Cliquez pour suivre le lien. 1. Germar Rudolf, Le Rapport Rudolf. Rapport d’expertise sur la formation et le contrôle de la présence de composés cyanurés dans les «chambres à gaz» d’Auschwitz, Anvers: Vrij Historisch Onderzoek, 1996, Traduction de Das Rudolf Gutachten, Cromwell Press, 1993. 2. Germar Rudolf mentionne «les données des deux sources allemandes (Detia Freyberg et Peters)» (p. 59). 3. La note 153 (p. 113) est la suivante: «G. Peters, Blausäure zur Schädlingsbekämpfung, Verlag von Ferdinand Enke, Stuttgart, 1933. R. Irmscher, Zeitschrift für hygienische Zoologie und Schädlingsbekämpfung, 1942, p. 36». 4. Germar Rudolf, Gutachten über die Bildung und Nachweisbarkeit von Cyanidverbindungen in den 'Gaskammern' von Auschwitz (3., erweiterte und korrigierte Auflage, November 1992), Stuttgart, 1992, p. 59, cité notamment par Nizkor, également disponible en ligne, sur le site nazi VHO, administré par Rudolf. Dans un article paru en 1997 en anglais Germar Rudolf répète la même chose. Le passage correspondant est le suivant: «According to a publication by G. Peters the Zyklon B expert with DEGESCH, in the early 1930s Zyklon B released 50 % of its HCN in about 30 minutes» (Germar Rudolf, «The 'Gas Chambers' of Auschwitz and Majdanek», in Ernst Gauss [pseudonyme de Germar Rudolf], Foundations of Contemporary History. A Handbook on Controversial Questions of the Twentieth Century, traduit de l’Allemand par Victor Diodon, en ligne). 5. La note 152 est la suivante: «G. Peters, Blausäure zur Schädlingsbekämpfung, Verlag von Ferdinand Enke Verlag, Stuttgart, 1933. erlag, Suttgart 1933, bezueglich der Geschwindigkeit der Blausäure-Verdunstung vom Zyklon B-Traeger: S. 64f». On remarque que dans la version française le numéro de page a disparu… 6. Gerhard Peters, Blausäure zur Schädlingsbekämpfung, Verlag von Ferdinand Enke in Stuttgart, 1933. En ligne. 7. Peters écrit: «Die Gasentwicklung aus dem Zyklon setzt unmittelbar nach dem Ausstreuen mit großer Heftigkeit ein» (Peters, op. cit., p. 64) ce qui signifie «Le dégagement à partir du Zyklon se produit très violemment [avec une grande violence] dès [immédiatement après] la dispersion [du Zyklon]». 8. Le 9 décembre 1995, le Professeur Ulrich Rößler (Docteur en physique) relevait la falsification de Rudolf sur le forum Usenet alt.revisionim («Re: Luftl's 'Report' Again (Re: Comments and Questions to Ulri», alt.revisionism, 9 décembre 1995, Message-ID: <4aclps$9cr@gwdu19.gwdg.de>, cité par Nizkor). Le 5 août 1996, Rudolf faisait transmettre sur alt.revisionism un message prouvant qu’il avait pris connaissance du dévoilement de Ulrich Rößler, mais il bottait en touche, sans contester le constat de falsification (Ehrlich606, «Germar Rudolf Responds on Zyklon Outgassing», alt.revisionism, 8 août 1996, Message-ID: <4u5kqb$9qc@newsbf02.news.aol.com>). Ce court message présente un intérêt certain, outre l’évitement de Rudolf relatif à sa falsification. D’une part Germar Rudolf confirme le caractère très peu précis de la lettre de la Detia Freyberg, qu’il prétend ne plus posséder en raison d’une confiscation par la police (comme c’est pratique!). D’autre part, comme Ulrich Roessler avait remarqué que Rudolf avait utilisé, sans le mentionner, une loi d’évolution exponentielle de degré 1, Rudolf répond, sans du tout contester le constat de Ulrich Roessler, qu’il «ne voit vraiment pas le problème à utiliser une loi exponentielle» (An der Annahme eines exponentiellen Verlaufes der Gasabgabe wird aber doch wohl kaum etwas auszusetzen sein). Germar Rudolf confirme donc notre hypothèse (que le tracé de la courbe théorique avait évidemment validé) et surtout sa malhonnêteté: il s’était gardé de mentionner son utilisation d’une telle loi ce qui est, scientifiquement, parfaitement inacceptable. Enfin, la raison invoquée par Rudolf pour l’utilisation d’une loi exponentielle de degré 1 mérite d’être citée: «parce qu’il n’existe pas de fonction décroissant plus rapidement» ( zumal es keine Funktion gibt, die schneller abfaellt). D’une part cette justification est tout à fait hors sujet (nous avons vu que de telles lois sont classiques en chimie et reflètent une certaine réalité). D’autre part, l’affirmation de Rudolf est, en tant que telle, mathématiquement, une totale ineptie. L’incompétence de Rudolf est ici aussi clairement illustrée. Nous laissons au lecteur le soin de soumettre ce point à n’importe quelle personne possédant un bagage mathématique de niveau license (quoique que le baccalauréat soit suffisant). 9. Wolfgang Lambrecht [très probablement un pseudonyme de Germar Rudolf] «Zyklon B – eine Ergänzung», Vierteljahreshefte für freie Geschichtsforschung, vol. 1, 1997, note 17, page 5 (Il écrit à propos de l’ouvrage de Peters: «Dies wurde von G. Rudolf in R. Kammerer, A. Solms, Das Rudolf Gutachten, Cromwell, London 1993, S. 59, irrtümlich falsch zitiert», à savoir que dans l’édition allemande de son rapport de 1993, Peters aurait été «mal cité par erreur»). Recourir à la rhétorique du «c’est pas moi m’sieur, on l’a mis dans ma poche» est évidemment pitoyable. 10. En 1993: «G. Peters[13] gibt für eine 50%ige Freisetzung der Blausäure eine halbe Stunde an» (Ernst Gauss [pseudonyme de Germar Rudolf!], Vorlesungen über Zeitgeschichte. Strittige Fragen im Kreuzverhör, Tübingen: Grabert-Verlag, 1993, p. 139. En 1994: «According to a publication by G. Peters the Zyklon B expert with DEGESCH, in the early 1930s Zyklon B released 50 % of its HCN in about 30 minutes» (Germar Rudolf, «The 'Gas Chambers' of Auschwitz and Majdanek», in Ernst Gauss [pseudonyme de Germar Rudolf], Foundations of Contemporary History. A Handbook on Controversial Questions of the Twentieth Century, traduit de l’Allemand par Victor Diodon, en ligne). Germar Rudolf a bien tenté de noyer sa falsification initiale en multipliant les publications ultérieures, mais il a été suffisamment prolifique pour laisser de nombreuses traces. 11. Cité dans Irene Sagel-Grande, H.H. Fuchs & C.F. Rüter (éd.), Justiz und NS-Verbrechen. Sammlung deutscher Strafurteile wegen nationalsozialistischer Tötungsverbrechen 1945-1966, Band XIII, Die vom 17.11.1954 bis zum 27.06.1956 ergangenen Strafurteile Lfd. Nr. 410-438, Amsterdam: University press, 1975, Verfahren Nr. 415: Die Urteile gegen die Lieferanten des Zyklon-B, Lfd.Nr.415b, 2. Die Giftgaslieferungen an das KZ Auschwitz, 415 b-8, p. 137. Le passage cité est en ligne. Les références du brevet sont les suivantes: Reichspatentamt. Patentschrift Nr 438818. Klasse 45l Gruppe 3. Ausgegeben am 27. Dezember 1926. Deutsche Gesellschaft für Schädlingsbekämpfung m.b.H. in Frankfurt a.M. Verfahren zur Schädlingsbekämpfung. Patentiert im Deutschen Reiche vom 20. Juni 1922 ab. Von dem Patentsucher ist als der Erfinder angegeben worden: Dr. Walter Heerdt in Frankfurt a.M.-Eschersheim. La série Justiz und NS-Verbrechen contient des informations, témoignages et documents inestimables, notamment le volume XIII que nous citons ici. 12. Par exemple, ce témoignage cité dans Justiz und NS-Verbrechen, Band XIII, op. cit., p. 134: «Nach Füllung der Kammern mit Menschen hätte man noch etwa 10 Minuten gewartet, um eine bestimmte Temperatur zu bekommen.» à savoir: «Après le remplissage de la chambre avec les gens, on attendait encore environ 10 minutes, afin qu’une température adéquate soit atteinte». 13. Déposition de Herbert Rauscher du 19/04/1948, citée par Hervé Joly, «L’industrie allemande et la Shoah. Le cas du Zyklon B», Revue d’histoire moderne et contemporaine, 47-2 avril-juin 2000, p. 392. Je remercie vivement Hervé Joly qui m’a fait parvenir la transcription de la déposition de Herbert Rauscher, que nous exploiterons dans une étude à venir. À notre connaissance, Hervé Joly est le premier à citer ce document, dont la mention n’est jamais apparue non plus sur internet. 14. Stephen F. Pinter, «Letter to the Editor«, Our Sunday Visitor (Huntington, Indiana), 14 juin 1959, p. 15. La fascination des négationnistes pour Pinter, qui n’est peut-être pas infondée, donne lieu à une véritable Pinterologie. Nous tirons les renseignements sur Stephen Pinter de l’auteur négationniste Klaus Schwensen, «Stephen F. Pinter: An Early Revisionist», Inconvenient History, 2012, vol.. 4, no. 1. et «On the Roads of Truth: Searching for Warwick Hester», Inconvenient History, 2012, vol.. 4, no. 2. Ne touchant pas au sujet du génocide ces articles, dont nous avons vérifié plusieurs citations, font partie d’une stratégie mise en place par les négationnistes eux-mêmes d’exposition d’une érudition rigoureuse, sinon neutre, relative à l’histoire même des discours et auteurs négationnistes. Le négationniste Jean Plantin est le seul représentant de cette stratégie en France. Il est intéressant de noter que dès que quelqu’un issu du négationnisme se met à fournir des informations internes non expurgées sur les milieux négationnistes et à leurs petites histoires, cela se révèle in fine dévastateur pour leur crédibilité. 15. La chambre à gaz de Dachau est connue, toujours debout, et l’objet de documents nazis bien connus. Voir la réponse à la question négationniste no 4. 16. Warwick Hester, «Auf den Straßen der Wahrheit», Der Weg, no. 8, août 1954, Buenos Aires. 17. Interview de Emil Lachout dans la revue nazie SIEG, no. 6, 1989, cité par Klaus Schwensen, «Stephen F. Pinter: An Early Revisionist», art. cit. 18. Sur l’affaire Lachout, les faux qu’il a produits et ses mensonges, voir Brigitte Bailer-Galanda, Wilhelm Lasek, Wolfgang Neugebauer, Gustav Spann, Das Lachout-„Dokument“. Anatomie einer Fälschung, Wien:DÖW, 1989. Traduction anglaise, The Lachout Document Anatomy of a Forgery, en ligne sur Nizkor. L’accueil hystérique par les négationnistes envers les faux produits par Lachout n’a d’égal que leur gueule de bois suite aux démonstrations irréfutables de ses manipulations. Visiblement Emil Lachout mentait même aux négationnistes… 19. Lettre du 13 mai 2004 à Klaus Schwensen, «Zur Echtheit des Lachout-Dokuments», Vierteljahreshefte für freie Geschichtsforschung, vol. 8 no. 2, 2004, p. 176. Klaus Schwensen écrit «Von Germar Rudolf hören wir nun, daß er selbst den Großteil der besagten Remer-Broschüre verfaßte und daß das Diagramm ihm von EmilLachout zugesandt wurde»: «Germar Rudolf nous révèle qu’il était l’auteur de la brochure de Remer et que le diagramme lui avait été tranmis par Emil Lachout». La brochure en question, Die Zeit lügt publiée par le nazi historique Otto Ernst Remer en 1992 avait en fait été rédigée par Germar Rudolf. Le diagramme de Stephen F. Pinter y apparaîssait pour la première fois. L’article de Klaus Schwensen tente de redorer le blason des négationnistes en établissant, dans une publication négationniste, le caractère frauduleux des documents produits par Lachout. 20. Lettre de Stephen F. Pinter du 22 mars 1974 à Robert J. Miller, citée par Klaus Schwensen, «Stephen F. Pinter: An Early Revisionist», art. cit. 21. Ernst Gauss [pseudonyme de Germar Rudolf], Vorlesungen über Zeitgeschichte: strittige Fragen im Kreuzverhör, Tübingen: Grabert, 1993. 22. «G. Peters gibt für eine 50%ige Freisetzung der Blausäure eine halbe Stunde an», Rudolf renvoyant évidemment à Blausäure zur Schädlingsbekämpfung de Gerhard Peters. (Ibid., p. 138) 23. «jedoch sind im Diagramm (wahrscheinlich aus Versehen) die Verdampfungszeiten 10mal länger dargestellt als in Wirklichkeit» (Lettre du 13 mai 2004 à Klaus Schwensen déjà citée).

