Le Gang Onusien
Pedro A. Sanjuan
Mémoires sur l’incompétence, la corruption, l’espionnage, l’antisémitisme et l’extrémisme islamique au sein du Secrétariat de l’ONU
Chapitre XIV
L’internationalisme peut-il survivre?Le gouvernement des États-Unis s’est constamment abstenu de prendre au sérieux les avertissements répétés selon lesquels le Secrétariat de l’ONU, organe exécutif des Nations unies, a été et demeure un terreau propice à la corruption, aux activités d’espionnage et aux conspirations clandestines à caractère politique. Aujourd’hui, le Secrétariat de l’ONU n’est pas l’exécutant neutre de la volonté de la majorité des États membres, dans le respect des nobles objectifs énoncés par la Charte des Nations unies.
Faute de disposer d’informations détaillées sur la situation au sein du Secrétariat de l’ONU, le Congrès américain s’est toujours concentré sur un thème aisément compréhensible pour les électeurs américains: le gaspillage des ressources fournies à l’Organisation par les États-Unis. Les activités passées des services de renseignement soviétiques ont beaucoup moins préoccupé les commissions des crédits budgétaires du Sénat et de la Chambre des représentants que ces questions de dollars et de cents. Les membres des deux chambres se sont donc attachés à réduire la contribution financière des États-Unis, comme si cela devait remédier à tous les maux de l’ONU. Mais ils n’ont pas donné à leurs menaces un caractère véritablement convaincant.
Les administrations américaines successives ont évité toute réaction énergique pour protester contre le racisme et l’antisémitisme à l’ONU. Elles se sont également abstenues d’examiner les conflits d’intérêts extravagants qui sévissent au sein du Secrétariat. Au contraire, sous prétexte de maintenir de bonnes relations dans un environnement complexe, les États-Unis ont toléré et, dans certains cas, encouragé les conflits d’intérêts et la corruption qui ont progressivement rongé l’Organisation.
Les États-Unis peuvent-ils se permettre d’ignorer les preuves de corruption, de criminalité, d’espionnage et d’extrémisme politique qui ont été tolérés à tort à l’ONU? Ou faut-il y voir un fardeau inévitable, le prix à payer pour accueillir un forum mondial? Est-ce, surtout, un fardeau que le peuple américain doit non seulement supporter, mais aussi financer? Quelle excuse pourrait bien justifier que l’on ne réforme pas radicalement un système archaïque d’immunité diplomatique, afin que l’ONU puisse faire le ménage chez elle et jouer un rôle plus positif dans le monde?
Les États-Unis et l’URSS, unis par une alliance tacite pendant les longues années de la guerre froide — lorsque, même rivaux, ils s’accordaient à considérer l’ONU comme dépourvue d’importance dans un monde polarisé —, sont assurément à l’origine de l’incompétence qui règne au Secrétariat et des trahisons répétées de ses principes fondamentaux. Mais le problème essentiel est aujourd’hui que ce Secrétariat, corrompu dès l’origine, a acquis une importance nouvelle. Face aux méthodes de destruction massive adoptées par les terroristes internationaux, un Secrétariat de l’ONU complice et incapable de répondre à de tels défis apparaît comme une menace potentielle pour l’ordre mondial lui-même. L’antisémitisme qui règne au Secrétariat se transforme rapidement en un parti pris antiaméricain largement répandu, comme en témoignent les récits exacts des manifestations de joie et des célébrations qui eurent lieu dans les couloirs mêmes de l’ONU à l’annonce de la tragédie du World Trade Center. Bref, l’ONU compte aujourd’hui bien davantage que cette ridicule cour de récréation pour enfants qu’elle était avant les années 1990.
Deux déclarations furent faites lors de la séance de l’Assemblée générale de l’ONU du 1er octobre 2001, trois semaines après le 11-Septembre, à seulement deux miles de Ground Zero. À ce moment-là, l’Assemblée générale s’efforçait de définir la différence entre terrorisme justifié et terrorisme injustifié.
