassinier remplace « 1945 » par « 1946 ». Cela n'est guère important, mais cela dénote déjà de la « rigueur » de Rassinier.

Il reproduit par ailleurs les chiffres fournis par Hilberg sans erreur. Pourtant il a altéré la présentation de celui-ci. Les pays ne sont plus présentés par ordre alphabétique, comme chez Raul Hilberg. On serait d'ailleurs bien en peine de déterminer quel type d'ordre Rassinier a choisi. Mais dans cet ordre, ou plutôt ce désordre, Rassinier a séparé les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) de l'URSS alors que Hilberg les laisse ensemble, puisqu'il incorpore les pays baltes à l'URSS en 1945, ainsi qu'il le dit lui même. Si cela ne change ici pas grand chose, Rassinier a mis à profit son changement d'ordre pour une autre falsification13!

Rassinier page 123 En fait, à la page déjà citée, la page 123, Rassinier ne s'est pas contenté de « remanier » le tableau de Hilberg, il l'a aussi complété d'une colonne faisant la différence pour chaque pays, et d'une ligne de totaux. Le tableau présente donc l'aspect global ci-contre. Il faut remarquer encore une fois que Rassinier omet de dire que la ligne des totaux, et la colonne des pertes ont été rajoutées par lui, Rassinier, et ne figurent pas dans le tableau original de Raul Hilberg. Et l'on soulignera une fois de plus qu'étant données les différences de frontières entre 1939 et 1945, soulignées par Hilberg lui-même, des calculs pays par pays sont injustifiables à partir des chiffres que Hilberg donne à la page 670, notamment dans le cas de l'URSS. Rassinier n'en a que faire. En fait, il passe sciemment sous silence le commentaire de Hilberg qui précise que les frontières diffèrent en 1939 et 1945. Peut-être pensait-il impressionner son lecteur en alignant encore plus de chiffres...

Les additions et les soustractions présentées sont donc celles de Rassinier. Rassinier a lui-même procédé à ces opérations arithmétiques élémentaires... Or, si le total de la première colonne de chiffres (nombres de Juifs en 1939) est exact le total de la deuxième colonne (nombres en 1945/46) n'est pas exact. Il est tout simplement faux. Le total est bien 3 782 500 et non 3 770 500. Rassinier en a purement et simplement « oublié » 12 000. Si l'on se reporte au tableau original de Hilberg, on constate que la dernière ligne du tableau porte sur la Yougoslavie, où il restait, justement, 12 000 Juifs en 1945. Ce sont ceux que Rassinier a probablement « oublié » de compter...

Les « erreurs » de Rassinier s'arrêtent-elles là? Nous allons voir que non. Le total de la troisième colonne (pertes), 5 419 500, représente bien la différence entre les « totaux » des deux premières (bien que le second soit faux!). De toute évidence Rassinier n'a pas vérifié en additionnant vraiment les chiffres de la troisième colonne. Remarquons que si Rassinier avait correctement additionné la deuxième colonne, il aurait trouvé 3 782 500, et la différence (avec le premier total) aurait fait 5 407 500 (9 190 000 - 3 782 500). Bref, si Rassinier avait été un falsificateur compétent il aurait reproché à Hilberg un chiffre de 5 407 500, et non de 5 419 500.

Procédons donc à l'addition des chiffres de la troisième colonne du tableau de Rassinier, celle des pertes pour chaque pays. Quelle n'est pas notre surprise de trouver encore un autre chiffre! Car le nouveau total que nous obtenons est 5 401 500! S'il est clair que Rassinier n'avait pas fait cette addition là (puisqu'il a le toupet de mettre 5 419 500 en total de cette colonne) on se demande bien d'où sort ce nouveau chiffre...

Il nous faut donc examiner la troisième colonne, ligne par ligne et vérifier les soustractions que Rassinier prétend effectuer entre les chiffres de la première colonne et ceux de la seconde. Et là, bingo! La ligne « Yougoslavie » vient nous révéler que pour Rassinier 75 000 - 12 000, cela fait 57 000! Les autres lignes sont justes. Si l'on remplace, dans la ligne « Yougoslavie », 57 000, par le bon résultat de la soustraction, 63 000, et que l'on procède à l'addition de la dernière colonne on retrouve le chiffre de 5 407 500. Rappelons cependant que ce chiffre ne représentait pas un nombre de victimes, contrairement à la présentation frauduleuse de Rassinier...

Résumons

Voici en résumé, quel type de relation Rassinier entretien avec la vérité, l'ouvrage original de Hilberg et l'arithmétique:

  •  

Rassinier ment par omission en formulant sa présentation des chiffres qu'il prête à Hilberg de telle façon qu'on croit que c'est Hilberg qui les donne lui-même, directement. Or Hilberg ne fait aucun calcul, ni par addition, ni par soustraction et n'a jamais avancé les résultats que lui prête Rassinier. Rassinier a mené ses propres calculs, ce qu'il se garde de révéler. Et pour cause...

  •  

Rassinier falsifie la signification du tableau de la page 670, qui ne permet pas, seul, de calculer un nombre de morts. Cela, afin de reprocher encore et encore à Hilberg une incohérence de bilans entre les pages 670 et 767. Mais cette incohérence n'est en réalité que le résultat de la présentation frauduleuse de Rassinier et de son omission volontaire des informations supplémentaires apportées par Hilberg, à la page 717 de son ouvrage, concernant le nombre de Juifs ayant fui hors de portée des Nazis entre 1939 et 1941.