L’incompétence scientifique
et les falsifications

de Germar Rudolf

A propos de l'évaporation de l'acide cyanhydrique
du Zyklon B

par Gilles Karmasyn

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Introduction
Contexte
I. Comment Rudolf a fabriqué sa courbe de vitesse d’évaporation de l’HCN
II. Premières falsifications et incompétence de Germar Rudolf
III. Rudolf utilise des chiffres frelatés et contradictoires
IV. Rudolf falsificateur de textes et de documents
V. Une négligence scientifique majeure de Germar Rudolf
VI. Germar Rudolf dupe et complice d’un faux
Conclusion
Introduction

Germar Rudolf est un négationniste allemand qui a une formation de chimiste. Très tôt associé à l’extrême droite allemande la plus dure, il produit au début des années 1990 un «rapport» démontrant prétendument l’impossibilité de gazages d’êtres humains à Auschwitz, traduit dès 1996 en français et publié par le groupe nazi belge, VHO. Contrairement à ce que lui-même et les thuriféraires négationnistes affirment, Germar Rudolf ne fait pas de véritable science et use des procédés négationnistes habituels, mensonges et falsifications diverses, et ce dès ses premières publications. On peut trouver un profil et une biographie complète dans la présente section.

Les «démonstrations» de Germar Rudolf ont très tôt été réfutées en anglais, notamment par un ingénieur chimiste professionnel (ce que n’est pas Germar Rudolf), Richard G. Green:
http://phdn.org/archives/holocaust-history.org/auschwitz/chemistry/
http://phdn.org/archives/holocaust-history.org/auschwitz/chemistry/blue/
http://phdn.org/archives/holocaust-history.org/auschwitz/chemistry/not-the-science/

La seconde étude mentionnée ci-dessus a été traduite en français: http://phdn.org/negation/rudolf/green_cyanures/

Elle est très importante, car le postulat principal de Rudolf s’y trouve réfuté: Rudolf avait fait analyser des échantillons prélevés (illégalement) à Auschwitz pour afin d’y rechercher la présence d’un dérivé spécifique de l’acide cyanhydrique, la famille des ferrocyanures d’hydrogène, communément appelé bleus de Prusse. N’en trouvant pas dans les échantillons prélevés (dit-il) dans les ruines des anciennes chambres à gaz, Rudolf prétend en déduire l’absence de gazages à l’acide cyanhydrique dans ces lieux. Le raisonnement et la conclusion sont faux pour la raison suivante: il n’est nullement établi (et plutôt très improbable) que du bleu de Prusse doive nécessairement se former en cas d’utilisation d’acide cyanhydrique. C’est ce qu’a démontré Richard G. Green. Il faut souligner que des scientifiques polonais ont retrouvé des quantités significatives de résidus d’acide cyanhydrique dans les anciennes chambres à gaz, mais en ciblant des résidus n’appartenant pas à la famille des bleus de Prusse. Cela corrobore évidemment la réalité des assassinats de masse par gazage commis en ces lieux, connue tant par les documents que par les témoignages.

Cela suffit à disqualifier complètement la production de Rudolf. Néanmoins, Germar Rudolf a produit quantité d’autres affirmations et «analyses» dans son rapport, allant toujours dans le sens d’une impossibilité des gazages. Si certains des «arguments» techniques de Rudolf ont été réfutés en anglais, on ne dispose pas sur le web d’article en français examinant d’autres points de son «rapport». C’est l’objet du présent texte, consacré aux affirmations de Germar Rudolf sur la vitesse d’évaporation de l’acide cyanhydrique. Sur ce seul sujet il illustre en quoi Rudolf est un manipulateur que la vérité n’intéresse pas, prêt à falsifier les données scientifiques pour avancer son discours négationniste. Nous montrerons qui plus est que Germar Rudolf est scientifiquement incompétent.

Il convient de souligner qu’il ne s’agit nullement ici d’établir la réalité du génocide des Juifs, parfaitement étudiée, décrite, documentée, mais bien de démontrer que même le «fleuron» des négationnistes «scientifiques» est un vulgaire imposteur.

Nous nous référons dans la suite à l’édition française du «rapport Rudolf» publiée par l’officine nazie belge VHO1, traduction très proche de l’original allemand.

Il est nécessaire d’être doté d’un bagage scientifique pour détecter les falsifications de Rudolf et une formation scientifique facilite la compréhension de leur réfutation. L’auteur du présent article a été formé dans les classes préparatoires scientifiques et est titulaire d’un diplôme d’ingénieur.

Les négationnistes qui jouent sur «l’expertise» technique parient sur l’incapacité des lecteurs à évaluer leurs mensonges et sur le fait que l’habillage scientifique en impose. La démonstration suivante n’est fournie que pour illustrer ce point et montrer combien il est vain de jouer sur ce terrain là et risqué de se laisser impressionner.

Contexte

À Auschwitz, les nazis utilisaient du Zyklon B qui diffusait de l’acide cynahydrique, HCN (cyanure d’hydrogène), un poison foudroyant pour l’être humain, dont le Zyklon B (des granules poreux) était imprégné à l’état liquide. C’est le passage à l’état gazeux et la diffusion sous forme d’acide cyanhydrique gazeux qui provoquait la mort rapide des Juifs qui le respiraient.

L’un des arguments «techniques» de Germar Rudolf, repris par la suite par les petits soldats de la propagande négationniste, est de prétendre que les concentrations létales en HCN ne pouvaient être atteintes rapidement, c’est-à-dire que le dégagement de l’acide cyanhydrique gazeux serait un processus très lent. Rudolf ne fait preuve d’aucune originalité: il ne fait que recycler un mensonge que le négationniste Robert Faurisson martelait déjà en 1979. Rudolf en déduit le caractère impraticable de l’assassinat par gazage à l’HCN.

Rudolf trafique documents et calculs pour parvenir à ce «résultat», une spectaculaire contre-vérité factuelle, comme nous le verrons. Il est intéressant de noter que ces calculs ne sont aucunement reliés à ce qui constitue en théorie le cœur de sa démonstration, sa prétendue analyse d’échantillons. On a affaire ici à un syndrome classique chez les négationnistes: ils soulignent certes le caractère impossible (selon eux…) de tel ou tel aspect des processus d’assassinat, mais s’acharnent à montrer que chaque aspect, chaque étape, le moindre détail de ce processus constitue une impossibilité. Ainsi, le rapport Rudolf est-il consacré dans sa majeure partie à de telles démonstrations, sans liens avec ses analyses d’échantillons, une part significative de ces «démonstrations» n’ayant d’ailleurs aucune dimension scientifique et se contentant de reprendre des argumentaires négationnistes classiques.

La clé de voûte des raisonnements que Germar Rudolf tient dans son rapport à propos des quantités d’acide cyanhydrique dégagées repose sur un seul chiffre: selon lui, 10 % au plus de l’HCN se dégagerait du Zyklon B en 10 minutes (p. 59). Avec ce «résultat», Germar Rudolf prétend ensuite démontrer que la vitesse de dégagement de l’acide cyanhydrique (le gaz, poison mortel) issu du Zyklon B est trop lente pour tuer quiconque en quelques minutes, conformément aux nombreux témoignages. Encore est-il nécessaire d’établir préalablement la réalité de ce chiffre. Pour y parvenir, Germar Rudolf va trafiquer données, diagrammes et documents. C’est ce que nous allons voir.

Toutefois, le lecteur, s’il souhaite s’épargner la longue et fastidieuse démonstration des diverses falsifications de Germar Rudolf, pourra se contenter du graphique ci-dessous qui résume ce à quoi nous aboutissons. La loi d’évaporation proposée par Rudolf correspond à la courbe du bas en bordeaux, la réalité documentée correspond a minima à la courbe supérieure en bleu:

graphique Rudolf, teneur totale de HCN dégagé, avec graduations
I. Comment Rudolf a fabriqué sa courbe de vitesse d’évaporation de l’HCN

Rudolf se présente comme un scientifique et affirme effectuer des démonstrations scientifiques. Pour affirmer que la vitesse d’évaporation est lente il faut disposer de mesures concrètes. Rudolf n’en dispose pas mais va tout de même proposer une courbe. Il nous faut examiner comment ainsi que la nature de cette courbe.

Il prétend (p. 59) disposer de deux sources, dont l’une émane, prétend Rudolf de «l’US-Army Chemical Corps». Nous l’examinerons plus tard car, bien qu’intéressante pour notre propos, elle est peu exploitée par Rudolf.

