1.  Journal de Kremer, n.52, p. 227. 2. R. FAURISSON, Réponse à Pierre Vidal-Naquet, p. 48-49. 3. H. LANGBEIN, Der Auschwitz-Processs, Eine Dokumentation t. 1, p. 72. 4. Voir le chapitre Auschwitz de G. WELLERS dans E. KOGON, H. LANGBEIN, A. RUCKERL, Les Chambres à gaz, secret d’État, p. 186-191. Voir aussi D. CZECH, Konzentrationslager Auschwitz, précis d’histoire et F. PIPER, «Extermination», dans Auschwitz, camp hitlérien d’extermination, Varsovie, 1978. 5. Auschwitz vu par les S.S., Hösz, Kremer, Broad, p. 115. 6. Ibidem, p. 115, note 4. 7. Ibidem, p. 120 et note 21 p. 120. 8. ibidem, p. 185-186. 9. Ibidem, p. 119. 10. cité d’après G. WELLERS, dans E. KOGON, H. LANGBEIN, A. RUCKERL, Les Chambres à gaz, secret d’État, p. 191. Voir aussi sur la question, l’exposé de U.D. ADAM, «Les chambres à gaz» dans L’Allemagne nazie et le génocide juif, actes du colloque de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, 1985, p. 236-261. 11. cité d’après G. WELLERS, dans E. KOGON, H. LANGBEIN, A. RUCKERL, op. cit., p. 190. 12. N°12, 115/42 - EP-HA Article 2, concerne: fabrication de deux fours crématoires tripes pour chacun des «bains pour buts spéciaux»[sic], signé: Sous-lieutenant S.S. (S), Oswiezim [sic], 21 août 1942, note publiée dans Procès des Grands Criminels de Guerre devant le Tribunal International, Nuremberg, 14 novembre-1er octobre 1946, Nuremberg, 1949, T XXXIX, p. 244. Les guillemets de «Bäder für besondere Zwecke» comme la mention d’Auschwitz en polonais figurent dans le texte publié. De toute évidence, il ne s’agit pas de sa version originale. Le texte reproduit ne comporte toutefois pas la mention expresse de «Badanstalt für Sonderaktion» (installation de bain pour action spéciale) comme l’écrit J.C. Pressac pour qui cette pièce désignerait les chambres à gaz du Crématoire IV. Il ajoute néanmoins qu’«en réalité, le terme de “Badanstalt” s’applique aux [2] bunkers» de 1942. Le fait que la note du 21 août propose d’utiliser les fours crématoires déjà prêts «pour Mogilew» suggère qu’Auschwitz pressé par l’accumulation des cadavres cherchait une solution pratique et immédiate sans attendre jusqu’à ce que les projets de construction des nouveaux crématoires aboutissent. Ce qui autorise à lire la note en question comme une référence aux deux maisons paysannes.(voir J.-C. PRESSAC, «Les Krematorien IV et V de Birkenau-Auschwitz et leurs chambres à gaz», dans Le Monde juif, n° 107, juillet-septembre 1982, repris dans Mémoire du Génocide, Paris, 1987, p. 626 note 9). 13. L’original de la pièce ne se trouve pas au Musée d’Oswiecim. J.C. Pressac écrit qu’«en dépit de […] demandes répétées», il n’a pu en obtenir communication (Voir J.-C. PRESSAC, Ibidem, p. 626 note 9). Il est probable, comme dans le cas du journal de Kremer en Pologne, que le document soit à rechercher dans les archives de la commission soviétique d’enquête sur les crimes commis par les fascistes allemands et leurs auxiliaires à Auschwitz. L’actuelle «transparence» qui ouvre aux chercheurs des archives historiques en U.R.S.S. permettra peut-être d’autres découvertes utiles aux historiens de l’Allemagne nazie et du génocide juif.  14. Major Guenther, Berlin, le 29 avril 1933 au commandant de la SIPO et SD pour le territoire néerlandais occupé, Major Zœpf, La Haye, au commandant de la SIPO et SD, Colonel Dr. Knochen, Paris, au Délégué du Chef de la SIPO et SD Major S.S. Ehlers, Bruxelles, concerne: évacuation des Juifs, dans S. KLARSFELD et M. STEINBERG, Dokumente, Die Endlösung der Judenfrage in Belgien, The Beate Klarsfeld Foundation, New-York-Paris, 1980, p. 64. 15. Le chef de la direction centrale de la construction des Waffen S.S. et de la Police d’Auschwitz à l’office centrale de l’administration économique de la S.S., signé:major S.S. Karl Bischoff, le 28 juin 1943, cité d’après G. Wellers, dans E. KOGON, H. LANGBEIN, A. RUCKERL, op. cit., p. 197. 16. Les crématoires II et III comportaient, chacun, 5 fours à trois moufles; les crématoires IV et V, un four à 8 moufles. Voir Doc. CDJC, rapport d’inspection de l’Ingénieur Prüfer, à la direction centrale de la construction de la Waffen S.S. et de la Police à Auschwitz, le 29 janvier 1943.   17. En 636 jours, le crématoire I pouvait brûler, à raison de 340 corps par 24 heures, 216514 cadavres, soit le nombre des détenus immatriculés qui n’ont pas été évacués d’Auschwitz (141765 évacués sur 358279 détenus immatriculés). 18. L’évacuation d’Auschwitz, entamée en mai 1944, n’a pas signifié l’arrêt des déportations à Auschwitz. De la fin d’avril au début de juillet 1944, 429028 Juifs de Hongrie y ont été acheminés. 19. Soit 75745 évacués du 18 mai 1944 au 17 janvier 1945. Des 66020 détenus présents à cette date du dernier appel, environ 7000 incapables de marcher sont restés au camp, évitant les catastrophiques «marches de la mort» de l’évacuation d’Auschwitz. Voir G. WELLERS, «Essai de détermination du nombre de morts au camp d’Auschwitz», dans Le Monde juif, n° 112, octobre-décembre 1983, p. 154-156. 