1. Tomasz Kranz, «Ewidencja Zgonow i Smiertelnosc Więźniów KL Lublin», Zeszyty Majdanka, Vol. XXIII, 2005. Nikolaus Wachsmann cite la traduction en allemand de cette étude: «Die Erfassung der Todesfälle und die Häftlingssterblichkeit im KZ Lublin», Zeitschrift für Geschichtswissenschaft, vol. 55 no 3, 2007. 2. Tomasz Kranz, «Between Planning and Implementation: The Lublin District and Majdanek Camp in Nazi Policy», in Larry V. Thompson (éd.), Lessons and Legacies IV. Reflections on Religion, Justice, Sexuality, and Genocide, Evanston, Illinois: Northwestern University Press, 2003, p. 230. 3. Franciszek Piper, Die Zahl der Opfer von Auschwitz. Aufgrund der Quellen und der Erträge der Forschung 1945 bis 1990, Oświęcim: Verlag Staatliches Museum Auschwitz-Birkenau, 1993 (présenté de façon abrégée par Nikolaus Wachsmann: Franciszek Piper, Die Zahl der Opfer von Auschwitz, Oswiecim, 1993). 4. Franciszek Piper, Die Zahl der Opfer von Auschwitz, op. cit. 5. Tomasz Kranz, «Die Erfassung der Todesfälle und die Häftlingssterblichkeit im KZ Lublin», art. cit. 6. p. 238 de l’étude de Kranz citée ci-dessus, chiffre qu’on retrouve dans Tomasz Kranz «L’extermination des Juifs dans le camp de concentration de Majdanek», Revue d’Histoire de la Shoah, 2012/2, no 197. 7. Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d’Europe, Paris: Fayard, 1988, p. 1046. 8. Olga Wormser-Migot, Le Système Concentrationnaire Nazi (1933-1945), Paris: Presses universitaires de France, 1968, p. 559-560. 9. Martin Broszat, «Nationalsozialistische Konzentrationslager 1933-1945», dans Anatomie des SS-Staates, Fribourg: Olten, 1965, vol. 2, p. 160: «Nach den vorliegenden Teilzahlen ist die Gesamtzahl der Häftlinge, die während des Krieges in den Konzentrationslagern an Entkräftung und Krankheiten starben, mindestens auf eine halbe Million zu schätzen». Merci à Nicolas Bernard d’avoir attiré mon attention sur cette évaluation. 10. Joseph Billig, Les camps de concentration dans l’économie du Reich hitlérien, Paris: Presses universitaires de France, 1973, p. 97-99. Billig donne une liste de bilans pour plusieurs camps, liste qui ne recoupe que partiellement la nôtre et dans laquelle il n’inclut pas Majdanek (dont il fournit pour nombre de victimes juives le chiffre de 71 500, p. 102). La qualité et la rigueur du travail de Joseph Billig sont impressionnants. Il obtient ainsi pour Auschwitz un total, hors Juifs non enregistrés, de 228 000, une valeur extrêmement proche de celle à laquelle sont parvenus les historiens ces dernières années.

Le nombre de morts
du système concentrationnaire nazi

Synthèse de l’historiographie

Gilles Karmasyn


Introduction

Il est important de comprendre que les chiffres dont il sera question dans la présente page concernent le système concentrationnaire nazi stricto sensu, lequel n’inclut pas les centres de mise à mort industrielle (improprement mais communément appelés «camps d’extermination», désignation ambigüe qui désigne parfois les camps de concentration, ce qui ajoute à la confusion), à savoir: Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka, et le centre de mise à mort qui fit partie de Birkenau (Auschwitz II). Les Juifs furent amenés dans ces centres d’assassinat de masse pour y être exécutés directement, sans connaître la vie d’esclaves concentrationnaires qui fut le lot des déportés politiques (principalement).