Celui-ci insiste surtout sur une lettre qu’il aurait reçue de la firme Detia Freyberg, qui a pris la suite de la société Degesh dans la commercialisation de produits comme le Zyklon B. Il y serait question de la vitesse de dégagement de l’acide cyanhydrique. Cette lettre, Rudolf n’en donne absolument aucun extrait, et il est le seul à l’avoir jamais vue. Le support du produit moderne de la Freyberg, à partir duquel l’acide cyanhydrique se dégage, on n’en connaît rien et Rudolf n’en dit rien: or il a une influence déterminante sur la vitesse d’évaporation de l’HCN. Rien ne dit qu’il soit proche des granules du Zyklon B. Tirer des conclusions quantitatives relatives à la vitesse d’évaporation du Zyklon B à partir de ce courrier est donc impossible. Cela ne retient nullement Rudolf qui ose poser avec insistance au scientifique impartial.

Le contenu précis de la lettre n’est nullement cité, mais seulement vaguement évoqué pour dire que:

«la SARL Detia Freyberg ne donne que des indications approximatives» (p. 58)

On a bien lu: «indications approximatives». Rudolf ne précise d’ailleurs pas explicitement lesquelles. Il écrit cependant que «selon ces données le support libère à une température de plus de 20 oC […] 80 à 90 % de l’acide cyanhydrique en 2 heures» (p. 58). Germar Rudolf ne nous fournit nulle part «ces données» et ne cite pas le contenu de la lettre. On peut cependant raisonnablement supposer que cette fourchette (80 à 90 % après deux heures) figure en fait dans la lettre et que c’est sans doute la seule information quantitative («approximative» en effet) qui s’y trouve. Rudolf peut également avoir extrapolé cette fourchette de façon tout à fait infondée, mais il nous est évidemment impossible de le savoir, puisque de façon tout à fait incroyable, le contenu de la lettre n’est pas cité.

Partant de là, Rudolf se permet un tour de passe-passe étonnant en multipliant, comme on va le voir, les affirmations quantitatives. Il commence par renvoyer à un graphique (graphique 13 p. 59), comme pour justifier ces chiffres, mais il est clair que ce graphique ne vient pas de la lettre de la Detia Freyberg (Rudolf l’aurait évidemment mentionné et n’aurait pas parlé d’indications approximatives), qu’il a été créé de toutes pièces par Rudolf lui-même à partir des «indications approximatives» (non citées, non accessibles…) de cette lettre, de façon à être compatible avec l’affirmation comme quoi, au bout de 2 heures, de 80 à 90 % de l’acide cyanhydrique a été libéré… Notons encore que Rudolf ne facilite vraiment pas la lecture puisqu’il parle de quantité totale dégagée, mais fournit un graphique de quantité résiduelle. Ce n’est vraiment pas sérieux. Voici ce graphique:

graphique Rudolf, teneur résiduelle en HCN

Intéressons-nous de près à cette courbe: il s’agit un diagramme décrivant une cinétique chimique (une vitesse de réaction, en l’occurence le dégagement de l’HCN, à savoir son passage de l’état liquide à l’état gazeux). Or pour dessiner une courbe d’évolution en cinétique chimique il est indispensable de connaître:

Rudolf ne dispose évidemment pas d’un ensemble de points précis (encore une fois, il aurait fourni ces données sans parler du caractère «approximatif» de la lettre de la Detia Freyberg), et n’indique nulle part à quelle loi d’évolution devrait obéir le dégagement de l’HCN à partir du support du Zyklon B!

La courbe en question a une forme que Rudolf ne justifie jamais scientifiquement. Il ne fournit aucune indication sur la façon dont elle a été établie. C’est un véritable tour de magie de la part de Rudolf. Mais certainement pas de la science. Or, c’est bien de cette courbe qu’il va déduire (prétendra-t-il) un certain nombre de données quantitatives précises, justifiant sa théorie d’une dégagement lent de l’acide cyanhydrique.

Toutefois, un œil exercé, reconnaît que Germar Rudolf a décidé de faire obéir la vitesse de dégagement de l’acide cyanhydrique à une loi simple et classique: Rudolf décide que le dégagement doit obéir à une cinétique suivant une loi exponentielle décroissante d’ordre 1. Cela se déduit facilement de la forme de la courbe et nous allons le prouver, scientifiquement pour le coup. Une loi exponentielle (dite d’ordre 1, classique en cinétique chimique) exprime un cas simple: la vitesse à un instant $t$ d’évolution de la quantité d’HCN, ou de son pourcentage restant, (sa dérivée par rapport au temps) est proportionnelle à la quantité d’HCN à cet instant. Cela reflète notamment que cette vitesse décroit (moins il reste d’acide cyanhydrique plus lente est sa vitesse d'évaporation). Notons que, en soi, l’hypothèse d’une telle loi pour l’évaporation du Zyklon B n’est pas déraisonnable. Encore faudrait-il le dire clairement. Cette loi s’exprime mathématiquement par l’équation dérivée (par rapport au temps) suivante, en prenant $K$ comme coefficient constant de proportionnalité (constante de vitesse du dégagement, dans ce cas indépendante de la quantité d’HCN à l’instant $t$):

${d[%HCN]_r}/{dt} = -K.[%HCN]_r$

où $[%HCN]_r$ est le pourcentage d’HCN résiduel à l’instant $t$;

Cette équation se résoud aisément et permet d’obtenir le pourcentage résiduel d’HCN au bout d’une durée $T$

$[%HCN]_r = [%HCN]_{r(t=0)}.e^(-K.T)$

où $[%HCN]_{r(t=0)}$ est le pourcentage d’HCN résiduel à l’instant $t=0$, c’est à dire au début du processus, et donc, puisque que l’on raisonne en pourcentage, $[%HCN]_{r(t=0)} = 100$. Cela permet de simplifier notre équation:

$[%HCN]_r = 100.e^(-K.T)$

Nous choisissons de manipuler des puissances de 10 plutôt que des exponentielles. En posant la constante $k=K/{ln(10)}$

$[%HCN]_r = 100.10^(-k.T)$

Cependant, dans la mesure où Rudolf parle constamment, de façon assez naturelle, de la quantité totale d’acide cyanhydrique dégagée avec la durée, il nous faut raisonner en pourcentage total d’HCN dégagé. Premièrement, il est très facile de restituer la courbe de dégagement cumulé $[%HCN]_d$ de l’acide cyanhydrique, correspondant à la courbe fournie par Rudolf, par une symétrie verticale de la courbe, correspondant à l’opération $[%HCN]_d = 100-[%HCN]_r$:

graphique Rudolf, teneur totale de HCN dégagé

A partir de maintenant, suivant d’ailleurs Rudolf, nous parlerons de la quantité totale de HCN dégagé. Cela se traduit ainsi pour notre équation, avec $[%HCN]_d = 100-[%HCN]_r$:

$[%HCN]_d = 100-100.10^(-k.T)$

où $[%HCN]_d$ est le pourcentage total d’HCN dégagé au bout de la durée $T$. Pour continuer, nous devons d’abord tester notre hypothèse sur cette loi. Nous commençons par placer la courbe de dégagement totale selon Rudolf sur un graphe beaucoup plus détaillé, finement quadrillé, où les durées sont exprimées en minutes et sur lequel on peut lire facilement les valeurs correspondant aux points sur la courbe (cliquer pour zoomer):

graphique Rudolf, teneur totale de HCN dégagé, avec graduations

Si notre hypothèse est valable, il suffit de trouver un point sur la courbe, de calculer le coefficient $k$ correspondant et de tracer la courbe de loi exponentielle d’ordre 1 correspondante. Si la courbe théorique obtenue est proche de la courbe de Rudolf, notre hypothèse sera pleinement validée.

Pour cela, il nous faut un point de la courbe de Rudolf et calculer le coefficient $k$ . Si pour la $n$ième minute on lit sur le graphe le pourcentage total $P_n$ de HCN dégagé, $k$ s’obtient facilement par le calcul suivant:

$k = -{log((100-P_n)\/100)}/n$

Il se trouve que la courbe fournie par Rudolf passe par 60 % d’HCN dégagé au total pour 60 minutes. On trouve:

$k = {log((100-60)\/100)}/60 = -{log(0,4)}/60 = 0,0066323335$

Traçons la courbe correspondante sur le même graphe, en pourpre:

graphique Rudolf, teneur totale de HCN dégagé, avec graduations

C’est tout à fait spectaculaire: la correspondance est parfaite pendant les 90 premières minutes et la divergence maximale est de 2 % au bout de 240 minutes (4 heures)! Il ne s’agit pas d’une coïncidence. Notre intuition était la bonne: Germar Rudolf a construit sa courbe en utilisant une loi exponentielle d’ordre 1. En fait, Rudolf livre la clé de sa démarche lorsqu’il écrit que selon le courrier de la Detia Freyberg, «le support libère à une température de plus de 20 oC […] 80 à 90 % de l’acide cyanhydrique en 2 heures» (p. 58). Bien qu’il ne le dise pas explicitement cela correspond très probablement au seul contenu quantitatif présent dans cette lettre. Rudolf a arbitrairement décidé que cela correspondait à 85 % d’HCN dégagé en 2 heures et a construit sa courbe à partir de ce point là, en utilisant, comme nous le supposions, une loi exponentielle d’ordre 1, mais sans le dire. Notre positionnement sur la grille de la courbe de Rudolf correspond à une position entre 85 % et 86 % à 120 minutes, littéralement dans l’épaisseur du trait. In fine, cela explique à la fois la position et la forme de la courbe.

Même si c’est une hypothèse raisonnable, Rudolf la passe complètement sous silence et, forcément, ne la justifie pas. Surtout, il ne fournit aucune donnée justifiant la position (85 % ou la valeur de $k$) de sa courbe. Il demeure qu’il est scientifiquement parlant, inacceptable de ne pas informer le lecteur qu’il utilise une équation précise pour construire sa courbe. Rappelons en outre que nous ne savons rien du produit de la Detia Freyberg, qu’il s'agit d’un composé moderne, et non du Zyklon B original. Rudolf ne justifie nulle part la validité de la comparaison (il faudrait pour cela démontrer la stricte identité entre le composé moderne et le Zyklon B; une telle démonstration est absente). Tout cela relève de la malhonnêteté la plus éhontée et n’a qu’un lointain rapport avec la rigueur scientifique dont Rudolf se réclame. L’enthousiasme hystérique que Rudolf avait déclenché dans les milieux négationnistes est tout simplement risible. Comme nous le disions, son choix de 85 % plutôt que 80 % ou 90 % est arbitraire et reflète seulement son manque de données. Nous verrons pourtant que ces incertitudes ne sont pas sans conséquences.

Dans la suite, pour étudier la loi d’évaporation fournie par Rudolf, nous utiliserons (comme Rudolf!) la courbe théorique correspondant à 85 % à 120 minutes, soit, finalement, un coefficient $k$:

$k = -{log((100-85)\/100)}/120 = -{log(0,15)}/120 = 0.0068659062$         et donc la loi:

$[%HCN]_d = 100-100.10^(-0.0068659062.T)$

Graphiquement, cela donne ce qui suit:

graphique Rudolf, teneur totale de HCN dégagé, avec graduations

La correspondance est excellente à moins de 2 % près.