  •  

Rassinier subsitue 1946 à 1945 dans le tableau de Hilberg. La raison d'une telle substitution demeure inconnue. Rassinier était-il bourré ce soir là?

  •  

Rassinier « oublie » les 12 000 Juifs en Yougoslavie après la guerre et commet une addition erronée pour le total de Juifs après la guerre.

  •  

Rassinier prétend additionner la troisième colonne de chiffres (pertes) mais ne fait que soustraire au premier total (exact) le second (erronné!); de fait, il n'effectue aucune vérification et ne procède pas à l'addition de la troisième colonne de chiffres.

  •  

Eût-il vérifié que Rassinier n'aurait même pas retrouvé le « bon » résultat, car dans sa troisième colonne, il commet une nouvelle erreur, de soustraction cette fois, pour la Yougoslavie, et réinvente la mathématique en prétendant que 75 000 - 12 000 font 57 000!

Conclusion

Rassinier est un falsificateur, un escroc, et un incompétent pathologique. Il travestit les sources qu'il prétend utiliser afin de reprocher à des historiens sérieux des tares qui sont en fait les siennes: manque de sérieux, absence totale de rigueur, incohérence crasse, incompétence arithmétique absolue. Sachant cela, on relira les passages où Rassinier ose critiquer Hilberg, prétend parler de ses incohérences, de manque de sérieux, d'incompétence. C'est bien Rassinier qui invente les prétendues incohérence de Hilberg, en le falsifiant, Rassinier qui se révèle incapable de mener à bien le moindre calcul élémentaire. L'arrogance, l'agressivité, la suffisance de Rassinier sont parfaitement déplacées et ne font que souligner sa propre duplicité, sa propre médiocrité.

Nous invitons le lecteur à rire au nez de quiconque ferait mine de prendre Rassinier au sérieux et de n'ajouter foi à rien de ce qui se trouve dans ses écrits. Cela est évidemment valable pour toute la production négationniste.
                           



Notes.

1. The Destruction of the European Jews, Quadrangle Books, 1961. Une version remaniée et enrichie est parue en français en 1988, La destruction des Juifs d'Europe, Fayard, 1988.

2. Paul Rassinier, Le Drame des Juifs européens, les Septs Couleurs, 1964. Pour Rassinier ce drame résidait non dans le fait que les Juifs avaient été exterminés mais dans le fait qu'ils l'auraient prétendu...

3. Paul Rassinier, op. cit., p. 16.

4. Ibid., p. 22.

5. Ibid., p. 32.

6. Ibid., p. 111.

7. Ibid., p. 16.

8. On trouvera aussi ce tableau quasiment inchangé (chiffres ajustés notamment pour la Roumanie, l'URSS), ainsi que les commentaires qui l'accompagnent dans l'édition française de l'ouvrage de Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, op. cit., p. 903.

9. Hilberg précise que pour 1939, il considère les pays dans leurs frontières de 1939 et pour 1945, les pays dans leurs frontières de 1945. Le chiffre de 1945 pour l'Allemagne (80 000) comprend 60 000 « personnes déplacées ». Celui de l'URSS comprend environ 300 000 réfugiés, survivants et déportés de territoires nouvellement acquis. On remarque notamment que l'URSS de 1945 comprend les pays baltes (Lettonie, Estonie, Lituanie, annexés en 1940), alors que l'URSS de 1939 ne les comprend pas: le chiffre de 3 020 000 Juifs en URSS correspond au chiffre du recensement de 1939, ne tenant évidemment pas compte des pays baltes (Mordechai Altshuler, Soviet Jewry on the Eve of the Holocaust, Jerusalem, The Center for Research of East European Jewry, 1998, p. 2-7, cité par Laurent Rucker, Staline, Israël et les Juifs, Puf, 2001, p. 62). La différence donnée par Rassinier pour l'URSS, 420 00 est le fruit d'une falsification que nous détaillons ici http://www.phdn.org/negation/rassinier/hibergurss.html.

10. « Statistical recapitulation of Jewish dead ». Raul Hilberg, The Destruction of the European Jews, op. cit., p. 767. Ce tableau est reproduit dans une autre page: http://www.phdn.org/negation/rassinier/hilbergcamps.html

11. Raul Hilberg, op. cit., p. 717. Il répartit ainsi ces 355 000 Juifs: 155 000 vers les USA, 70 000 vers la Palestine, 155 000 vers d'autres régions hors de portée des Nazis (on peut penser notamment à la Suisse, à l'Espagne, à la Turquie, qui ne figurent pas sur le tableau de la page 670).

12. Paul Rassinier, op. cit., p. 120. Remarquons que s'il existe bien un « Centre de documentation juive contemporaine », il n'a jamais existé de « Centre mondial de documentation juive contemporaine ». Ce « mondial » est une invention de Rassinier, qu'il reprend d'ailleurs à de nombreuses reprises dans ses opuscules. Sans doute un écho au complot juif (forcément mondial) que Rassinier croyait mettre à jour...

13. Voir http://www.phdn.org/negation/rassinier/hilbergurss.html
 

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26/03/2001 -- mis à jour le 04/12/2001