Le secrétaire général parla d’abord d’une «nécessité de clarté morale», laissant entendre que tous les terroristes ne se valaient pas: certains étaient de véritables terroristes, tandis que d’autres étaient des combattants de la liberté. Il reconnut certes que l’attaque contre le World Trade Center constituait une atteinte délibérée à la vie de civils innocents, «quelle qu’en soit la cause ou le grief invoqué», mais il ne précisa pas si l’attaque contre le Pentagone, dont le personnel est principalement militaire, relevait de la même catégorie.
Puis l’observateur de la Palestine auprès de l’ONU, connu comme l’«ambassadeur» de l’OLP, affina encore la distinction: «Les questions de guerres, de conflits armés, d’occupation étrangère, reconnus comme tels par la communauté internationale… relèvent du droit international humanitaire, des conventions de Genève; il s’agit donc d’une question différente.»
Il ne s’agissait guère de périphrases diplomatiques. Ces déclarations impliquaient clairement que, si l’on pouvait trouver une cause justifiable au massacre du World Trade Center, celui-ci devrait, lui aussi, être considéré comme un acte commis par des combattants de la liberté poursuivant un objectif légitime. Les actes terroristes se trouvaient désormais légitimés, sans contestation, au cours d’un débat public de l’Assemblée générale de l’ONU.
La société civilisée s’est révélée vulnérable aux forces qui tirent profit du désordre, de l’inefficacité et de la corruption au sein des organisations internationales. Ni la ville de New York, ni les États-Unis, ni le reste du monde civilisé ne peuvent se permettre de tolérer que des militants terroristes agissent sous le couvert de l’immunité de l’ONU. Pas davantage ne peut-on considérer l’intolérance nourrie de préjugés comme un mal nécessaire qu’il faudrait supporter, même dans les conditions complexes du donnant-donnant de la diplomatie internationale.
Heureusement, la plupart des Américains comprennent désormais que le terrorisme international n’est pas une petite industrie artisanale, mais un ensemble complexe, polyvalent et sophistiqué de relations entre de nombreux petits groupes, de grandes organisations, des gouvernements et d’autres structures de soutien, susceptibles d’agir sous la protection des organisations internationales. Pour maîtriser et éliminer progressivement les forces qui cherchent à conquérir le pouvoir en entretenant le chaos, nous devons exiger la suppression de tous les refuges offerts au terrorisme organisé, particulièrement de ceux qui prospèrent parmi nous, sous quelque prétexte que ce soit.
Assainir le Secrétariat de l’ONU et veiller à ce que son personnel se conduise d’une manière à peu près conforme aux normes d’éthique et de moralité du monde civilisé ne devrait en rien entraver la fonction de l’ONU en tant que forum mondial. Au contraire, des activités du Secrétariat régies par l’éthique et les principes de la Charte des Nations unies devraient renforcer l’efficacité de l’Organisation et permettre la bonne exécution des programmes de ce forum.