Pour comparer les différentes valeurs avancées successivement par Rudolf (dont le but est toujours de corroborer son chiffre de 10 % en 10 minutes) nous tracerons à chaque fois la courbe correspondante, obéissant à une loi exponentielle de degré 1, car elle est raisonnable et c’est le postulat même (quand bien même passé sous silence) de Germar Rudolf. Rappelons ici la formule générale qu’on utilisera pour effectuer ces comparaisons et détecter les fraudes et incohérences de Rudolf:

$[%HCN]_d = 100-100.10^(-k.T)$

Et remarquons que l’équation inverse qui permet de calculer la durée $T$ permettant d’obtenir un dégagement donné $[%HCN]_d$ est:

$T=-{log(1-[%HCN]_d\/100)}/k$

Enfin, rappelons la méthode permettant de calculer le coefficient $k$ lorsque l’on dispose de la donnée pourcentage total $P_n$ de HCN dégagé en $n$ minute:

$k = -{log((100-P_n)\/100)}/n$

L’une des bizarreries de la courbe proposée par Rudolf est de couvrir 4 heures, ce qui, dans le contexte de gazages d’êtres humains, n’a strictement aucun intérêt. Seules les premières minutes nous intéressent. Aussi allons-nous nous limiter, dans les prochains diagrammes à la première heure et demie, ce qui nous permettra d’être plus précis. Les courbes proposées par Germar Rudolf, sur plusieurs heures sont en effet in fine inexploitables par le lecteur ordinaire. Il ne s’agit que d’une mise en scène de science et non de science véritable.

II. Premières falsifications et incompétence de Germar Rudolf

Voyons à présent quelles affirmations quantitatives Rudolf prétend tirer de sa courbe. Il écrit des choses très précise:

«Il importe par la suite de constater qu’à une température supérieure à 20 oC le support, pendant les cinq premières minutes, et vraisemblablement même pendant les dix premières minutes suivant la dispersion du produit, a libéré tout au plus 10 % de l’acide cyanhydrique.» (p. 59)

Il y a ici un premier mensonge dont on ne comprend pas bien les motivations. La courbe même fournie par Rudolf indique très clairement que la quantité totale d’HCN dégagée arès 10 minutes est de 14,6 %, pas vraiment inférieure à 10 %! Partant d’«indications approximatives» Rudolf construit une courbe remarquablement précise et commence par mentir sur sa propre courbe en diminuant de plus de 30 % la quantité d’HCN dégagé en 10 minutes! On gardera bien à l’esprit que la courbe proposée par Rudolf infirme le chiffre qu’il prétend corroborer par cette courbe.

Plus grave est son choix non justifié du point 85 % à 2 heures (120 minutes). En effet, les conséquences sur les quantités d’HCN évaporées dans les premières minutes sont loin d’être négligeables. En effet, pourquoi 85 % et non 80 % ou 90 %? 80 % dégagé en 2 heures/120 minutes ($k=0,00582475$) correspond à 12,5 % d’HCN dégagé en 10 minutes (ce qui est toujours supérieur aux 10 % de Rudolf!) et 90 % ($k=0,008333333$) correspond à 17,5 % en 10 minutes. Ce n’est absolument pas la même chose puisque dans le second cas, le dégagement est 40 % supérieur au premier!

Si, pour les besoins de la cause, on compare les 17,5 % d’HCN dégagé correspondant à 90 % en 2 heures (chiffre présenté par Rudolf comme réaliste) aux 10 % en 10 minutes martelés par Rudolf, on se retrouve avec un écart de 75 %! Ce n’est plus un écart, c’est un gouffre. D’ailleurs, il est aisé de calculer le dégagement total d’HCN au bout de deux heures, pour la courbe qui passe par 10 % à 10 minutes ($k=0,004575749$): 72 %, bien loin des 80 à 90 % de Rudolf… Rudolf est non seulement malhonnête (il promeut un chiffre significativement inférieur aux propres données dont il dispose) mais aussi incompétent. Il ne semble même pas réaliser qu’il accumule des chiffres significativement incohérents.

Continuons de tirer les conséquences des propres chiffres mentionnés par Rudolf. Qu’en serait-il de la courbe correspondant à 10 % d’HCN dégagé en 5 minutes ($k=0,009151498$), hypothèse effleurée par Rudolf? En 10 minutes, on a 19 % d’HCN dégagé, 90 % de plus que l’hypothèse privilégiée par Rudolf!

Un autre point qui souligne le manque de sérieux de Rudolf: il affirme, toujours à propos de sa courbe, que «dans les conditions du graphique 13, 50 % de l’acide cyanhydrique est libéré après 40 ou 45 minutes» (p. 59). Alors? 40 ou 45? Il suffit pourtant de lire la courbe ou d'utliser l’équation. La durée de la courbe correspondant à 50 % se situe entre 44 et 46 minutes. Et le calcul utilisant la loi pour 85 % en deux heures ($k=0.0068659062$) donne (utilisation de l'équation inverse) 43 minutes et 51 secondes, disons 44 minutes. Si Rudolf avait voulu arrondir, prendre 45 minutes aurait été satisfaisant. Pourquoi prétendre utiliser une fourchette alors qu’il dispose de l’équation exacte? C’est tout à fait hypocrite et l’on a un peu l’impression qu’il navigue à vue. Ce n’est, au final, pas tant la lettre de la Detia Freyberg qui est approximative, c’est Rudolf lui-même. Approximatif et malhonnête. Couper la poire en deux en choisissant 85 % ne signale d’ailleurs que le brouillard dans lequel il navigue et tient à maintenir son lecteur. Ce n’est pas le pire.

III. Rudolf utilise des chiffres frelatés et contradictoires

Rudolf connait bien la faiblesse de sa position. Aussi tente-t-il de renforcer la crédibilité de sa courbe en se référant à des données de l’époque en prétendant que selon les sources d’époque, 50 % de l’HCN se dégage en 1/2 heure, chiffre dont il suggère qu’il serait en accord avec sa courbe. Rudolf écrit:

«Selon Irmscher, le temps de dégagement de 50 % de l'acide cyanhydrique est de 1/2 heure […] Cela correspond à peu près aux données de la SARL Detia Freyberg» (p. 59)

«Irmscher» renvoie à une source de 1942. Nous y reviendrons plus bas. Rudolf affirme donc explicitement que 50 % en 1/2 heure corrobore la courbe qu'il nous a proposée et que nous commençons à bien connaître. Il y a là une preuve éclatante du manque total de sérieux de Rudolf sur le plan scientifique. En effet, sa courbe correspond à un dégagement de 50 % pour 44 minutes, très, très loin des 30 minutes de la source qu'il prétend citer. Comment peut-il oser affirmer que cela «correspond à peu près» à 50 % en 30 minutes. C’est presque comme s’il écrivait qu’une vitesse de 200 km/h «correspond à peu près» à une vitesse de 135 km/h!

Posons alors une question: pourquoi Rudolf, qui prétend disposer (dont on verra plus loin ce qu’il en est vraiment) d’une donnée numérique de l’époque (50 % en 30 minutes) ne s’appuie-t-il pas sur ce chiffre, relatif au Zyklon B, contemporain de son utilisation, pour construire sa courbe? Cela paraîtrait tout de même beaucoup plus logique.

La raison en est simple: avec le type de loi d’évolution choisi par Rudolf lui-même, 50 % en 30 minutes ($k=0,010034333$), cela donne un dégagement de de 94 % en 2 heures et de 20,6 % d’HCN en 10 minutes… plus du double du chiffre privilégié par Rudolf. On comprend pourquoi ce dernier a préféré trafiquer les données (aussi floues soient-elles) de la Freyberg! Encore que nous échappe qu’il puisse avoir fabriqué une courbe qui ne corrobore même pas son chiffre de 10 % en dix minutes.

On peut facilement visualiser les incohérences de Rudolf en traçant les différentes courbes qui, si on le comprend bien, sont toutes plus ou moins équivalentes. Nous proposons deux diagrammes. Le premier présente les courbes correspondant aux trois principales «propositions de Rudolf» (sur 90 minutes, ce qui est suffisant):

graphique principales propositions de Rudolf sur le dégagement de l'HCN

On constate visuellement que Rudolf offre simultanément des chiffres contradictoires, pour peu qu’on se conforme à la loi exponentielle qu’il propose. Et cela devient un festival si l’on présente toutes les possibilités qu’on peut tirer de ce qu’écrit Rudolf (on épargne au lecteur la courbe «10 % en 5 minutes», très proche de «50 % en 30 minutes»…):

graphique principales propositions de Rudolf sur le dégagement de l'HCN

En utilisant la démarche de Rudolf et ses propres chiffres (quoique eux-mêmes falsifiés comme on le verra plus loin), mais en étant plus logique (on applique au Zyklon B les données du Zyklon B!) on aboutit à un résultat équivalent à 200 % de celui de Rudolf. 50 % en 1/2 heure ne confirme ni le graphe fabriqué par Rudolf sur la base de la lettre de la Detia Freyberg, et encore moins l'hypothèse basse de Rudolf, 10 % en 10 minutes. Remarquons une fois de plus que 10 % en 5 minutes et 10 % en 10 minutes ne sont absolument pas des valeurs équivalentes, ni même proches, puisque 10 % en 5 minutes entraîne 19 % dégagé en 10 minutes. Les seules hypothèses qui se corroborent pourraient, à la rigueur, être 10 % en 5 minutes et 50 % en 30 minutes qui correspondent à des courbes assez proches ($k=0,009151498$ et $k=0,010034333$), mais Rudolf ne le relève même pas. C’est un incompétent.

Nous ne sommes pas au bout de nos peines car le chiffre même de 50 % en 30 minutes est le résultat d’une incroyable falsification minimisant radicalement la vitesse d’évaporation de l’acide cyanhydrique!

IV. Rudolf falsificateur de textes et de documents

Revenons à l’origine de ce chiffre de 50 % de dégagement en 1/2 heure. Ici les versions précédentes (anglaises et allemandes) du rapport Rudolf vont nous être utiles. Dans la version française, Rudolf énumère, comme s’il venait d’en parler, deux auteurs Freyberg et Peters, donnant des informations sur la vitesse de libération de l’HCN2. Or si effectivement Rudolf cite la lettre de la Detia Freyberg, aucune information n’était auparavant citée comme émanant de Peters. On a lu par contre, on s’en souvient, «Selon Irmscher, le temps de dégagement de 50 % de l’acide cyanhydrique est de 1/2 heure […]». Il nous faut donc enquêter.