20. G. WELLERS, Ibidem, p. 141. 21. G. WELLERS, Ibidem, p. 142. 22. Le nombre de prisonniers transférés d’Auschwitz, voire libérés n’est pas connu. 23. Les archives du Musée d’Oswiecim conserve un plan n° 1678 d’une installation d’incinération daté du 14 août 1942 (le futur Krematorium IV). 24. Archives du procès Hösz, t. XI, annexe II, le chef de la Direction centrale des constructions de la Waffen S.S. et de la Police d’Auschwitz, signé: major S.S. Bischoff, 30 janvier 1943, cité d’après J.-C. PRESSAC, op. cit., p. 621. 25. Le chef de la Direction Centrale pour Constructions de la Waffen S.S. et de la Police à Auschwitz, capitaine S.S. au chef de l’office du groupe C, général de brigade S.S. et général-major de la Waffen S.S., Dr. Ing. Kammler à Berlin-Liechterfelde-Ouest, le 29 janvier 1943, commande objet: crématoire II, Etat du bâtiment, cité d’après G. WELLERS, Les chambres à gaz ont existé, p. 85. 26. Voir la reproduction, ibidem p. 136/137. 27. Voir Le Monde, le 16 janvier 1979. 28. Voir Le Monde, le 29 décembre 1978. Malgré sa «révision» du 16 janvier suivant, Faurisson maintiendra par la suite cette version qu’«il s’agit, en effet, non pas d’une chambre à gaz homicide, mais d’une chambre froide aux dimensions caractéristiques (30 m x 7 m) semi-enterrée afin d’être protégée de la chaleur» (voir R. FAURISSON, «Exposition de la déportation 1933-1944» , dans Supplément à la revue trimestrielle Les Amis de Paul Rassinier, n° 1, juin 1982). 29. G. WELLERS, «Qui est Robert Faurisson», dans Le Monde juif, n° 27, juillet-septembre 1987, p. 109. 30. G. WELLERS, Les chambres à gaz ont existé, p. 87. 31. R. FAURISSON, Réponse à Pierre Vidal-Naquet, p. 40. 32. «Interview de Robert Faurisson», dans Storia illustrata, août 1979, n° 261, réédition La Vieille Taupe, p. 15. 33. A. HITLER, Mein Kampf, p. 677-679. 34. E. JACKEL, «L’élimination des Juifs dans le programme de Hitler», dans L’Allemagne nazie et le génocide juif, p. 110. 35. Ch. R. BROWNING, «La décision concernant la solution finale», ibidem, p. 194. 36. J. FEST, Hitler, jeunesse et conquête du pouvoir, Paris, 1973, p. 81. 37. Le mot est de R. FAURISSON, Réponse à Pierre Vidal-Naquet, p. 40. 38. Doc PS-501. Dr. Becker sous-lieutenant S.S. au lieutenant-colonel S.S. Rauf à Berlin, Kiev, le 16 mai 1942, reproduit dans H. MONNERAY, La persécution des Juifs dans les pays de l’Est, p. 148-150. 39. II D, Note du lieutenant-colonel S.S. Rauf, Berlin, le 5 juin 1942, reproduite dans E. KOGON, H. LANGBEIN, A. RUCKERL, Les Chambres à gaz, secret d’État, illustration III. 40.  Lettre d’Arthur Greiser, Gauleiter du Warthegau, à Himmler, le 1er mai 1942, ibidem, p. 14. 41. W.Riedel et Fils, Béton armé et construction, Bielitz, rapport du jour, le 23 février 1943, Installation d’incinération 4, ouvrages journaliers, reproduit dans J.-C. PRESSAC, op. cit. p. 631. 42. W.Riedel et Fils, Béton armé et construction, Bielitz, rapport du jour, le 2 mars 1943, Installation d’incinération 4, ouvrages journaliers, reproduit ibidem, p. 631. 43. Le chef de la Direction Centrale pour Constructions de la Waffen-S.S. et de la Police à Auschwitz, Major S.S. à Entreprise Usines d’équipements allemands, S.a.r.l., Usine d’Auschwitz/ H[aute] S[ilésie], le 31 mars 1943, citée d’après G. WELLERS, Les chambres à gaz ont existé, p. 89. La lettre indique, pour les 3 portes à gaz du crématoire II «turmgaz» (colonnes étanches au gaz), probablement une erreur (voir J.-C. PRESSAC, ibidem, p. 639). 44. Voir J.C. PRESSAC, ibidem, p. 627. 45. Ibidem, p. 635. 46. Ibidem, p. 640. 47. Voir le télex du 29 avril 1943 dans S. KLARSFELD et M. STEINBERG, Dokumente, Die Endlösung der Judenfrage in Belgien, p. 64. 48. Ministère de la Santé Publique-Belgique. Dossier de Livchitz, Georges, né le 30 septembre 1917. Annexe à la lettre du commandant militaire à l’Oberfeldkommandantur 687, Bruxelles, le 15 février 1944. 49. Voir M. STEINBERG, L’Etoile et le Fusil, La Traque des Juifs , t. III, vol. 2, p. 69. 50. Ibidem, p. 72. 51. Le Flambeau, octobre 1943, ibidem, p. 72. 52. La sélection avait toutefois été moins restrictive qu’à l’accoutumée. Dans l’évacuation «belge» de 1943, ce convoi du 19 avril présente la singularité d’avoir le taux de sélection le plus élevé. Il a aussi au bilan final un taux de survie absolument exceptionnel pour un transport de 1943: il est de 10,7%. Il n’est que de 2,7% dans les autres convois «belges» de l’année. 53. Voir Tribunal Supérieur du Schelswig-Holstein, décision dans l’affaire pénale contre E. Ehlers, C. Canaris, K. Asche et K. Fielitz, le 8 mars 1977, dans M. STEINBERG, Dossier Bruxelles-Auschwitz, p. 197. Le document y est intégralement traduit. Le texte allemand, dans S. KLARSFELD et M. STEINBERG, Dokumente, Die Endlösung der Judenfrage in Belgien, p. 116 ss. 54. E. EHLERS, «Inexactitudes» dans Flensburg I, le 29 mai 1975, ibidem, p. 103.