Une minorité de Juifs «aptes au travail» connut un bref sursis en tant qu’esclaves concentrationnaires, principalement à Auschwitz (et dans une moindre mesure à Majdanek) à l’issue de ce que l’on connaît comme la «sélection» à l’arrivée, processus au cours duquel la majorité des Juifs acheminés à Auschwitz était envoyée aux chambres à gaz pour y être immédiatement assassinée. Cette minorité, dont est issue un certain nombre de survivants juifs mêlée aux survivants du système concentrationnaire nazi a rendu difficile l’appréhension de la différence radicale de destins entre esclaves concentrationnaires et Juifs.

Dans les camps de concentration, hors Auschwitz et Majdanek, il y eut très peu de Juifs. Les plus connus d’entre eux, Dachau, Buchenwald, Dora par exemple, n’en comptèrent aucun avant les derniers mois de la guerre, lorsque les Allemands transférèrent de l’Est des dizaines de milliers de Juifs qu’ils comptaient utiliser comme main-d’œuvre et qui se retrouvèrent répartis parfois de façon chaotique dans ce qui demeurait du système concentrationnaire. L’objectif de la présente page est de présenter des bilans du nombre de victimes des camps de concentration, y compris la minorité de Juifs qui servit d’esclaves concentrationnaires (il est extrêmement délicat de les séparer des autres concentrationnaires) consolidés à partir des chiffres fournis par les historiens.

Il existe peu d’études globales et systématiques du système concentrationnaire nazi. De nombreux ouvrages sont consacrés désormais à tel ou tel camp, toutefois, nous disposons de quelques synthèses qui toutes ont entrepris de fournir des évaluations du nombre de morts des camps, stricto sensu. Nous nous proposons d’utiliser trois études exceptionnelles du système concentrationnaire nazi, une française, une allemande, une américaine, qui chacune ont marqué l’historiographie par leurs qualités et leur sérieux:

Lorsque la source fournit un chiffre minimal et un chiffre maximal, les deux sont indiqués l’un sous l’autre. Les totaux figurent donc à chaque fois dans les deux hypothèses, minimale et maximale. Quelques chiffres indiqués ci-dessous sont le fruit d’un premier calcul (expliqué dans la section «remarques» ci-après) effectué à partir des données fournies au sein de l’ouvrage utilisé, afin de présenter un tableau de chiffres le plus homogènes possible entre les trois ouvrages.

Tableau des bilans par camps selon source

         SOURCE
CAMPS
 
BDIC ORTH WACHS 
Auschwitz145 000
239 000
246 575
256 575
230 000
Bergen-Belsen50 00036 400
37 600
37 000
Buchenwald60 00056 792
60 192
56 000
Dachau76 00036 27639 000
Dora/Mittlebau10 000
20 000
20 00015 000
20 000
Flossenbürg70 00038 15830 000
Groß-Rosen/41 02545 000
Majdanek50 000
200 000
170 000
250 000
78 000
Mauthausen100 000100 00090 000
Natweiler/Struthof22 000300019 000
20 000
Neuengamme50 00055 043
70 243
43 000
Ravensbrück60 000
90 000
21 900
31 900
30 000
40 000
Sachsenhausen84 00092 816
104316
35 000
40 000
Stutthof100 00065 000
93 000
61 500
TOTAL877 000
1 161 000
982 985
1 142 285
808 500
829 500

Remarques

Même lorsqu’une source ne fournit qu’un seul chiffre, elle l’a souvent assorti de la mention «au minimum». Les évaluations basses sont donc ici probablement toujours sous-évaluées. BDIC ne mentionne pas Groß-Rosen. Il est possible que Groß-Rosen soit implicitement pris en compte dans Sachsenhausen dont il était un camp satellite, mais c’est une hypothèse invérifiable. Dans le cas du Stutthof le chiffre élevé (100 000) fourni par BDIC semble découler de la prise en compte des victimes amenées au camp uniquement pour y être assassinés (catégorie également identifiée et prise en compte par ORTH, dont le maximal rejoint l’ordre de grandeur du chiffre de BDIC, mais pas, semble-t-il, par WACHS). Enfin ORTH semble négliger l’historiographie récente de Natweiler/Struthof tant son évaluation semble sous-évaluée par rapport aux chiffres connus (ORTH semble se limiter au seul camp-souche).

