Le Gang Onusien
Pedro A. Sanjuan
Mémoires sur l’incompétence, la corruption, l’espionnage, l’antisémitisme et l’extrémisme islamique au sein du Secrétariat de l’ONU
Préface
Les tyrans accusent leur victimeEn 1945, les Alliés victorieux créèrent une organisation, les Nations unies, destinée à protéger la civilisation contre une nouvelle menace malfaisante semblable à celle qu’avaient représentée les nazis.
Mais les deux superpuissances issues de la Seconde Guerre mondiale ne tardèrent pas à commettre quelques actes plutôt stupides.
Tout d’abord, elles convinrent de se tenir mutuellement en otage grâce à une puissance de destruction toujours croissante, capable d’anéantir toute vie civilisée sur la Terre. Cette effroyable capacité de destruction réciproque devait rester le monopole conjoint des États-Unis et de l’URSS, sans que le reste du monde eût vraiment son mot à dire. La survie ou l’anéantissement de l’espèce humaine entière devenait ainsi une affaire bilatérale, dont était exclue la très grande majorité des habitants de la planète.
Dans le même temps, elles avaient le front de fustiger toute autre nation aspirant à posséder ne serait-ce qu’une petite arme de destruction massive, ambition qu’elles condamnaient hypocritement sous le nom de «prolifération».
L’idéalisme avait sombré dans l’hypocrisie la plus flagrante. Dès lors, ni les États-Unis ni l’URSS ne devaient permettre aux Nations unies de se mêler des questions vitales de la guerre froide, ni de rien qui pût compromettre la survie de l’humanité si l’affrontement américano-soviétique venait à dégénérer.
La lente marche vers l’absurde était donc la seule voie laissée ouverte à l’ONU. Au fil des années, celle-ci devint une arène commode où les pays neutres et ceux qui l’étaient moins, au sein du tiers-monde, pouvaient étaler leurs querelles mesquines et feindre de se consacrer à des causes humanitaires.
Après la disparition du courageux, mais encombrant, Dag Hammarskjöld, mort dans un accident d’avion aux circonstances quelque peu troubles, les superpuissances s’entendirent pour choisir au poste de secrétaire général de l’ONU des candidats originaires de pays faibles, mais aussi d’une veulerie éprouvée. Les superpuissances, promptes à imposer leur loi, purent ainsi déclarer que l’ONU était incapable d’accomplir quoi que ce soit, puisqu’elle n’était qu’un lieu de débats.
Or, un simple lieu de débats, c’était précisément ce que les États-Unis et l’URSS voulaient que fût l’ONU.
Il n’existait donc, aux Nations unies, aucune échappatoire à l’incompétence. Celle-ci était attendue. Quiconque nourrissait un projet sérieux de réforme ne pouvait aboutir à rien, puisque les grandes puissances entretenaient délibérément le dysfonctionnement du système.
L’ONU demeurait néanmoins un pôle d’attraction spirituel pour tous ceux qui espéraient voir disparaître un jour les graves injustices sociales du monde: maladie, pauvreté, faim, mauvais traitements infligés aux femmes, racisme, sort des personnes handicapées, exploitation des enfants. Les organismes spécialisés de l’ONU, ses conférences et les sessions de son Assemblée générale feraient grand bruit autour de ces questions.
Pourtant, ces activités bien intentionnées produisirent fort peu de résultats, à en juger par la progression effroyable du sida et d’autres fléaux redoutables, le spectre omniprésent de la famine et de la malnutrition, le sort atroce aujourd’hui réservé aux femmes et aux enfants dans le monde, la persistance de l’esclavage, l’aggravation continue du racisme et de l’intolérance religieuse, ou encore la propagation effrénée des génocides et du terrorisme.
En tant qu’organe politique effectif, l’ONU n’était dirigée que depuis un seul lieu: le Conseil de sécurité, où régnaient les superpuissances. C’est là que les États-Unis et l’URSS concluaient leurs arrangements, notamment pour choisir des secrétaires généraux faibles et inefficaces, que chacune pouvait manipuler.