Maxime Steinberg

Les yeux du témoin
et le regard du borgne

L’Histoire face au révisionnisme

«L’histoire à vif». Les Éditions du Cerf, Paris 1990. ISBN 2-204-04107-6.
© Les Éditions du Cerf 1990, Maxime Steinberg 2009.
Droits de reproduction — Reproduction rights

Chapitre 3
De singuliers «Bunkers»

Un singulier «singulier»

Dans son témoignage judiciaire, l’ancien médecin S.S. d’Auschwitz s’est expliqué sur les «Sonderaktion» dans «le camp de l’extermination» de son journal de guerre. Il a alors parlé des «bunkers» au pluriel. «Dès le 2 septembre 1942, à trois heures du matin», a-t-il dit, «on m’a désigné et», ajoute-t-il, «j’ai participé à une action où l’on gazait les gens». Et d’expliquer ici qu’«on accomplissait ce meurtre massif dans de petites maisons situées dans une forêt derrière le camp de Birkenau. Les S.S. appelaient ces maisons en leur argot, “les bunkers”1». Son journal s’était servi du terme à propos des «scènes épouvantables» du 12 octobre «devant le dernier bunker». Ce singulier serait, selon Faurisson, la preuve irrévocable chez le témoin Kremer d’«une leçon apprise dans les prisons polonaises», une leçon que des «geôliers polono-staliniens» auraient enseignée à l’accusé en aveu! C’est que, prétend Faurisson,

«les interrogateurs de la police polonaise se sont trahis par le fait notamment qu’ils ont transformé “le dernier bunker” situé à Auschwitz 1 [Stalag] en l’un de ces bunkers situés au-delà même du camp de Birkenau… Pour les policiers, il fallait faire coïncider le singulier employé par le Dr. Kremer dans son journal avec le pluriel très embarrassant de ces deux fermettes».

Faurisson, savour[ant…] le résultat, en oublie, pour les besoins de sa négation des exterminations d’Auschwitz, la lettre du texte dont il prône le respect scrupuleux2. Dans une autre déposition, c’est bien au singulier que le juge d’instruction polonais fait parler l’accusé Kremer, dans la mise en forme de sa déclaration, de ce «bunker» où il avait atteint le «comble de l’horreur» avec la «mise à mort par le gaz» des «musulmanes» d’Auschwitz. Les «scènes épouvantables devant le dernier bunker» notées le 12 octobre ne se sont pas, quant à elles, produites au camp principal. Le journal de Kremer ne le dit nulle part. Le texte n’implique pas non plus qu’elles se déroulent à Birkenau, le deuxième camp d’Auschwitz. Il signale tout simplement un «dernier bunker», ce qui suppose qu’aux yeux du témoin rédigeant la note, il y en a au moins un autre qui n’est pas le «dernier». Sa déposition devant la justice polonaise sur ces «deux petites maisons» sera par ailleurs, réitérée, dix-sept ans après, devant le tribunal allemand de Francfort. Dans ce procès nullement «polono-stalinien», Kremer déposant à titre de témoin et non d’accusé précisera qu’il s’agissait de «vieilles maisons paysannes […] montées en bunker et munies d’une solide porte à coulisse3».

Sur ces singuliers «bunkers» où disparurent à jamais, du temps de Kremer, des déportés d’Europe occidentale arrivés aux dates des «actions spéciales» de son journal, d’autres S.S. ont aussi laissé un témoignage judiciaire4. Le plus qualifié est l’ancien commandant d’Auschwitz. Dans ses Mémoires rédigées dans la prison polonaise avant sa condamnation à mort, Rudolf Hösz relate qu’il avait porté son choix pour le «bunker I» sur une «ferme» située au nord-ouest du camp de Birkenau: «elle se trouvait à l’écart, était entourée de boqueteaux et de broussailles qui la protégeaient contre les regards indiscrets et n’était pas trop éloignée de la voie ferrée», écrit-il5. La ferme appartenait à des paysans exilés, les nommés Jozef Wichaj et Rydzon6. Ce «bunker» au singulier n’a plus suffi à la tâche après le printemps 1942. «Nous fûmes obligés de créer une nouvelle installation d’extermination», explique Hösz. «On choisit et adapta à ce but une ferme», située plus à l’Ouest. Le Musée d’Oswiecim a établi que son propriétaire était aussi un paysan exilé, le nommé Harmata7. Ces «deux chaumières paysannes jolies et proprettes […] s’élevaient dans un site agréable» sont décrites dans la déclaration d’un ancien membre de la «section politique» du camp, le sergent S.S. Pery Broad8. L’homme d’autant plus complaisant qu’il est discret sur son rôle personnel indique que ces «deux maisonnettes d’aspect inoffensif» comportaient «sur les murs […] des panneaux indicateurs en plusieurs langues: “pour la désinfection”.; Les Juifs recevaient l’ordre de se déshabiller près du “bunker” et on leur disait, explique Rudolf Höss dans ses révélations, qu’ils devaient aller au dépouillage dans des pièces qui portaient ce nom»: c’étaient des chambres où «on versait le contenu des boîtes de gaz, par des lucarnes spéciales9». Un rescapé du «commando spécial» juif affecté à l’intendance des exterminations précise que «ces lucarnes étaient obturées par de petites portes en bois». Szlama Dragon n’a connu les «bunkers» I et II qu’après le départ de Kremer: il a été immatriculé, le 10 décembre 1942. Sa déposition devant le juge d’instruction polonais le 10 mai 1945 ne situe pas à l’extérieur des chambres à gaz les panneaux dont parle Pery Broad dans le mémoire remis aux Anglais, le 13 juillet de la même année. Selon Dragon, «les personnes introduites dans la pièce pour être gazées voyaient sur la porte de sortie une plaque avec l’inscription “Desinfektion». Sur la portée d’entrée, «on en voyait une autre: “Zum Baden” [Vers les bains]», inscription visible de l’extérieur. Un autre rescapé d’Auschwitz, déporté de France arrivé peu avant les convois du journal de Kremer, a signalé, quant à lui, «qu’au-dessus de la portée d’entrée se trouvaient les mots “Brausebad” [bains-douches]10». Le témoin, André Lettich, docteur en médecine, parle lui aussi d’expérience: il fonctionna auprès du «commando spécial» d’un des «bunkers» de 1942. Sa thèse à la faculté de médecin de Paris précise qu’«au plafond, on pouvait même voir des pommes de douche qui étaient cimentées mais qui n’ont jamais distribué d’eau11».