La note (153) qui accompagne cette affirmation nous met sur la piste. Elle devrait contenir la référence à un travail de ce Irmscher, ce qui est effectivement le cas. La surprise (ou pas) vient du fait qu’elle présente une seconde source, une référence à un ouvrage, justement de G. Peters, daté de 19333. C’est en nous reportant aux premières versions du rapport Rudolf, en anglais et en allemand, que l’on comprend ce qui s’est passé. Effectivement, dans les versions précédentes de son rapport, il n’était pas question de Irmsher, mais seulement de Peters. Rudolf écrivait alors:

«G. Peters[152] gibt für eine 50%ige Freisetzung der Blausäure 1/2 Stunde an […]. Damit liegt dies ungefähr in dem von der Detia Freyberg GmbH genannten Zeitbereich4».

Ce qui signigie:

«G. Peters[152] donne un dégagement de 50 % d’acide cyanhydrique en 1/2 heure […]. Cela est à peu près cohérent avec les données d’évolution fournies par la Detia Freyberg».

La note 1525 renvoyait à la page 64 de l’ouvrage de Peters. Le chiffre de 50 % en une demi-heure était donc justifié par le seul ouvrage de Peters de 1933. Il est clair que dans la version française, le maintient de la référence à Peters dans la note 153 est une erreur, un oubli, puisque c’est sur Imrscher seul que Rudolf prétend fonder son chiffre de 50 % après 30 minutes. Pourquoi ce changement?

Gerhard Peters est co-inventeur du Zyklon B. Il a dirigé un temps la firme Deguesh qui le commercialisait. Dans son ouvrage de 1933, Blausäure zur Schädlingsbekämpfung6, que connait bien Rudolf, Peters décrit le processus de dégagement de l’acide cyanhydrique depuis le Zyklon B d’une façon qui contredit de façon spectaculaire toute la construction de Rudolf. Peters déclare, à la page 64, celle-là même initialement citée par Rudolf, que dès que le contenu d’une boite de Zyklon est répandu, l’HCN se dégage «très violemment»7. Rien à voir avec le dégagement lent avancé par Rudolf…

Et ce n’est pas tout. Initialement donc, Rudolf écrivait (tant dans les versions allemandes qu’anglaises) que d’après Peters, 50 % de l’HCN se dégageait en 1/2 heure, ce dont on trouve la trace dans la note 153. Qu’avait vraiment écrit Peters? Toujours à la page 64, Peters écrit:

«In der Regel, […] der größte Teil der Blausäure bei Zimmertemperatur bereits nach einer halben Stunde entwickelt ist».

Ce qui signifie:

«En règle générale, à température ambiante, la plus grande partie du cyanure s’est déjà dégagée au bout d'une demi-heure».

En restituant l’expression «la plus grande partie (der größte Teil)» par exactement «50 %», Germar Rudolf, d’incompétent et malhonnête qu’il était déjà se promeut au statut de falsificateur pur et dur. Rudolf a falsifié sans vergogne, transformé cette «plus grande partie» en «moitié», afin de faire coller — et on a vu que cela ne fonctionnait même pas! — les écrits de Peters à son diagramme. En science cela s’appelle une fraude.

Cela devient pathétique lorsque l’on comprend que Rudolf a réalisé que sa manipulation était trop énorme et a cherché une autre source pour fonder son chiffre de 50 %. Non seulement Germar Rudolf falsifie ses sources et ment de façon éhontée sur la réalité de la (très grande!) vitesse d’évaporation de l’acide cyanhydrique, mais il cherche à camoufler son forfait de façon pitoyable. La référence, dans les dernières versions de son rapport, à Irmscher, dont il ne cite pas le texte original dans la version française, n’est alors qu’une tentative de Rudolf de nettoyer les falsifications les plus grosses de son «rapport».

Dès 1996, Rudolf sait qu’il a été pris la main dans le sac8. Il n’aura de cesse de publier de nouvelles versions de son rapport en modifiant le passage en question afin de faire disparaître sa falsification initiale, sans jamais la reconnaître. Il ira même jusqu’à prétendre en 1997, dans une note de bas de page d’un article écrit sous pseudonyme9, qu’il s’agissait d’une sorte de coquille, alors qu’il avait répété la même falsification en 1993 en allemand et en 1994 en anglais10. Par la suite, Rudolf préféra passer complètement sous silence sa falsification initiale. Nous verrons plus bas ce qu’il en est de Irmscher…

Ce sur ce quoi il nous faut nous arrêter c’est donc bien que ce chiffre de 50 % en 1/2 heure est une invention de Rudolf fondée sur une falsification. L’information authentique est que «la plus grande partie» se dégage en 30 minutes. Le bon sens, l’usage courant nous indiquent que «la plus grande partie» signifie évidemment que l’on est plus proche de la totalité que de la moitié. Que se passe-t-il si l’on attribue, honnêtement cette fois une valeur précise à l’expression«la plus grande partie»? 60 %, 70 %, 80 %, 90 %? A chaque fois, une courbe correspond qui permet de calculer les valeurs dégagées après 2 heures ou 10 minutes. Examinons ce tableau (arrondi au %):

Qté d’HCN dégagée selon la qté évaporée en 30 minutes
30    min60 %70 %80 %90 %
10    min26 %33 %41 %54 %
1  heure84 %91 %96 %99 %
2 heures97 %99 % 99,8 %100 %
k       0,0132646670,0174292920,0232990,033333333

Le constat est spectaculaire. Dès qu’on accorde à l’expression «la plus grande partie» une signification raisonnable (au moins 70 %), on se retrouve avec des quantités d’acide cyanhydrique dégagées après 10 minutes significativement plus élevées que les chiffres martelés par Germar Rudolf. On comprend aisément l’objet de sa falsification: minimiser coûte que coûte la vitesse de dégagement de l’HCN. On peut visualiser sur un diagramme (en comparant les 50 % de Rudolf à, par exemple, 70 % ou 90 % pour «la plus grande partie» de Peters):

graphique principales propositions de Rudolf sur le dégagement de l'HCN

La falsification de la réalité à la fois scientifique et expérimentale par Germar Rudolf est d’ailleurs évidente pour peu que l’on se réfère aux documents originaux sur le Zyklon B: ils sont en totale contradiction avec la thèse du Rudolf d’une évaporation lente. Ainsi le brevet de 1922 décrivant le principe du Zyklon stipule:

«Wenn man den Inhalt der Büchse in dünner Schicht Überstreut, verdunstet die Blausäure in etwa 10 Minuten, so dass die Höchstkonzentration des Gases im Raum mit ausserordentlicher Schnelligkeit erreicht wird wird.11»

Ce qui signifie:

«L’acide prussique s’évapore en environ 10 minutes si le contenu de la boite est répandu en une couche fine, de sorte que la concentration maximale du gaz dans la pièce est atteinte avec une rapidité extraordinaire.»

Bref, les documents même émanant des professionnels qui ont mis au point le Zyklon B démontrent que la vitesse d’évaporation est extrêmement rapide, contrairement à ce que les négationnistes soutiennent à coup d’approximations anti-scientifiques et de falsifications diverses.

Qu’en est-il cependant de l’autre source évoquée par Rudolf, Irmscher? Le contenu de cette publication de 1942 n’est pas citée dans notre version française, ce qui est évidemment facheux. Nous devons nous tourner vers les éditions ultérieures, en allemand ou en anglais, du «rapport» de Germar Rudolf. Dans ces versions ultérieures, la mention de Gerhard Peters pour étayer le chiffre de 50 % en 30 minutes disparaît complètement, remplacée par la seule mention de Irmscher et cette fois accompagnée d’un diagramme de qualité très moyenne reproduisant celui de la publication originale. Cette dernière étudie la vitesse d’évaporation du de l’acide cyanhydrique aux très basses températures (et selon la nature des absorbats) et fournit sur des diagrammes incluant des courbes d’évaporation pour 15 oC. Ce sont en fait deux diagrammes qui sont proposés par Imrscher:

graphique Irmscher, vitesse evaporation HCN

La loi cinétique expérimentale semble d’ailleurs ressembler à la loi exponentielle proposée par Rudolf. Cela ne suscite chez lui aucune remarque puisque dans ces éditions ultérieures, Rudolf a renoncé, sans la moindre explication, à utiliser la lettre de la Detia Freyberg et à la courbe qu’il avait fabriquée. Mais nous ne pouvons pas traiter ici des innombrables éditions successives commises par Rudolf qui tente à chaque fois de camoufler ses plus grosses manipulations en essayant de répondre aux réfutations produites sur ses premières versions (ce qui le pousse, on le voit, à en modifier significativement le contenu). Le premier constat évident c’est qu’on se demande comment Rudolf a trouvé son chiffre de 50 % en une demi-heure à partir des courbes à 15 oC (on peut à la rigueur lire 45 % en une demi-heure). Nous laissons le lecteur exercer ses yeux et sa perplexité sur cette question, à laquelle Rudolf n’apporte évidemment aucune réponse. Ce n’est pas de la science, c’est du bricolage dans le brouillard (d’autant plus malhonnête que les diagrammes ne sont pas fournis dans notre édition française!).

Un second constat est que la vitesse d’évaporation dépend de façon très importante de la température (plus la température augmente plus la vitesse est importante), soit dit en passant une évidence d’un point de vue scientifique. Nous y reviendrons. Rappelons une fois de plus ce qu’écrit Rudolf:

«Selon Irmscher, le temps de dégagement de 50 % de l’acide cyanhydrique est de 1/2 heure […] Cela correspond à peu près aux données de la SARL Detia Freyberg» (p. 59)

La seule courbe utile des diagrammes de Irmscher concerne celle de l’évaporation à 15 oC. Or Rudolf écrivait à propos de la lettre de la Detia Freyberg:

«Selon ces données [fournies par la Detia Freyberg] le support libère à une température de plus de 20 oC […] 80 à 90 % de l’acide cyanhydrique en 2 heures».

Cela signifie évidemment que, pour le coup, une information explicite figurait dans la lettre: ses données concernent des températures supérieures à 20 oC! Dans ces conditions des données relatives à une courbe à 15 oC ne sauraient s’appliquer. Les diagrammes fournis par Irmscher, quand bien même on pourrait en tirer l’information que 50 % de l’acide cyanhydrique se dégage en une demi-heure, à 15 oC, ne corroborent donc en rien un tel chiffre pour des températures supérieures à 20 oC. Une fois encore, d’un point de vue scientifique, les affirmations de Rudolf sont tout à fait irrecevables. Après avoir falsifié Peters, tenté de camoufler sa falsification, Rudolf en est réduit à commettre une nouvelle fraude, scientifique celle-là. La seule information utile est intéressante provient de l’étude de Gerhard Peters de 1933, corroborée par le brevet de 1922, à température ambiante, l’acide cyanhydrique s’évapore avec une rapidité extraordinaire, le dégagement étant réalisé dans sa plus grande partie en une demi-heure… Reste cette question de la température, à peine effleurée par Rudolf. Nous allons comprendre pourquoi.