Les cas de Majdanek et Auschwitz sont délicats. Pour Majdanek, BDIC ne semble pas faire la distinction entre victimes juives et non juives. ORTH opère cette distinction et fournit une fourchette pour les victimes non juives (80 000 à 160 000) et mentionne 90 000 victimes juives que nous y ajoutons (les chiffres obtenus sont explicitement mentionnés par ORTH p. 348), rejoignant les ordres de grandeur de BDIC. Il faut relever toutefois que les estimations BDIC (du moins pour la valeur haute) et ORTH sont aujourd’hui très largement revues à la baisse dans l’historiographie la plus récente (prise en compte par WACHS). Le chiffre total pour Majdanek utilisé par WACHS est 78 000, et inclut les victimes juives. En toute rigueur, il faut rappeler que Majdanek tînt un rôle comparable, bien qu’à une échelle beaucoup plus réduite, à Birkenau, comme centre de mise à mort pour les Juifs: des Juifs y furent acheminés pour y être assassinés directement (par fusillades ou gazages) sans y être enregistrés. Ces victimes sont ici incluses dans les trois évaluations (aucun des trois ouvrages ne fournit de moyen de les distinguer), bien que la nature des bilans que nous cherchons à établir dans la présente page les exclut en théorie. C’est une aporie que nous ne sommes pas parvenus à dépasser. On remarquera enfin que les différences constatées sur les différents totaux sont imputables aux valeurs très élevées par BDIC et surtout ORTH pour le bilan de Majdanek par rapport à celui de WACHS. Soulignons ici que le bilan utilisé par WACHS est issu d’une étude approfondie de 20051 qui marque une rupture historiographique majeure sur Majdanek: son propre auteur (T. Kranz) estimait encore en 2003 que le total des victimes de Majdanek s’élevait à 170 000 personnes2.

Le cas d’Auschwitz présente ici une difficulté particulière. C’est dans sa seule dimension camp de concentration, le plus meurtrier des camps nazis, même sans compter les victimes juives passées par le camp et ayant servi d’esclaves concentrationnaire. BDIC fournit bien un total de victimes concentrationnaires incluant Juifs et non juifs. ORTH fait explicitement la distinction entre victimes juives et non juives, mais ne distingue pas parmi les Juifs ceux qui furent assassinés dès leur arrivée (que nous excluons de nos calculs) de ceux qui entrèrent dans le camp (que nous incluons): elle les désigne improprement sous l’expression «jüdische KZ-Häftlinge»: détenus concentrationnaires juifs. Les Juifs assassinés dès leur descente de train dans les chambres à gaz ne furent en effet jamais détenus! Pour palier à cette indistinction, nous nous tournons vers la source (fournie par ORTH) de ses chiffres pour Auschwitz3 qui mentionne que 100 000 Juifs qui entrèrent dans le camp y périrent. Nous ajoutons ces 100 000 aux chiffres de victimes non juives fournies par ORTH dans son propre tableau pour obtenir les chiffres ci-dessus. WACHS mentionne lui le total de 1,1 million de victimes incluant 870 000 juifs «tués à l’arrivée sans avoir été enregistrés comme détenus» (il est sur ce point plus rigoureux que ORTH). C’est la différence, 230 000 (incluant Juifs et non juifs), qui nous fournit le chiffre que nous avons inscrit dans notre tableau.