La seule pièce d’époque d’origine nazie et relative à ces premières chambres à gaz d’Auschwitz se rapporte à ces «bains pour buts spéciaux12». Le document n’est pas disponible dans le texte original13. Au procès de Nuremberg, la partie soviétique dont l’armée avait libéré le camp d’Auschwitz a fait état d’une note, datée du 21 août 1942 et portant sur la «construction de deux fours crématoires triples pour chacun des “bains pour buts spéciaux” [sic pour les guillemets]». A tout le moins, avec ou sans ces guillemets de la commission soviétique des crimes de guerre, ce singulier camp d’Auschwitz comportait bien deux installations de «bains», et ce une dizaine de jours avant la première «action spéciale» du docteur Kremer.

Ce témoin oculaire du massacre des Juifs de l’Ouest, resté à peine trois mois dans le «camp de l’extermination», n’a pas connu ce qu’il est advenu de la «construction» pour laquelle Auschwitz attendait, le 21 août, des «instructions ultérieures» de Berlin. Un document remarquable, postérieur à la période de Kremer, révèle comme par inadvertance que la «répartition» des déportés arrivés précisément de l’Ouest, mais «inquiet[s] sur le lieu et la façon dont il prévu de les utiliser» était fonction de l’achèvement de ces «travaux» d’Auschwitz. Il s’agit d’un télex adressé le 29 avril 1943 à Paris, Bruxelles et La Haye. Cette communication de la Sécurité du Reich n’a pas pour objet d’informer les officiers S.S. de l’Ouest sur l’état d’avancement des «travaux» entrepris par la direction centrale de la construction de la Waffen S.S. et de la Police d’Auschwitz. Le major S.S. Gunther leur rappelle, à la «demande» du camp, des instructions impératives qu’il leur enjoint de respecter pendant l’«évacuation des Juifs» et, pour étayer ce rappel à l’ordre, l’adjoint d’Eichmann explique aux services policiers S.S. à l’Ouest qu’«en raison de travaux urgents à exécuter, Auschwitz doit attacher de l’importance à ce que la réception des transports et leur répartition ultérieure se déroulent autant que possible sans accroc [reibungslos en allemand]14». Les archives d’Auschwitz identifient ces «travaux urgents» qui motivent, au printemps 1943, l’agacement de la direction du camp à l’arrivée de déportés rétifs.

Les «travaux» d’Auschwitz

Lorsqu’ils sont entièrement achevés au tout début de l’été, le tableau qu’en dresse la direction centrale de la construction S.S. d’Auschwitz donne, à son tour, la mesure de cette relation sinistre avec les convois arrivant au camp. Le rapport de son chef, daté du 28 juin, a d’emblée une signification macabre. Le major S.S. Karl Bischoff y fait état de la capacité d’incinération dont dispose désormais le camp. Si le crématoire du camp principal pouvait brûler 340 cadavres en 24 heures, les quatre nouvelles installations, édifiées à Birkenau et numérotés de II à V, portent le rendement à… 4756 cadavres quotidiens15. L’énormité du chiffre mesure, à Auschwitz, la singularité du camp d’extermination … dans le système concentrationnaire nazi.

La mortalité de sa population concentrationnaire n’a pas appelé la mise en place, dans ce camp, d’une gigantesque batterie de 17 nouveaux fours crématoires pourvus de 46 creusets au total16. L’ancien crématoire du camp principal suffisait — et largement — aux besoins du camp de concentration. Sa capacité permettait d’incinérer deux fois plus de cadavres qu’il n’y a eu de détenus dotés d’un matricule, enregistrés au «KL Auschwitz» et décédés au camp et dans ses dépendances pendant les cinq années de son existence17. Le nombre exact des prisonniers immatriculés et décédés à Auschwitz — il ne s’agit pas là du nombre total des morts d’Auschwitz! — n’est pas connu, mais il peut être approché. En 1983, Georges Wellers s’est essayé à le fixer, en calculant le nombre de ce qu’il nomme «les survivants» d’Auschwitz18. Les  archives permettent de connaître le nombre des détenus immatriculés et évacués en raison de l’avance de l’armée rouge, entre le 18 mai 1944 et le 18 janvier 194519. Les prisonniers évacués — des Polonais, des «détenus» dits «en rééducation», des Juifs, des Tziganes et des Russes — ont été au plus 141765. Ayant quitté le complexe d’Auschwitz en vie, ces «survivants» se décomptent du total des détenus immatriculés. Cette donnée est aussi disponible: les séries de matricules distribués aux entrants totalisent 381455 matricules20. Compte tenu des doubles emplois, la population concentrationnaire est moindre: elle s’est élevée en 56 mois à 358279 détenus immatriculés21. Les quelque 140000 évacués des derniers mois fixent à un maximum absolu de 66,9% le taux moyen de mortalité possible des concentrationnaires d’Auschwitz22. En regard d’une telle mortalité, les installations de crémation projetées dès l’été 1942 et achevées un an plus tard ont doté Auschwitz d’une surcapacité d’incinération23. Pour autant que les 216514 détenus immatriculés qui n’ont pas été évacués, soient tous morts au camp et dans ses dépendances, Auschwitz pouvait, avec ses cinq crématoires fonctionnant à plein rendement, brûler leurs cadavres dès l’été 1943 en … moins de deux mois. Cette surcapacité de crémation situe à Auschwitz toute la différence entre un camp de la mort et un camp d’extermination.