Le secrétaire général actuel a appelé à soutenir les efforts visant à maîtriser les conflits dans le monde et à empêcher que la violence ne serve à atteindre des objectifs qui devraient plutôt être poursuivis par la diplomatie. Ces appels à la raison sont louables et devraient recueillir l’appui de tous les Américains, quelles que soient leurs convictions politiques. Mais l’ONU doit faire bien davantage que publier des déclarations pleines de bonnes intentions. Pour aider l’Organisation à atteindre ses objectifs louables, l’auteur propose donc les mesures suivantes, simples mais efficaces:
- que les activités religieuses soient tenues à l’écart du Secrétariat de l’ONU, organisation laïque, puisque son personnel peut aisément assister à de tels offices en dehors des locaux de l’ONU;
- que toutes les formes de népotisme soient strictement interdites au sein du Secrétariat de l’ONU et des institutions spécialisées des Nations unies;
- que des règles strictes sur les conflits d’intérêts soient adoptées et appliquées au Secrétariat de l’ONU avec une rigueur au moins égale à celle qui prévaut dans l’administration américaine;
- que les manifestations de racisme et d’antisémitisme soient interdites au Secrétariat de l’ONU, sous peine d’expulsion pour tout contrevenant, y compris le secrétaire général;
- que l’exercice d’activités professionnelles parallèles et la conduite d’affaires privées par les membres du personnel du Secrétariat de l’ONU, pendant comme en dehors des heures de service, soient strictement interdits, les contrevenants s’exposant à un licenciement;
- que le Secrétariat de l’ONU et ses institutions spécialisées rompent tout contact avec le crime organisé, international comme local, et interdisent à l’avenir de tels contacts;
- que le Secrétariat donne à chacun des États membres un accès direct à l’ensemble des pièces comptables ainsi qu’à tous les autres documents financiers et budgétaires;
- que toutes les opérations de renseignement ou activités politiques internes soient effectivement interdites au sein du Secrétariat et des organismes de l’ONU;
- qu’un comité de sécurité interne soit créé pour collaborer étroitement avec les services chargés de l’application de la loi dans les États membres, afin de rechercher les activités criminelles et terroristes au sein du Secrétariat de l’ONU, à New York comme à l’étranger, et pour apporter sa coopération et ouvrir l’accès à l’intérieur de l’ONU aux services qui enquêtent sur des personnes soupçonnées d’enfreindre les règles de l’Organisation interdisant les activités criminelles et terroristes; et enfin,
- que les membres actuels du personnel du Secrétariat — y compris tous les hauts responsables — impliqués dans des conflits d’intérêts manifestes et des activités illégales passées soient immédiatement démis de leurs fonctions.
Puisque le Secrétariat de l’ONU ne dispose pas de l’autorité suffisante pour garantir le respect des règles d’une procédure régulière, la protection des droits individuels devrait être assurée par un tribunal judiciaire dûment constitué, extérieur à l’ONU.
La composition future du Conseil de sécurité et le rôle d’une Assemblée générale beaucoup plus représentative soulèvent des questions difficiles. Elles imposent de repenser la nécessité, l’importance et la fonction d’une organisation internationale entièrement refondue, qui ne reposerait plus sur le principe d’une domination néo-impérialiste du monde par une poignée de pays du Nord. Réinventer cet aspect de l’ONU exigera donc probablement la constitution d’une confédération d’alliances régionales ou de mini-ONU.
En revanche, la réforme du Secrétariat de l’ONU ne présente aucune difficulté particulière. Il s’agit de rendre le Secrétariat et ses organismes pleinement responsables devant les États membres, et d’instaurer des règles de conduite telles qu’on en trouve dans les statuts des organisations et les règlements des administrations publiques de l’ensemble du monde civilisé. Ces réformes pourraient être mises en œuvre dès demain.
Il reste beaucoup à faire pour transformer l’ONU en une organisation moderne, capable de relever les défis d’un monde profondément divisé. Mais on ne peut plus se retrancher derrière l’excuse selon laquelle l’ONU ne serait que la somme des volontés de ses États membres. Les véritables internationalistes n’envisagent pas un monde dominé par des régimes despotiques et par ceux qui violent les droits de l’homme.
En somme, aucune réforme véritable ne sera possible dans l’arène politique de l’ONU tant qu’on n’aura pas trouvé une formule permettant de faire de l’Organisation un véritable forum mondial voué à la protection des intérêts de tous ses membres, ainsi qu’à la promotion de la croissance économique et à l’élimination de la famine, de la pauvreté, de l’injustice et de la maladie à travers le monde.
Certains des critiques les plus respectés de l’ONU nourrissent l’espoir sincère que l’absurdité actuelle, qui voit l’Organisation devenir le point de convergence de l’opposition aux États-Unis, ne s’installe pas durablement. Il appartient assurément aux États-Unis de prendre des mesures plus constructives pour empêcher ce réalignement fatal, car, si cette dérive n’est pas enrayée, les jours des Nations unies seront comptés. Une telle issue ne servirait ni les intérêts de la sécurité américaine ni l’avenir de l’humanité. Espérons que nos dirigeants auront la sagesse de sauver l’ONU d’elle-même avant qu’il ne soit trop tard.