Nikolaus Wachsmann ajoute aux camps énumérés ci-dessus, des camps qui ne sont pas toujours pris en compte dans les deux autres ouvrages (principalement Herzogenbusch, Kovno, Niederhagen, Plaszow, Riga, Vaivara, Varsovie), pour un total (pour les camps énumérés ici) d’au minimum 25 000 victimes, dont un nombre important de Juifs. Pour sa part Karin Orth prend également en compte certains de ces camps (Herzogenbusch, Niederhagen) ou d’autres n’apparaissant pas (Hinzert), pour un total à ajouter d’environ 3000 victimes. Dans les deux cas, cela ne change pas ici les ordres de grandeur des totaux. WACHS ne fournit pas dans son tableau synthétique de détails sur la nature des victimes (esclaves concentrationnaires stricto sensu ou victimes exécutées directement à leur arrivée (sauf dans le cas d’Auschwitz, voir ci-dessus). BDIC opère parfois la distinction, mais c’est ORTH qui fournit les chiffres les plus détaillés, en distinguant par exemple les victimes de l’Opération 14f13. Nous avons donc déjà consolidé certains chiffres afin de les présenter ici de façon la plus homogène possible entre les trois sources. À charge au lecteur scrupuleux (ou tatillon) de vérifier que nous n’avons pas commis d’erreurs malgré le soin que nous avons apporté à cette entreprise…

On peut, assez artificiellement, et très approximativement, tenter de fournir des estimations des victimes non juives du système concentrationnaire nazi, en déduisant des totaux calculés plus haut le nombre de Juifs assassinés après avoir été enregistrés à Auschwitz, ceux assassinés à Majdanek, ainsi que ceux morts dans les autres camps, notamment ceux transférés depuis l’Est dans les dernières semaines de la guerre. Pour Auschwitz, nous pouvons utiliser le chiffre de 100 000 fourni par la source utilisée par WACHS et ORTH4 (et probablement aussi par BDIC). Pour Majdanek, nous déduisons pour ORTH les 90 000 qu’elle mentionne explicitement. Pour WACHS, il suffit d’utiliser sa source, les chiffres de l’historien Tomasz Kranz5, à savoir 60 0006. BDIC ne permettant pas de distinguer Juifs et non juifs, nous utiliserons le chiffre de Kranz. Aucune des trois sources ici utilisée ne fournit de chiffres pour les Juifs morts dans les autres camps, cependant on peut, pour les besoins de la cause utiliser une quatrième source qui s’est toujours révélée particulièrement fiable sur les chiffres: Raul Hilberg. Ce dernier, par exemple, avançait dès 1961, comme nombre de Juifs ayant péri à Majdanek, 50 000. Raul Hilberg, dans les statistiques qu’il dresse du nombre de victimes juives du génocide distingue une catégorie «Camps de concentration – Bergen-Belsen, Mauthausen, Stutthof, etc.» qui ne comprend pas les Juifs assassinés à Auschwitz et à Majdanek. C’est donc très exactement le chiffre qui nous intéresse ici. Hilberg, l’estime à 150 0007. Le fait de déduire des totaux obtenus par les trois sources étudiées ici un chiffre qui provient d’une quatrième affaiblit la fiabilité du résultat obtenu malgré le sérieux des différents auteurs. On considèrera les chiffres obtenus ci-dessous avec la prudence nécessaire (nous ne nous interdisons pas d’y revenir ultérieurement et toute critique constructive sera la bienvenue). Déduisant des totaux calculés plus haut ces 310 000 victimes juives (pour BDIC et WACHS) ou 340 000 (pour ORTH), on obtient (min/max):

               
 
BDIC ORTH WACHS 
TOTAL (victimes non juives)567 000
851 000
642 985
802 285
498 500
519 500
 