La présence de crématoires dans les grands camps de concentration avertit qu’ils sont des lieux où les détenus meurent en grand nombre, que ces camps nazis, avec ou sans installations «spéciales» d’extermination, sont mortifères. Les crématoires dont Auschwitz est pourvu au printemps 1943 ne sont, de toute évidence, pas destinés à la fonction habituelle du système concentrationnaire nazi. Une lettre de service du major S.S. Karl Bischoff destine les nouvelles installations de crémation à l’«exécution du traitement spécial24». Le document est daté du 30 janvier 1943. Le jour précédent, Bischoff levait par inadvertance, un coin du voile sur ce mystérieux «traitement spécial». Le chef de la direction de la construction à Auschwitz était pressé d’annoncer à Berlin que «le crématoire II a été achevé grâce à l’emploi de toutes les forces disponibles, malgré des difficultés immenses et un temps de gel, par des équipes de jour et de nuit, à l’exception de quelques détails de construction25». Les «détails» font toujours l’histoire. Ce 29 janvier 1943, ils identifient la seconde morgue souterraine du crématoire II comme une «cave de gazage». Le plan, conservé dans les archives et destiné, à l’époque, aux entreprises civiles chargées de la construction, indiquait, quant à lui, deux «Leichenkeller» [caves aux cadavres] de 210 m2 chacune26. Le major S.S. Bischoff  explique à Berlin que le crématoire a été mis en marche bien que «le plafond en béton de la cave aux cadavres n’a[it] pas pu encore être décrépi en raison de l’action du gel». Sachant ce que les entreprises civiles travaillant pour le compte de la S.S. n’avaient  pas à connaître, l’officier rassure Berlin: «Cela est toutefois sans importance étant donné que la cave de gazage peut être utilisée à cette fin», ajoute-t-il.

Du «gazage» et de son usage

En allemand, le document porte «Vergasungskeller». La traduction correcte de «Vergasung» ne serait pas «gazage» selon la «révision» du professeur Faurisson! «Dans cette lettre, écrit-il, “Vergasungskeller” désigne la pièce en sous-sol où se fait le mélange “gazeux” qui alimente le four crématoire27». Le philologue «révisionniste» avait objecté cette traduction à Georges Wellers. Le document Bischoff du 29 janvier 1943 lui avait été opposé. Faurisson avait prétendu que «le local que les Allemands auraient fait sauter avant leur départ n’était qu’une morgue typique [Leichenkeller], enterrée [pour la protéger de la chaleur]28». Les variations «révisionnistes» sur la «Vergasungskeller» d’Auschwitz ont laissé fort perplexe Wellers. «Bref», conclut-il en 1987, «le même local est tantôt une “morgue”, tantôt une “chambre froide aux dimensions caractéristiques” et tantôt la “pièce où se fait le” [mystérieux] “mélange gazeux” pour alimenter le four crématoire … qui marche au coke!29». Dès 1981, Wellers s’interrogeait, dans Les chambres à gaz ont existé, sur l’«ingénieur» qui «a eu l’idée de construire une “pièce” de 210 m2 de surface [d’après le plan] pour y faire le mystérieux mélange “gazeux”30». Préférant gloser sur le sens des mots, Faurisson a bien voulu concéder que celui de «Vergasung» pouvait être meurtrier: «appliqué à un récit de bataille de la guerre des gaz en 1918», a-t-il répliqué à Vidal-Naquet, «il peut se traduire par “gazage”31».

La référence est excellente! Elle figure, dès 1924, dans Mein Kampf et tout historien de l’Allemagne nazie la connaît car une référence au gaz si précoce pose problème dans la genèse du génocide juif. Faurisson, lui, il n’y a pensé. De son propre aveu, il «connaî[t] mal Hitler32». Il le connaît si mal qu’il s’aventure à affirmer que Hitler n’avait jamais «admis que quiconque fût tué en raison de sa race ou de sa religion». Six ans après l’expérience des gaz de la première guerre mondiale, le caporal autrichien était d’un autre avis. Son Combat regrettait, dans un passage fameux, qu’on n’eût pas «au début ou au cours de la guerre, […] tenu une seule fois 12 à 15000 de ces Hébreux corrupteurs du peuple sous les gaz empoisonnés que des centaines de milliers de[s…] meilleurs travailleurs allemands de toute origine et de toute profession ont dû endurer sur le front33». Ce discours meurtrier de Mein Kampf annonçait-il les chambres à gaz d’Auschwitz? L’historien allemand Eberhard Jäckel, lecteur des plus avertis des moindres papiers de Hitler, fait remarquer que «l’intention de liquider 12000 à 15000 d’entre eux ne signifiait pas [l’]élimination totale» des quelque 600000 Juifs que comptait alors la république de Weimar.

«Quoi qu’il en soit, note-t-il, il est certain que l’antisémitisme de Hitler, tel qu’il l’a exposé dans Mein Kampf a des traits guerriers, que l’on suppose ou non une association entre l’emploi des gaz asphyxiants dans la Première Guerre mondiale et les chambres à gaz de la Seconde. Son antisémitisme provenait de la guerre, il réclamait des méthodes guerrières, il n’est donc pas surprenant qu’il ait atteint son apogée sanglant dans la Seconde Guerre qui, dès le départ, appartenait au programme de Hitler34».

L’historien américain Christopher Browning, appliquant une autre grille de lecture à la problématique historique du génocide, considère que ce «passage fréquemment cité» de Mein Kampf «a plus de sens dans le contexte de la légende du “coup de poignard dans le dos” que comme prophétie ou allusion cachée à la solution finale35». Il marquait, chez le führer de la petite formation national-socialiste, la résolution radicale «d’écraser une fois pour toutes la tête de serpent marxiste»: ces «12 à 15000 Hébreux» qu’il aurait fallu gazer étaient, dans le texte hitlérien, les «chefs marxistes». Dans l’esprit du caporal Hitler et de ses contemporains, les gaz étaient l’arme absolue. Lui, il les avait subis, les 13 et 14 octobre 1918, sur le front de Flandre, près Wervik: il en resta aveugle jusqu’à la fin de la guerre, ce qui, si l’on en croit son autobiographie, le décida à entrer en politique quand il apprit et la révolution de novembre et l’armistice de 191836.