V. Une négligence scientifique majeure de Germar Rudolf: l’importance de la température

Sommes-nous arrivés au bout de nos peine? Avons nous vu toutes les falsifications de Rudolf concernant le dégagement de l’HCN. La réponse est négative. Il reste le plus énorme, la plus «belle» des fraudes scientifiques de Germar Rudolf: la température.

La cinétique de dégagement (c’est à dire d’évaporation du HCN) de Rudolf vaut, dit-il, pour des températures supérieures à 20 degrés. Hors, non seulement une cinétique chimique est très fortement influencée par la température — Rudolf n’en tient absolument aucun compte (et ça se prétend scientifique!) — mais la température d’ébullition du HCN est de 26 oC. Cela signifie qu’à partir de 26 oC, l’HCN se comporte comme de l’eau bouillante et s’évapore à très grande vitesse, largement plus grande qu’à des témpératures inférieures, où cette vitesse semble déjà extraordinairement rapide (contrairement à ce que Rudolf tente de faire croire à coups de falsifications).

C’est ici que le contexte de notre étude de l’évaporation de l’acide cyanhydrique doit être rappelé: l’assassinat de masse par gazage d’êtres humains.

Un temps, un préchauffage avait été prévu pour certaines chambres à gaz. Cela ne peut évidemment s’expliquer que par la volonté d’atteindre voire de dépasser la température d’ébulition de l’acide cyanhydrique. Cependant ce préchauffage ne fut pas mis en place, car si on force à coup de crosses des centaines d’êtres humains nus, dont le corps est a minima au dessus de 30 oC et l’air exhalé à 37 oC, à s’accumuler dans une pièce où elles finiront par être écrasées les unes contre les autres, la température augmente rapidement, largement au dessus de 26 oC. On dispose d’ailleurs de témoignages explicites stipulant qu’après avoir fait pénétrer les Juifs dans la chambre à gaz on attendait, avant de verser le Zyklon B, que la température soit suffisamment élevée12!

Cela signifie que dans les chambres à gaz, l’acide cyanhydrique du Zyklon B était exposé à des températures significativement supérieures à sa température d’ébullition, et donc s’évaporait extrêmement rapidement, plus rapidement encore que ce que Peters décrivait, comme de l’eau qui bout! Cela est évidemment passé sous silence, «oublié» par Germar Rudolf et rend dérisoires toutes ses arguties sur les vitesses d’évaporation de l’HCN. Aucun scientifique digne de ce nom n’oserait négliger la question de la température dans une étude relative à une problématique d’évaporation! Ce serait comme discourir des heures sur l’évaporation de l’eau à 70 oC pour appréhender ce qui se passe quand on la chauffe à 120 oC! C’est bien parce qu’il en est parfaitement conscient — il n’est pas idiot — que Germar Rudolf commet cet évitement massif de la question de la température. Germar Rudolf est tout simplement, scientifiquement parlant, un escroc.

Pour autant, ne dispose-t-on vraiment d’aucune donnée précise sur la vitesse d’évaporation de l’acide cyanhydrique du Zyklon B? Ce n’est visiblement pas du coté des négationnistes qu’il faut les chercher, on l’aura compris. Les historiens, eux, ont fait leur travail…

Herbert Rauscher était un chimiste au sein de la Heli, une des sociétés spécialisées dans la distribution du Zyklon B pendant la guerre. Il a fait une déposition après la guerre, dans le contexte du procès qui concernait la société Deguesh. C’était un spécialiste de l’HCN et il connaissait son sujet. Surprise: il donne des chiffres précis pour les vitesses d’évaporation de l’HCN du Zyklon B à 20 DEGRES (donc les vitesses en conditions réelles, dans les chambres à gaz sont beaucoup plus rapides). Herbert Rauscher fournit un chiffre particulièrement intéressant: à 20 oC, 28 % de l’HCN se dégage en 5 minutes13.

On peut alors, évidemment, calculer le coefficient k de la loi d’évaporation exponentielle que l’on a déjà vue, l’hypothèse même de Rudolf! ($k=0,028533501$). On peut ainsi tracer la courbe et calculer les quantités dégagées à 10 minutes, 30 minutes et 2 heures, respectivement: 48 %, 86 %, 100 %. Vous avez bien lu. 48 % en 10 minutes, cinq fois plus que le chiffre de 10 % proposé sans justification par Rudolf, et 86 % en 30 minutes, tout à fait la «la plus grande partie» de Peters. Une fois encore, il s’agit de chiffres pour 20 oC, en deça de la température d’ébullition. Dans une chambre à gaz, à des températures supérieures à 20 oC, voire très probablement supérieures à la température d’ébullition, le dégagement d’acide cyanhydrique devait être foudroyant, ce que confirment évidemment les témoignages.

On est décidément très loin des élucubrations de Rudolf. Il est alors ici intéressant de comparer deux des principales courbes correspondant au chiffres proposés par Rudolf (50 % en 30 minutes et 10 % en 10 minutes) à la courbe correspondant à une donnée enfin réelle:

graphique principales propositions de Rudolf sur le dégagement de l'HCN

En résumé, c’est un festival: Germar Rudolf s’appuie sur une lettre vague, qu’il ne cite pas, pour choisir arbitrairement un point puis en déduire une courbe dont il ne justifie pas la forme, avance des chiffres en contradiction avec cette courbe (10 % en 10 minutes, 50 % en 30 minutes) et en contradiction entre eux, n’hésitant pas à falsifier un document de 1933 (Peters) pour justifier l’un de ces chiffres, abandonnant cette première falsification pour recourir (en faisant de l’auto-révisionnisme selon les versions successives de son rapport) à un second document qu’il n’a néanmoins, scientifiquement pas le droit d’invoquer, pour justifier ce même chiffre, le tout en négligeant systématiquement le facteur le plus important: la température. Tout cela pour minimiser outrageusement la vitesse d’évaporation de l’acide cyanhydrique en contradiction avec les documents émanant des experts. De quoi faire virer n’importe quel étudiant en n’importe quelle matière de n’importe quelle université! Rudolf n’est pas un scientifique, c’est un clown.

Ce n’est pas fini.

VI. Germar Rudolf dupe et complice d’un faux

Souvenons-nous que Germar Rudolf prétendait (p. 59) disposer de deux sources. Nous avons vu ce qu’il en était de la lettre de la Detia Freyberg et «accessoirement», comment Rudolf traitait les documents contemporains et la science elle-même. Nous allons à présent voir ce qu’il en est de la seconde source. Citons ici complètement ce que Germar Rudolf écrit:

«L’information donnée par la seconde source [168], qui émane de l’US-Army Chemical Corps, est reproduite au graphique 12. Malheureusement, la source ne dit rien sur la nature du support ni sur la manière dont le produit était étalé/entassé. A une température ambiante d’environ 26 oC, ce qui est la température d’ébullition de l’acide cyanhydrique, il faut environ 9 heures, selon cette source, pour que 80 à 90 % de l’acide cyanhydrique soit évaporé» (p. 59)

Et voici le «graphique 12» dont il accompagne ce texte, «émanant de l’US-Army Chemical Corps»:

graphique Rudolf, teneur résiduelle en HCN

Avant tout, restituons les courbes équivalentes pour la quantité totale d’HCN dégagé:

graphique Rudolf, teneur résiduelle en HCN

Et dans une version avec grille détaillée:

graphique Rudolf, teneur résiduelle en HCN

Citons à présent la note [168] fournissant la référence de ce graphique «émanant de l’US-Army Chemical Corps»:

«[168] S. Pinter, Mauthausen-Bericht, Beilage 3/US-Army Chemical Corps, 5.8.’48.» (p. 114)

Premières remarque à propos de cette source: il est étrange qu’un rapport émanant de l’armée américaine soit intitulé «Bericht» («rapport» en allemand, et non «report» en Anglais). Plus étrange est l’absence totale d’origine archivistique, de cote ou de précision qui permettrait de remonter à cette source. Entre une lettre non citée (et perdue) et un rapport invérifiable, Rudolf soigne décidément la fiabilité de ses sources…

Mais avant de revenir à cette source, examinons les données quantitatives. Souvenons nous que la réalité de la vitesse d’évaporation de l’acice cyanhydrique, à 20 oC, c’est 28 % en 5 minutes, 86 % en 30 minutes, 98 % en une heure, grandeurs cohérentes avec le document Peters de 1933 falsifié par Rudolf. Ici, à 25 oC, en 30 minutes, il se ne serait évaporé que 6 % d’HCN! Germar Rudolf produit un diagramme qui présente des chiffres au moins 8 fois plus faibles que le réalité. Même proche de la température d’ébulition, les chiffres fournis divisent par 3 la réalité à 20 oC. C’est du grand n’importe quoi.

Il est évident que Germar Rudolf boit du petit lait à exhiber des vitesses d’évaporation aussi incroyablement lentes. Si incroyablement lentes qu’elles sont évidemment incompatibles avec la lettre de la Detia Freyberg ou avec les documents Peters et Irmscher, même dans leurs présentations frauduleuses par Rudolf! Si incroyablement lentes que Germar Rudolf n’exploite absolument pas ces courbes. Il les montre, il est content, mais il n’en fait rien et passe son chemin, le chemin d’incohérences et de falsifications que nous avons décrit plus haut, mais auquel cette source ne participe pas.

Le malaise perceptible de Rudolf devant ces exagérations va se révéler plus que fondé. Le nom de l’auteur présumé du rapport en question serait «S. Pinter». Il faut être familier des discours négationnistes pour reconnaître un négationniste mineur, le germano-américain Stephen F. Pinter. Il compte beaucoup aux yeux des négationnistes parce que ce personnage aurait participé entre 1946 et 1948 comme juriste côté alliés à diverses procédures contre les Allemands, notamment à Dachau, et qu’en 1959 il a écrit une lettre à un journal local américain, affirmant qu’il n’y avait pas eu de chambre à gaz à Dachau, où il avait été en poste14.

De l’aveu même de Pinter, il a abordé ses missions en Europe dans le but de faire acquiter le plus d’Allemands accusés. Ses propos sur Dachau, contraires à la réalité physique, à la documentation et aux témoignages15 démontrent évidemment qu’il était soit un exécrable observateur, soit un personnage purement malhonnête, que son parti pris pro-allemand a conduit à mentir. Cela n’est pas étonnant: Franz Sephan Pinter, né en Autriche en 1888 est très probablement l’auteur, sous le nom de Hester Warwick, d’une très longue lettre (aussi longue qu’un article) négationniste, publié en Allemand dans la revue nazie Der Weg en 195416 en Argentine, où nombre de cadres nazis étaient présents à l’époque. Cette lettre déployait des contre-vérités devenues classiques dans l’arsenal négationniste. Der Weg servit d’ailleurs de «source» au négationniste Paul Rassinier.