On peut ajouter que BDIC ne tente pas de fournir des bilans consolidés, qu’il n’est pas toujours aisé de distinguer, dans les cas pertinents, les victimes juives des victimes non juives, et que la liste (alphabétique) des camps examinés comprend également les centres de mise à mort industrielle pour les Juifs (non pris en compte ici car étrangers au système concentrationnaire stricto sensu). ORTH opère une consolidation très fine des bilans présentés, en identifiant bien les victimes concentrationnaires strico sensu (sans y inclure les un million de victimes juives d’Auschwitz et les quatre-vingt-dix mille de Majdanek): elle parvient à une fourchette de 795 889 à 955 215 victimes (la différence par rapport à notre résultat provient de notre utilisation du chiffre de Hilberg qui retranche encore 150 000 Juifs de ce total. ORTH écrit d’ailleurs explicitement, p. 348, que selon elle son chiffre inclut au moins cent mille Juifs, ce qui conforte le bien fondé de notre utilisation de l’estimation de Raul Hilberg). ORTH avance au final ce qu’elle présente comme un bilan total du système concentrationnaire incluant les victimes juives de Majdanek et toutes les victimes juives d’Auschwitz. WACHS quant à lui propose un «nombre total de morts dans les KL» évalué à «plus de 1,7 million», incluant de toute évidence tous les Juifs assassinés à Auschwitz-Birkenau. Nous contestons avec force cette présentation qui écrase les victimes du système concentrationnaire nazi sous le poids des victimes juives, et ce d’autant plus que les près de neuf cent milles Juifs assassinés dès leur arrivée à Auschwitz ne relèvent pas, nous en sommes convaincus, du «système concentrationnaire», mais du système de «centres de mise à mort» conceptualisé par l’historien Tal Bruttmann: celui-ci englobe non seulement les centres de mise à mort industrielle par gazages (Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka, Birkenau, partiellement Majdanek) mais aussi les centres de mise à mort par fusillades (Babi Yar, les marais du Pripets, les forêts de Ponary, Kovno, partiellement Majdanek). Qu’à la fin du XXe siècle la confusion perdurât chez les meilleurs historiens est compréhensible, qu’en 2015, elle se retrouve chez un historien de la classe de Nikolaus Wachsmann est plus suprenant, surtout au sein d’un ouvrage par ailleurs remarquable en tous points.

Conclusion

Malgré les quelques hétérogénéïtés qui demeurent entre les sources, le résultat est frappant par sa cohérence. La valeur très élevée du maximal pour BDIC et des totaux chez ORTH sont imputables aux valeurs très hautes (historiographiquement dépassées) utilisées pour Majdanek. On peut considérer que l’on dispose d’une estimation raisonnablement comprise entre huit cent mille et un million cent mille victimes. Cet ordre de grandeur (homogène entre les trois sources) pourrait surprendre le non spécialiste; c’est sans doute parce qu’ il est d’une part familier des (nous n’osons écrire «habitué» aux) ordres de grandeur du nombre de victimes juives du génocide (entre cinq et six millions) et parce qu’ont longtemps circulé dans la presse ou dans des ouvrages de vulgarisation des chiffres non vérifiés. Soulignons toutefois que l’historienne Olga Wormser-Migot écrivait en 1968, dans l’une des toutes premières tentatives universitaires d’histoire globale des camps de concentration nazis8:

«On obtient [pour le nombre de concentrationnaires purs, non juifs] 600 000 morts dans les camps. Le chiffre de décès concentrationnaires comprenant [les Juifs] mais exceptant les détenus [sic!] morts au titre de la Solution finale dans les camps de Pologne, doit être compris entre 500 000 et 1 000 000 […] Si les chiffres écrasants de la Solution finale font paraître proportionnellement faible celui des morts strictement concentrationnaires, cette appréciation est à porter elle aussi au crédit du nazisme, susceptible d’avoir à ce point habitué les peuples à l’immensité de leur forfait que le fait d’avoir probablement détruit plus d’un million d’hommes et de femmes dans les K.Z. paraît une faible performance par rapport aux résultats obtenus dans le processus de la Solution finale, par rapport aux bénéfices rentables tirés pour les nazis de «opération-camp», chiffre que cependant une conscience humaine normale ne peut ni comprendre, ni admettre».

Nous retrouvons là les fourchettes obtenues plus haut. Dans un ouvrage allemand classique de 1965, l’auteur écrivait que le nombre de victimes du système concentrationnaire (recouvrant peu ou prou l’objet de notre présente étude) ne pouvait être inférieur à un demi million9. Dans un ouvrage de 1973, l’historien Joseph Billig parvenait également au chiffre de un million de victimes10. Les historiens avaient donc fait le travail depuis longtemps. Ils l’ont depuis évidemment affiné, mais l’on peut constater que la précision est un horizon difficile, sinon impossible, à atteindre. Nikolaus Wachsmann écrit:

«la plupart des chiffres sont des estimations (souvent grossières); le nombre précis de victimes ne sera jamais connu».