Les textes d’histoire sont toujours à lire dans leur contexte, à la fois littéral et historique. «Tout est», en effet, «affaire de contexte37». Faurisson l’écrit à bon droit, mais s’agissant de la «Vergasung» dans les nouvelles installations en construction à Auschwitz, le contexte de la lettre du 29 janvier 1943 a disparu dans la «pièce en sous-sol où se fait le mélange “gazeux” qui alimente le four crématoire». Selon le major S.S. Bischoff, «les fours» du crématoire II «ont» bien «été allumés» et peuvent donc incinérer les cadavres à entreposer provisoirement dans la «cave de gazage» en attendant que celle «aux cadavres» soit utilisable. Les deux caves ont la même contenance. La chose est d’autant plus praticable que la «Vergasungskeller» n’est pas encore équipée pour sa fonction. Le major S.S. Bischoff ne l’écrit pas textuellement, mais terminant son rapport sur le «crématoire II» et l’«état du bâtiment», il annonce — et cela, bien que «les fours» aient «été allumés» — que «l’entreprise Topf et fils n’a pas pu livrer à temps le dispositif d’aération et de désaération». «Après […] arrivée», assure le chef de la construction à Auschwitz, «l’incorporation de celui-ci sera aussitôt commencée, de sorte qu’on peut prévoir que le 20 février 1943, il sera complètement en service». Achevé à cette date, le crématoire II sera donc en mesure non seulement d’incinérer les cadavres, mais encore, avec sa «Vergasungskeller» équipée d’un «dispositif d’aération et de désaération» de gazer les personnes à incinérer. Cette lecture du «gazage» est bel et bien d’époque.

Dans ce document Bischoff, la «Vergasung» ne se lit pas autrement que dans le rapport du sous-lieutenant S.S. Becker. Ce scientifique — un docteur en chimie — était en tournée d’inspection dans les zones d’opérations des Groupe d’action C et D de la police et de la S.S. en Union soviétique. Le 16 mai 1942, il est à Kiev. «Die Vergasung», le gazage, expose-t-il, «ne se fait généralement pas d’une façon correcte». Et ce technicien averti d’expliquer que «pour en finir le plus vite possible, le conducteur presse l’accélérateur à fond. En agissant ainsi, on fait mourir les gens par étouffement, et non par assoupissement progressif comme prévu». Ses «directives», annonce sa lettre à Berlin, «ont prouvé que grâce à un ajustement correct des leviers, la mort est plus rapide et les prisonniers s’endorment paisiblement. On ne voit plus de visages convulsés, plus d’excrétions, comme on en remarquait auparavant38». Le destinataire de cette expertise en gazage humain, le chef de la sous-section II D chargée des questions techniques à la Sécurité du Reich  était, quant à lui, très satisfait du procédé. Le 5 juin 1942, le lieutenant-colonel S.S. Walter Rauf se félicitait de la «façon exemplaire» dont elle était utilisée à Chelmno, dans le Wartheland. A cause d’une «explosion» survenue avec un des camions, il s’empressait d’objecter que «depuis décembre 1941 ont été traités de façon exemplaire 97000 avec trois camions dont le fonctionnement n’a révélé aucun défaut39». Le Gauleiter du district était tout aussi satisfait du «commando spécial» en action dans le Wartheland, encore qu’il n’appréciât pas à sa pleine mesure son efficacité. Le 1er mai 1942, — un mois avant le document Rauf où le bilan macabre se chiffrait déjà à 97000 Juifs gazés — lui, il prévoyait encore «deux ou trois mois». Sa lettre annonçait à Himmler que «l’opération de traitement spécial des cent mille juifs se trouvant sur le territoire de mon district, autorisée par vous en accord avec le chef de la direction de la sécurité du Reich, le général de corps S.S. Heydrich, pourra être achevée d’ici deux à trois mois40». Dans l’attente, Arthur Greiser priait le chef des S.S. de l’«autoriser […] à utiliser […] le commando spécial disponible déjà engagé à l’occasion de l’opération juive». Le Gauleiter «cro[yait] pouvoir prendre la responsabilité de […] proposer de faire exterminer dans le Warthegau les cas de tuberculose ouverte existant dans la population polonaise», soit 35000 cas selon son estimation.

A la différence de ces pièces remarquables relatives au camp d’extermination de Chelmno, les archives se rapportant à la construction des nouveaux crématoires d’Auschwitz ne traitent pas des massacres qui y seront perpétrés. Le problème du major S.S. Bischoff était d’achever au plus vite les travaux en cours. Le 29 janvier 1943, il était trop optimiste. Le crématoire II n’a pas été «complètement en service», le 20 février, comme il l’avait annoncé. Il a fallu attendre encore jusqu’au printemps 1943 pour que les «travaux urgents» aboutissent.

Les «travaux urgents» du printemps

Le crématoire II a été réceptionné le 31 mars, avec quarante jours de retard sur la promesse de Bischoff. Le crématoire IV construit plus simplement et en surface fut livré, le premier, le 22 mars. Mais, l’aménagement intérieur de la chambre à gaz n’était pas entièrement terminé. La firme Riedel et fils avait bien posé des «fenêtres étanches au gaz», le 22 février41. Et, une semaine après — le 2 mars —, son conducteur des travaux réalisant la destination de cette pièce rendue ainsi étanche, avait indiqué à ses ouvriers la tâche de «bétonner le parterre dans [la] chambre à gaz [im gaskammer]42». A sa livraison vingt jours plus tard, le crématoire IV n’était toujours pas pourvu des 3 portes étanches au gaz commandées le 18 janvier à l’Entreprise Usines d’équipement allemands. Le 31 mars, dans sa lettre à cette firme installée à Auschwitz, le major S.S. Bischoff rappelle, à cette occasion, une «autre commande d’une porte à gaz [gastür] 100/192 pour la cave aux cadavres I du crématoire III» à «exécute[r] de même nature et mesure que la porte de la cave du crématoire II […] avec un judas à double verre de 8 mm avec un caoutchouc assurant l’étanchéité et une  ferrure43». Ce crématoire III, jumeau du crématoire II, sera livré, en dernier lieu, le 25 juin. Le crématoire V, lui, a été réceptionné officiellement le 4 avril. Mais le 17, l’équipe de Riedel et fils y travaillait toujours44. Son jumeau, le crématoire IV déjà en activité donnait aussi du souci à la direction centrale de la construction. Moins de douze jours après sa livraison officielle, des fissures étaient déjà apparues dans la maçonnerie et le 3 avril, Auschwitz dut faire appel au constructeur civil. Le 10 avril, la firme Topf et fils acceptait évidemment de réparer, mais elle offrait seulement une garantie d’une durée limitée à deux mois à la condition d’un usage raisonnable du four45. En avril, ces «travaux urgents» qu’évoquait le télex envoyé à l’Ouest à la demande d’Auschwitz comportaient encore l’achèvement de l’isolation des chambres à gaz. Le 9, l’atelier de serrurerie du camp doit encore livrer «24 boulons d’ancrage pour les portes étanches au gaz» des crématoires IV et V. Le 16, la commande concerne les ferrures de cinq portes étanches au gaz pour les crématoires III et IV, travail achevé le 20 avril46.