Pendant ce temps, l’Assemblée générale de l’ONU, certains de ses organismes les plus engagés politiquement, comme l’UNESCO, et le Secrétariat lui-même devenaient des champs de bataille idéologiques. Les combats les plus importants portaient sur la fidélité du tiers-monde: ces régions en développement sur les plans politique, social et économique, que les superpuissances convoitaient comme autant de sphères d’influence.
À la confrontation idéologique Est-Ouest se mêlait la guerre du monde islamique contre Israël, conflit que les ennemis d’Israël remportèrent très tôt et haut la main à l’ONU. En 1975, l’Assemblée générale adopta une résolution fameuse assimilant le sionisme au racisme. À l’ONU, on aurait dit que les nazis avaient expulsé ou exterminé des racistes juifs et que les racistes survivants s’étaient installés en Palestine.
Les États-Unis étaient le plus grand — et le seul — ami d’Israël. Mais nous avions d’autres préoccupations à l’ONU, et nos diplomates n’étaient pas disposés à affronter le monde islamique au sujet d’Israël sur le mode du tout ou rien. Il suffisait que les États-Unis soutinssent Israël bilatéralement, par une aide économique et militaire.
L’antisémitisme manifeste et omniprésent à l’ONU était apparemment considéré par le gouvernement américain, au plus fort de la guerre froide, comme un mal nécessaire sans grande conséquence. Après tout, l’ONU n’était guère plus qu’une enceinte où exprimer des griefs et dissimuler l’effroyable crime international que commettaient les deux superpuissances: pendant cinquante longues années d’angoisse, elles continuèrent de menacer de mettre fin à la vie civilisée sur la Terre au moment de leur choix. De façon tout aussi inexplicable, le gouvernement américain fermait les yeux sur l’utilisation du Secrétariat de l’ONU comme base d’activités d’espionnage soviétiques.
Mais l’URSS finit par s’effondrer, après avoir épuisé son économie incompétente en poursuivant une course aux armements insoutenable face aux États-Unis. Ces derniers se retrouvèrent ainsi dans le rôle de l’unique superpuissance — ou du seul tyran, selon le terme que nombre de fonctionnaires de l’ONU aiment à nous appliquer.
L’atmosphère «naturelle» d’antisémitisme politique, longtemps tolérée à l’ONU, favorise désormais rapidement la formation d’une coalition hostile aux États-Unis et à Israël. Cela se produit indépendamment des alliances et des rapprochements que les États-Unis s’efforcent d’entretenir, sur une base bilatérale ou régionale, dans différentes parties du monde.
Le Secrétariat de l’ONU a toujours été un champ de bataille politique. Doit-il continuer à servir d’arène clandestine aux manœuvres et aux querelles politiques, alors qu’il est censé être neutre — ce qu’il n’a jamais été? Le moment n’est-il pas venu pour les Américains d’exiger qu’on mette fin aux pratiques politiques sordides qui ont cours à l’ONU, puisque le contribuable américain finance, à son insu, l’antisémitisme et une forme d’antiaméricanisme irréfléchi?
Le Secrétariat a longtemps fonctionné comme une plaque tournante pour des organisations islamistes extrémistes vouées à l’anéantissement de l’État d’Israël. Existe-t-il un moyen de coordonner, à l’échelle mondiale, les activités policières de lutte contre le terrorisme avec un contrôle efficace de ce qui se passe au Secrétariat de l’ONU?
Les causes de la paix et de la stabilité mondiale — objectifs affichés de l’ONU — sont-elles condamnées à l’échec au sein d’une organisation qui abrite des activités clandestines déstabilisatrices?
L’ONU possède-t-elle, aujourd’hui et pour l’avenir, une valeur qui transcende ses faiblesses héritées du passé? Et surtout, peut-on faire quelque chose pour surmonter le legs dysfonctionnel de cette organisation?
Les expériences extravagantes que j’ai vécues pendant dix ans au Secrétariat de l’ONU, en qualité de «principal espion américain», apporteront peut-être à ces questions quelques réponses franches, allant au-delà des réformes de façade périodiquement mises en œuvre.