Le pedigree de l’auteur présumé, l’absence de toute information archivistique sur la provenance de ce «Mauthausen Bericht» suffiraient à jeter le doute sur sa fiabilité. Cela se corse un peu plus lorsque l’on apprend que l’information comme quoi Stephen F. Pinter aurait été à la tête d’une commission alliée à Mauthausen provient d’Emil Lachout17, un vieux néo-nazi et négationniste ayant fabriqué des faux, en mentant accessoirement sur sa biographie, à la fin des années 1980 en Allemagne18. Or, qu’apprendrait-on en 2004, au plus profond d’une publication négationniste confidentielle? Germar Rudolf tenait son graphique «émanant de l’US-Army Chemical Corps» de… Emil Lachout19! Le clou dans le cercueil de cette fumisterie a été fourni par Stephen F. Pinter en personne et par avance, dès 1974. Il confiait alors à un correspondant: «Je n’ai rien eu à voir avec Mauthausen»20! Est-il utile de rajouter qu’il n’y a évidemment pas la moindre trace d’une commission alliée sur Mathausen en 1948? Ouïlle. In fine, il est même évident que Stephen F. Pinter n’est l’auteur d’aucun «Mauthausen Bericht». C’était de toutes façons un bien mauvais choix de la part d’Emil Lachout…

Le fait que Rudolf n’ait pas révélé dès le départ la provenance de son diagramme prouve à la fois sa malhonnêteté et le fait qu’il ne croyait pas complètement à son authenticité, tout en étant incapable de résister à l’envie de présenter, quitte à ne pas les exploiter vraiment, des «données» aussi conformes (bien que de façon particulièrement outrancière) à la direction de ses propres falsifications.

Rudolf a semble-t-il compris assez tôt le caractère vraiment trop douteux de son diagramme: celui-ci disparaît en effet très rapidement des éditions successives du «Rapport Rudolf». Cette «disparition» n’a évidemment fait l’objet d’aucun commentaire de la part de Rudolf dont la révélation qu’il le tenait de Lachout intervient plus de 12 ans après sa première publication. Une manifestation assez cocasse du rétropédalage paniqué mais discret de Germar Rudolf se trouve dans l’édition web/pdf d’une de ses innombrables publications, ici un recueil de 1993, écrit sous pseudonyme et intitulé pompeusement «Leçons sur l’histoire contemporaine»21. Dans la troisième leçon, une «causerie» sur les aspects «physico-chimiques» d’Auschwitz, Rudolf déploie ses falsifications habituelles. La version papier reproduisait le diagramme Pinter-Lachout (sans dire sa provenance). La version web/pdf a remplacé le diagramme par le commentaire suivant: «Da die Daten dieser Grafik unfundiert und irreführend sind, wird sie hier nicht dargestellt», à savoir «Compte-tenu de la nature trompeuse et sans fondement des données de ce graphique, il n’est pas reproduit». Re-ouïlle. Faut-il enfoncer le couteau dans la plaie en mentionnant que Rudolf y répète son mensonge sur Gerhard Peters22?

Au delà du caractère frauduleux de ce diagramme, on peut cependant remarquer qu’il propose des formes de courbes d’évaporation tout à fait cohérente avec une loi exponentielle de degré 1, dont nous pensons qu’elle est une hypothèse raisonnable. Surtout, au delà des durées délirantes qu’il propose, une information intéressante, que l’on connaît déjà, s’y trouve: l’influence de la température sur la vitesse d’évaporation. On constate notamment qu’au dessus de 25 oC (au dessus de la température d’ébulition?) la vitesse d’évaporation est deux fois plus rapide que la vitesse à 25 oC! Cela est évidemment conforme à ce que nous disions plus haut. D’ailleurs, cette évidence ne peut avoir échappé à Germar Rudolf qui a fait le choix de l’ignorer totalement car cela, ainsi que nous l’avons signalé, rend irrecevables tous ses «raisonnements», qui passent sous silence le facteur température.

C’est à se demander quelle part de vérité il pourrait y avoir dans ces diagrammes. Emil Lachout est connu pour avoir été probablement en possession de documents authentiques. Mais ceux qu’il a rendus publics étaient altérés de façon à corroborer le discours négationniste. Se pourrait-il qu’il soit parti de vraies données pour fabriquer un diagramme visiblement «ralenti»? Germar Rudolf nous fournit, sans doute involontairement une piste. Dans la lettre de 2004 de Germar Rudolf, citée plus haut, extraite d’une publication négationniste confidentielle, il écrivait: «Sans doute par erreur [sic], les durées d’évaporation présentées dans le diagramme sont dix fois supérieurs à la réalité»23. Si c’est le fond de la pensée de Rudolf, que ne l’a-t-il dit dans les version ultérieures de son rapport et exploité le diagramme débarrassé de cette erreur? Voici pourquoi:

graphique Rudolf, teneur résiduelle en HCN

Nous avons effectué ce que Rudolf préconise: diviser les durées par dix. On peut alors faire deux constats. Il y a enfin une courbe qui corrobore la fameuse affirmation de Rudolf, «50 % en 30 minutes», c’est la courbe d’évaporation à 25 oC (notons que cela ne corrobore toujours pas, évidemment, «10 % en 10 minutes»). Il est tout de même curieux que Rudolf n’ait pas souhaité utiliser pareille donnée. Ou pas. Car le second constat, spectaculaire, c’est la vitesse d’évaporation au dessus de 25 oC: très rapide. 20 % en 5 minutes, 40 % en dix minutes, 94 % en 30 minutes («la plus grande partie»…). Rudolf ne peut se permettre de faire connaître une telle possibilité, soulignant l’importance de la température qu’il doit absolument négliger pour promouvoir son évaluation frelatée de 10 % en 10 minutes. Notons que la réalité (le brevet de 1922, Peters & Rauscher) indiquent des vitesses d’évaporation plus rapides que cette version corrigée du graphique Rudolf-Lachout-Pinter. Dernière expérience de pensée aussi anecdotique qu’édifiante (et honnêtement tirée par les cheveux): si l’on applique aux données réelles dont on dispose à 20 oC (28 % en 5 minutes, 48 % en 10 minutes), le ratio constaté (sur la courbe Lachout-Pinter corrigée Rudolf) du double pour les températures supérieures à la température d’ébulition, on obtient… 56 % en 5 minutes et 96 % en 10 minutes…

Il est clair qu’en réalité ce diagramme est inexploitable. Mais Rudolf, tout en en connaissant la provenance et le caractère douteux a commencé par l’utiliser et lorsqu’il y renonce, il pense quand même qu’il correspond à une réalité (il suffit de diviser les durées par dix), mais comme dans ce cas, le diagramme corrigé fournit une courbe tout à fait contraire aux chiffres frelatés qu’il avance, Rudolf cache l’objet du forfait et falsifie d’autres sources. Après avoir été dupe et complice d’un faussaire, Rudolf retombe dans la mauvaise foi la plus anti-scientifique. Tout ceci est simplement risible.

Conclusion

Rudolf n’a jamais démontré que le chiffre qu’il va utiliser partout dans son «rapport», dégagement de 10 % en 10 minutes, est corroboré par le moindre élément concret. Il tient des raisonnement anti-scientifiques, falsifie ses sources, utilise des faux, tente de camoufler ses turpitudes. La réalité documentée révèle que l’acide cyanhydrique se dégageait en réalité à une vitesse foudroyante, plus (car dans des conditions de température très probablement supérieures au seuil d’ébulition) de 28 % en 5 minutes, 48 % en 10 minutes, 73 % en 20 minutes, etc., confirmant les durées de gazages très courtes mentionnées par tous les témoins. Ce qui est risible c’est que même à 10 % en 10 minutes, les quantités d’acide cyanhydrique dégagées suffisaient, dans les conditions décrites par les témoins, à assassiner en 5 minutes. Pour se sortir de cet autre mauvais pas, Germar Rudolf aura recours à d’autres falsifications, que nous analyserons ailleurs.

L’étude qui s’achève ici ne concerne que quelques lignes réparties sur deux pages d’un «rapport» qui en compte plus de cent. Il faut bien comprendre que la densité de mensonges, falsifications, affirmations anti-scientifiques demeure également élevée tout le long de ces cent pages. C’est la raison pour laquelle il est humainement impossible de tout réfuter, mais qu’il est important de démontrer sur quelques exemples que Germar Rudolf est un incompétent scientifique, un hypocrite et un falsificateur.

Cheers.


Notes.

1. Germar Rudolf, Le Rapport Rudolf. Rapport d’expertise sur la formation et le contrôle de la présence de composés cyanurés dans les «chambres à gaz» d’Auschwitz, Anvers: Vrij Historisch Onderzoek, 1996, Traduction de Das Rudolf Gutachten, Cromwell Press, 1993.

2. Germar Rudolf mentionne «les données des deux sources allemandes (Detia Freyberg et Peters)» (p. 59).

3. La note 153 (p. 113) est la suivante: «G. Peters, Blausäure zur Schädlingsbekämpfung, Verlag von Ferdinand Enke, Stuttgart, 1933. R. Irmscher, Zeitschrift für hygienische Zoologie und Schädlingsbekämpfung, 1942, p. 36». On remarque que Rudolf ne fournit aucun numéro de page pour l’ouvrage de Peters, ce qui rend évidemment toute vérification quasi-impossible… Ce n’est évidemment pas ainsi que travaillent les vrais scientifiques.

4. Germar Rudolf, Gutachten über die Bildung und Nachweisbarkeit von Cyanidverbindungen in den 'Gaskammern' von Auschwitz (3., erweiterte und korrigierte Auflage, November 1992), Stuttgart, 1992, p. 59, cité notamment par Nizkor, également disponible en ligne, sur le site nazi VHO, administré par Rudolf. Dans un article paru en 1997 en anglais Germar Rudolf répète la même chose. Le passage correspondant est le suivant: «According to a publication by G. Peters the Zyklon B expert with DEGESCH, in the early 1930s Zyklon B released 50 % of its HCN in about 30 minutes» (Germar Rudolf, «The 'Gas Chambers' of Auschwitz and Majdanek», in Ernst Gauss [pseudonyme de Germar Rudolf], Foundations of Contemporary History. A Handbook on Controversial Questions of the Twentieth Century, traduit de l’Allemand par Victor Diodon, en ligne).