C’est précisément à cette date que roulait déjà en Allemagne le convoi dont l’arrivée à Auschwitz mit dans l’embarras la direction du camp débordée par ses «travaux urgents». Dans le télex qu’elle fit envoyer aux officiers S.S. de Paris, Bruxelles et La Haye, ils sont un point de détail. La valeur documentaire de cette pièce remarquable est ailleurs, dans la nature des instructions que la «façon» d’Auschwitz commande de respecter impérativement à l’Ouest de l’Europe et, à cet égard, cette pièce d’archives, un document tout à fait officiel quoique que confidentiel, lève tout autant que les notes personnelles du médecin S.S. d’Auschwitz un coin du voile sur le secret du massacre des déportés d’Europe occidentale. Le télex du 29 avril 1943 témoigne, comme le journal de Kremer, de la notoriété «inquiétante» d’Auschwitz parmi les Allemands employés à l’«évacuation des Juifs». Ce qu’écrivait le docteur Kremer en septembre 1942 y trouve une autre confirmation. Le médecin d’Auschwitz n’avait pas inventé la formule de «camp de l’extermination». Selon son journal, c’était bien ainsi «qu’Auschwitz est appelé». Le médecin transcrivait la réputation sinistre que propageaient, en dépit du secret de rigueur, les S.S. impliqués dans le massacre des déportés. Cette perméabilité du secret est l’objet du télex de la Sécurité du Reich sur la «façon […] inquiétante» d’Auschwitz.

La «façon […] inquiétante» d’Auschwitz

A mille km de l’extermination, le télex du 29 avril 1943 apprend aux officiers S.S. de Paris, Bruxelles et La Haye que «le camp d’Auschwitz a prié de nouveau, pour des raisons évidentes, de ne pas faire avant le transport, aux Juifs à évacuer, de communications inquiétantes au sujet de l’endroit ou du sort qui les attend47». Le ton du document de la Sécurité du Reich était on ne peut plus impératif: «je vous prie d’en prendre acte et d’en tenir compte», télégraphie le major S.S. Rolf Gunther. L’adjoint d’Eichmann «insiste en particulier sur les instructions permanentes à l’escorte de ne faire pendant le voyage aucune allusion susceptible de provoquer une quelconque résistance de la part des Juifs et de n’éveiller aucun soupçon quant à la façon dont ils seront logés». Le document n’est guère plus explicite sur les raisons précises qui ont motivé la direction à inviter Berlin à rappeler à l’ordre les officiers S.S. chargés de l’«évacuation des Juifs» à l’Ouest. La date du télex est toutefois une indication. Le plus récent convoi d’Europe occidentale est un transport «belge» parti du camp de rassemblement de Malines, le 19 avril et parvenu à Auschwitz, le 22, une semaine avant le télégramme de Berlin.

Ce convoi, le vingtième de la déportation «belge» n’est certes pas passé inaperçu. Sur son trajet en Belgique, il avait déjà donné du fil à retorde à l’escorte. Peu après le départ de Malines dans la soirée du 19 avril, un fanal posé sur la voie l’a contraint à s’arrêter entre Boortmeerbeeck et Wespelaer: les hommes de l’escorte, revenus de leur surprise, s’aperçurent qu’un homme armé d’un revolver tenait en respect le machiniste et que deux autres s’affairaient aux portes coulissantes des wagons à bestiaux pour libérer les prisonniers. La police de sécurité retiendra «l’attaque du train transportant des Juifs le 19 avril 1943» dans les raisons d’inscrire le «chef de la bande de terroristes» sur la liste des otages à fusiller en février 194448. La «bande» — ce n’était que trois jeunes gens — s’attendait à trouver l’escorte à l’arrière du train et non derrière le tender. Surpris par ses tirs, le groupe réussit seulement à ouvrir un wagon. Revenus à leur tour de leur surprise, 17 déportés saisirent l’occasion de s’échapper. Cette libération de voyageurs d’Auschwitz est unique en son genre dans toute l’histoire de la déportation raciale en Europe. Cependant, le plus remarquable dans cette nuit «belge» du 19 au 20 avril 1943 n’est pas leur fuite éperdue dans la campagne flamande. De l’intérieur des wagons — du moins dans la plupart —, les déportés n’ont cessé de forcer le chemin de la liberté par leurs propres moyens, tout au long du trajet belge. Au départ de Malines, le convoi comptait 1631 personnes. Avant la frontière, il avait perdu un déporté sur sept. Les fugitifs avaient sauté du train en marche, malgré les tirs de l’escorte. Ses coups furent meurtriers. La police de protection, chargée d’escorter ce convoi, a abattu sur place 16 des 231 évadés. 7 autres, blessés à mort, avaient pu s’éloigner du chemin de fer. Pendant cette nuit tragique, le vingtième convoi laissa, avec les cadavres échelonnés sur son parcours, un «nouvel itinéraire d’ignominie tracé à travers la Belgique, le long de la voie ferrée de Malines à Tongres». Un journal de Londres où la nouvelle était parvenue diffusa l’information49. Dans la clandestinité, la résistance juive, appréciant cette rébellion massive des déportés, souligna qu’«ils savent si bien ce qui les attend la-bas qu’avant d’avoir franchi la frontière, ils sautent en pleine marche au risque de se rompre les os50». Le comité de défense des Juifs était convaincu, sinon persuadé que «la déportation signifie la mort51». Cette équation fatale, la plupart des déportés étaient loin de l’accepter: dans les wagons des évadés, ils étaient les plus nombreux à n’avoir pas saisi l’occasion d’y échapper.