Remerciements

Je tiens à remercier ici vivement Tal Bruttmann dont la lecture bienveillante et acérée m’aura permis d’éviter quelques fourvoiements… Pour autant, les quelques erreurs de toutes natures qui pourraient demeurer restent imputables au seul auteur de la présente étude. Les Clionautes ont mis en ligne un compte-rendu fort bien fait d’une conférence de Tal Bruttmann qui permet de mettre en perspective la présente page: Les politiques répressives nazies.


Complément bibliographique

Outre les ouvrages utilisés pour constituer les bilans présentés ainsi que les sources mentionnées dans les notes, on trouvera ci-après quelques références qui permettent d’approfondir les questions à peine effleurées ici. Des bibliographies sur ce sujet se trouvent facilement.


Notes.

1.. Tomasz Kranz, «Ewidencja Zgonow i Smiertelnosc Więźniów KL Lublin», Zeszyty Majdanka, Vol. XXIII, 2005. Nikolaus Wachsmann cite la traduction en allemand de cette étude: «Die Erfassung der Todesfälle und die Häftlingssterblichkeit im KZ Lublin», Zeitschrift für Geschichtswissenschaft, vol. 55 no 3, 2007.

2. Tomasz Kranz, «Between Planning and Implementation: The Lublin District and Majdanek Camp in Nazi Policy», in Larry V. Thompson (éd.), Lessons and Legacies IV. Reflections on Religion, Justice, Sexuality, and Genocide, Evanston, Illinois: Northwestern University Press, 2003, p. 230.

3. Franciszek Piper, Die Zahl der Opfer von Auschwitz. Aufgrund der Quellen und der Erträge der Forschung 1945 bis 1990, Oświęcim: Verlag Staatliches Museum Auschwitz-Birkenau, 1993 (présenté de façon abrégée par Nikolaus Wachsmann: Franciszek Piper, Die Zahl der Opfer von Auschwitz, Oswiecim, 1993).

4.Ibid.

5. Tomasz Kranz, «Die Erfassung der Todesfälle und die Häftlingssterblichkeit im KZ Lublin», art. cit.

6. p. 238 de l’étude de Kranz citée ci-dessus, chiffre qu’on retrouve dans Tomasz Kranz «L’extermination des Juifs dans le camp de concentration de Majdanek», Revue d’Histoire de la Shoah, 2012/2, no 197.

7. Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d’Europe, Paris: Fayard, 1988, p. 1046.

8. Olga Wormser-Migot, Le Système Concentrationnaire Nazi (1933-1945), Paris: Presses universitaires de France, 1968, p. 559-560.

9. Martin Broszat, «Nationalsozialistische Konzentrationslager 1933-1945», dans Anatomie des SS-Staates, Fribourg: Olten, 1965, vol. 2, p. 160: «Nach den vorliegenden Teilzahlen ist die Gesamtzahl der Häftlinge, die während des Krieges in den Konzentrationslagern an Entkräftung und Krankheiten starben, mindestens auf eine halbe Million zu schätzen». Merci à Nicolas Bernard d’avoir attiré mon attention sur cette évaluation.

10. Joseph Billig, Les camps de concentration dans l’économie du Reich hitlérien, Paris: Presses universitaires de France, 1973, p. 97-99. Billig donne une liste de bilans pour plusieurs camps, liste qui ne recoupe que partiellement la nôtre et dans laquelle il n’inclut pas Majdanek (dont il fournit pour nombre de victimes juives le chiffre de 71 500, p. 102). La qualité et la rigueur du travail de Joseph Billig sont impressionnants. Il obtient ainsi pour Auschwitz un total, hors Juifs non enregistrés, de 228 000, une valeur extrêmement proche de celle à laquelle sont parvenus les historiens ces dernières années.

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