5. La note 152 est la suivante: «G. Peters, Blausäure zur Schädlingsbekämpfung, Verlag von Ferdinand Enke Verlag, Stuttgart, 1933. erlag, Suttgart 1933, bezueglich der Geschwindigkeit der Blausäure-Verdunstung vom Zyklon B-Traeger: S. 64f». On remarque que dans la version française le numéro de page a disparu…

6. Gerhard Peters, Blausäure zur Schädlingsbekämpfung, Verlag von Ferdinand Enke in Stuttgart, 1933. En ligne.

7. Peters écrit: «Die Gasentwicklung aus dem Zyklon setzt unmittelbar nach dem Ausstreuen mit großer Heftigkeit ein» (Peters, op. cit., p. 64) ce qui signifie «Le dégagement à partir du Zyklon se produit très violemment [avec une grande violence] dès [immédiatement après] la dispersion [du Zyklon]»

8. Le 9 décembre 1995, le Professeur Ulrich Rößler (Docteur en physique) relevait la falsification de Rudolf sur le forum Usenet alt.revisionim («Re: Luftl's 'Report' Again (Re: Comments and Questions to Ulri», alt.revisionism, 9 décembre 1995, Message-ID: <4aclps$9cr@gwdu19.gwdg.de>, cité par Nizkor). Le 5 août 1996, Rudolf faisait transmettre sur alt.revisionism un message prouvant qu’il avait pris connaissance du dévoilement de Ulrich Rößler, mais il bottait en touche, sans contester le constat de falsification (Ehrlich606, «Germar Rudolf Responds on Zyklon Outgassing», alt.revisionism, 8 août 1996, Message-ID: <4u5kqb$9qc@newsbf02.news.aol.com>). Ce court message présente un intérêt certain, outre l’évitement de Rudolf relatif à sa falsification. D’une part Germar Rudolf confirme le caractère très peu précis de la lettre de la Detia Freyberg, qu’il prétend ne plus posséder en raison d’une confiscation par la police (comme c’est pratique!). D’autre part, comme Ulrich Roessler avait remarqué que Rudolf avait utilisé, sans le mentionner, une loi d’évolution exponentielle de degré 1, Rudolf répond, sans du tout contester le constat de Ulrich Roessler, qu’il «ne voit vraiment pas le problème à utiliser une loi exponentielle» (An der Annahme eines exponentiellen Verlaufes der Gasabgabe wird aber doch wohl kaum etwas auszusetzen sein). Germar Rudolf confirme donc notre hypothèse (que le tracé de la courbe théorique avait évidemment validé) et surtout sa malhonnêteté: il s’était gardé de mentionner son utilisation d’une telle loi ce qui est, scientifiquement, parfaitement inacceptable. Enfin, la raison invoquée par Rudolf pour l’utilisation d’une loi exponentielle de degré 1 mérite d’être citée: «parce qu’il n’existe pas de fonction décroissant plus rapidement» ( zumal es keine Funktion gibt, die schneller abfaellt). D’une part cette justification est tout à fait hors sujet (nous avons vu que de telles lois sont classiques en chimie et reflètent une certaine réalité). D’autre part, l’affirmation de Rudolf est, en tant que telle, mathématiquement, une totale ineptie. L’incompétence de Rudolf est ici aussi clairement illustrée. Nous laissons au lecteur le soin de soumettre ce point à n’importe quelle personne possédant un bagage mathématique de niveau license (quoique que le baccalauréat soit suffisant).

9. Wolfgang Lambrecht [très probablement un pseudonyme de Germar Rudolf] «Zyklon B – eine Ergänzung», Vierteljahreshefte für freie Geschichtsforschung, vol. 1, 1997, note 17, page 5 (Il écrit à propos de l’ouvrage de Peters: «Dies wurde von G. Rudolf in R. Kammerer, A. Solms, Das Rudolf Gutachten, Cromwell, London 1993, S. 59, irrtümlich falsch zitiert», à savoir que dans l’édition allemande de son rapport de 1993, Peters aurait été «mal cité par erreur»). Recourir à la rhétorique du «c’est pas moi m’sieur, on l’a mis dans ma poche» est évidemment pitoyable.

10. En 1993: «G. Peters[13] gibt für eine 50%ige Freisetzung der Blausäure eine halbe Stunde an» (Ernst Gauss [pseudonyme de Germar Rudolf!], Vorlesungen über Zeitgeschichte. Strittige Fragen im Kreuzverhör, Tübingen: Grabert-Verlag, 1993, p. 139. En 1994: «According to a publication by G. Peters the Zyklon B expert with DEGESCH, in the early 1930s Zyklon B released 50 % of its HCN in about 30 minutes» (Germar Rudolf, «The 'Gas Chambers' of Auschwitz and Majdanek», in Ernst Gauss [pseudonyme de Germar Rudolf], Foundations of Contemporary History. A Handbook on Controversial Questions of the Twentieth Century, traduit de l’Allemand par Victor Diodon, en ligne). Germar Rudolf a bien tenté de noyer sa falsification initiale en multipliant les publications ultérieures, mais il a été suffisamment prolifique pour laisser de nombreuses traces.

11. Cité dans Irene Sagel-Grande, H.H. Fuchs & C.F. Rüter (éd.), Justiz und NS-Verbrechen. Sammlung deutscher Strafurteile wegen nationalsozialistischer Tötungsverbrechen 1945-1966, Band XIII, Die vom 17.11.1954 bis zum 27.06.1956 ergangenen Strafurteile Lfd. Nr. 410-438, Amsterdam: University press, 1975, Verfahren Nr. 415: Die Urteile gegen die Lieferanten des Zyklon-B, Lfd.Nr.415b, 2. Die Giftgaslieferungen an das KZ Auschwitz, 415 b-8, p. 137. Le passage cité est en ligne. Les références du brevet sont les suivantes: Reichspatentamt. Patentschrift Nr 438818. Klasse 45l Gruppe 3. Ausgegeben am 27. Dezember 1926. Deutsche Gesellschaft für Schädlingsbekämpfung m.b.H. in Frankfurt a.M. Verfahren zur Schädlingsbekämpfung. Patentiert im Deutschen Reiche vom 20. Juni 1922 ab. Von dem Patentsucher ist als der Erfinder angegeben worden: Dr. Walter Heerdt in Frankfurt a.M.-Eschersheim. La série Justiz und NS-Verbrechen contient des informations, témoignages et documents inestimables, notamment le volume XIII que nous citons ici.

12. Par exemple, ce témoignage cité dans Justiz und NS-Verbrechen, Band XIII, op. cit., p. 134: «Nach Füllung der Kammern mit Menschen hätte man noch etwa 10 Minuten gewartet, um eine bestimmte Temperatur zu bekommen.» à savoir: «Après le remplissage de la chambre avec les gens, on attendait encore environ 10 minutes, afin qu’une température adéquate soit atteinte».

13. Déposition de Herbert Rauscher du 19/04/1948, citée par Hervé Joly, «L’industrie allemande et la Shoah. Le cas du Zyklon B», Revue d’histoire moderne et contemporaine, 47-2 avril-juin 2000, p. 392. Je remercie vivement Hervé Joly qui m’a fait parvenir la transcription de la déposition de Herbert Rauscher, que nous exploiterons dans une étude à venir. À notre connaissance, Hervé Joly est le premier à citer ce document, dont la mention n’est jamais apparue non plus sur internet.

14. Stephen F. Pinter, «Letter to the Editor«, Our Sunday Visitor (Huntington, Indiana), 14 juin 1959, p. 15. La fascination des négationnistes pour Pinter, qui n’est peut-être pas infondée, donne lieu à une véritable Pinterologie. Nous tirons les renseignements sur Stephen Pinter de l’auteur négationniste Klaus Schwensen, «Stephen F. Pinter: An Early Revisionist», Inconvenient History, 2012, vol.. 4, no. 1. et «On the Roads of Truth: Searching for Warwick Hester», Inconvenient History, 2012, vol.. 4, no. 2. Ne touchant pas au sujet du génocide ces articles, dont nous avons vérifié plusieurs citations, font partie d’une stratégie mise en place par les négationnistes eux-mêmes d’exposition d’une érudition rigoureuse, sinon neutre, relative à l’histoire même des discours et auteurs négationnistes. Le négationniste Jean Plantin est le seul représentant de cette stratégie en France. Il est intéressant de noter que dès que quelqu’un issu du négationnisme se met à fournir des informations internes non expurgées sur les milieux négationnistes et à leurs petites histoires, cela se révèle in fine dévastateur pour leur crédibilité.

15. La chambre à gaz de Dachau est connue, toujours debout, et l’objet de documents nazis bien connus. Voir la réponse à la question négationniste no 4.

16. Warwick Hester, «Auf den Straßen der Wahrheit», Der Weg, no. 8, août 1954, Buenos Aires.

17. Interview de Emil Lachout dans la revue nazie SIEG, no. 6, 1989, cité par Klaus Schwensen, «Stephen F. Pinter: An Early Revisionist», art. cit.

18. Sur l’affaire Lachout, les faux qu’il a produits et ses mensonges, voir Brigitte Bailer-Galanda, Wilhelm Lasek, Wolfgang Neugebauer, Gustav Spann, Das Lachout-„Dokument“. Anatomie einer Fälschung, Wien:DÖW, 1989. Traduction anglaise, The Lachout Document Anatomy of a Forgery, en ligne sur Nizkor. L’accueil hystérique par les négationnistes envers les faux produits par Lachout n’a d’égale que leur gueule de bois suite aux démonstrations irréfutables de ses manipulations. Visiblement Emil Lachout mentait même aux négationnistes…

19. Lettre du 13 mai 2004 à Klaus Schwensen, «Zur Echtheit des Lachout-Dokuments», Vierteljahreshefte für freie Geschichtsforschung, vol. 8 no. 2, 2004, p. 176. Klaus Schwensen écrit «Von Germar Rudolf hören wir nun, daß er selbst den Großteil der besagten Remer-Broschüre verfaßte und daß das Diagramm ihm von EmilLachout zugesandt wurde»: «Germar Rudolf nous révèle qu’il était l’auteur de la brochure de Remer et que le diagramme lui avait été tranmis par Emil Lachout». La brochure en question, Die Zeit lügt publiée par le nazi historique Otto Ernst Remer en 1992 avait en fait été rédigée par Germar Rudolf. Le diagramme de Stephen F. Pinter y apparaîssait pour la première fois. L’article de Klaus Schwensen tente de redorer le blason des négationnistes en établissant, dans une publication négationniste, le caractère frauduleux des documents produits par Lachout.

20. Lettre de Stephen F. Pinter du 22 mars 1974 à Robert J. Miller, citée par Klaus Schwensen, «Stephen F. Pinter: An Early Revisionist», art. cit.

21. Ernst Gauss [pseudonyme de Germar Rudolf], Vorlesungen über Zeitgeschichte: strittige Fragen im Kreuzverhör, Tübingen: Grabert, 1993.

22.«G. Peters gibt für eine 50%ige Freisetzung der Blausäure eine halbe Stunde an», Rudolf renvoyant évidemment à Blausäure zur Schädlingsbekämpfung de Gerhard Peters. (Ibid., p. 138)

23.«jedoch sind im Diagramm (wahrscheinlich aus Versehen) die Verdampfungszeiten 10mal länger dargestellt als in Wirklichkeit» (Lettre du 13 mai 2004 à Klaus Schwensen déjà citée).

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