La plupart aussi n’y échappèrent pas à l’arrivée à Auschwitz: le 22 avril, 879 personnes dont un grand nombre d’enfants en bas âge et de vieillards ne furent pas sélectionnés pour entrer dans le camp. Le vingtième convoi se vit attribuer seulement 276 matricules de la série 117455 à 117730 pour les hommes et 245 de la série 42451 à 42695 pour les femmes, soit 521 matricules au total. Comme à l’ordinaire — quoique dans une moindre proportion qu’explique peut-être l’urgence des «travaux» d’Auschwitz52 — les déportés dont l’histoire perd la trace dès l’arrivée à destination du vingtième sont les plus nombreux. Le comportement — au moment de disparaître — de ceux qui, pendant le trajet belge, avaient le plus hésité à suivre l’exemple des rebelles ne laisse d’autre écho que cet «accroc» énigmatique auquel fait allusion le télex du 29 avril préoccupé de la «répartition ultérieure» des déportés. Le document n’apporte pas d’autre lumière sur cette «résistance» des déportés avertis des rumeurs «inquiétantes» sur la «façon» d’Auschwitz. Aucun témoin de l’«action spéciale» du jour n’a conservé dans quelque journal que ce soit la trace écrite de scènes épouvantables où les victimes s’insurgeaient de n’avoir pas la vie sauve.

Le télex d’avril 1943 n’en est pas moins une pièce d’archives intéressante. Comme les autres sources administratives nazies relatives à la «solution finale», ce document sibyllin n’a de sens que s’il est caché. A l’époque, il fallait que les destinataires — le major S.S. Zœpf à La Haye, le colonel S.S. Knochen à Paris et le lieutenant-colonel S.S. Ehlers à Bruxelles — eussent été initiés à son code. Ils n’avaient pas eu besoin, quant à eux, d’explication à propos de «la façon dont [les Juifs] seront logés» et de «l’endroit» où ils le seront. Il n’avait pas non plus été indispensable de leur indiquer quelles étaient donc ces «communications inquiétantes» qui provoquaient la «résistance» des déportés« et qu’il s’imposait de censurer. Les »raisons« des S.S. qui opéraient à »la réception« des convois et à »la réception ultérieure" des déportés leur étaient — pour le dire comme le télex du 29 avril — «évidentes».

Cette évidence a fondé, trente ans après, la conviction du tribunal supérieur du Schleswig-Holstein appelé à se prononcer sur la recevabilité des poursuites intentées contre Ernst Ehlers, nommément cité dans le télex du 29 avril 1943.

«Ehlers, constate la décision de le juger, fut spécialement chargé par des instructions continuelles, de faire en sorte que les commandos qui devaient accompagner les convois (auxquels étaient joints des membres de la compagnie de garde [du siège central de la police de sécurité et du service de sécurité à Bruxelles]) ne fassent pas au cours du transport de confidences aux Juifs en ce qui concerne leur sort53».

Dans la délibération des magistrats allemands, le document du printemps 1943 introduisait — c’est capital dans une lecture judiciaire des archives — la relation directe et personnelle avec le prévenu sur le point crucial de la cause. La pièce d’époque infirmait l’affirmation d’Ehlers qu’il n’avait «pas […] au courant des pratiques cruelles à Auschwitz».  L’homme prétendait même qu’il avait «exercé […] service dans un esprit d’humanité et qu[’il s’était] tenu à l’écart de toutes les mesures contre les Juifs» pour avoir dirigé la police nazie à mille kilomètres de l’horreur54.


Notes.

1.Journal de Kremer, n.52, p. 227.

2. R. FAURISSON, Réponse à Pierre Vidal-Naquet, p. 48-49.

3. H. LANGBEIN, Der Auschwitz-Processs, Eine Dokumentation t. 1, p. 72.

4. Voir le chapitre Auschwitz de G. WELLERS dans E. KOGON, H. LANGBEIN, A. RUCKERL, Les Chambres à gaz, secret d’État, p. 186-191. Voir aussi D. CZECH, Konzentrationslager Auschwitz, précis d’histoire et F. PIPER, «Extermination», dans Auschwitz, camp hitlérien d’extermination, Varsovie, 1978.

5.Auschwitz vu par les S.S., Hösz, Kremer, Broad, p. 115.

6.Ibidem, p. 115, note 4.

7.Ibidem, p. 120 et note 21 p. 120.

8.ibidem, p. 185-186.

9.Ibidem, p. 119.

10. cité d’après G. WELLERS, dans E. KOGON, H. LANGBEIN, A. RUCKERL, Les Chambres à gaz, secret d’État, Voir p. 191. Voir aussi sur la question, l’exposé de U.D. ADAM, «Les chambres à gaz» dans L’Allemagne nazie et le génocide juif, actes du colloque de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, 1985, p. 236-261.

11. cité d’après G. WELLERS, dans E. KOGON, H. LANGBEIN, A. RUCKERL, op. cit., p. 190.

12. N°12, 115/42 - EP-HA Article 2, concerne: fabrication de deux fours crématoires tripes pour chacun des «bains pour buts spéciaux»[sic], signé: Sous-lieutenant S.S. (S), Oswiezim [sic], 21 août 1942, note publiée dans Procès des Grands Criminels de Guerre devant le Tribunal International, Nuremberg, 14 novembre-1er octobre 1946, Nuremberg, 1949, T XXXIX, p. 244. Les guillemets de «Bäder für besondere Zwecke» comme la mention d’Auschwitz en polonais figurent dans le texte publié. De toute évidence, il ne s’agit pas de sa version originale. Le texte reproduit ne comporte toutefois pas la mention expresse de «Badanstalt für Sonderaktion» (installation de bain pour action spéciale) comme l’écrit J.C. Pressac pour qui cette pièce désignerait les chambres à gaz du Crématoire IV. Il ajoute néanmoins qu’«en réalité, le terme de “Badanstalt” s’applique aux [2] bunkers» de 1942. Le fait que la note du 21 août propose d’utiliser les fours crématoires déjà prêts «pour Mogilew» suggère qu’Auschwitz pressé par l’accumulation des cadavres cherchait une solution pratique et immédiate sans attendre jusqu’à ce que les projets de construction des nouveaux crématoires aboutissent. Ce qui autorise à lire la note en question comme une référence aux deux maisons paysannes.(voir J.-C. PRESSAC, «Les Krematorien IV et V de Birkenau-Auschwitz et leurs chambres à gaz», dans Le Monde juif, n° 107, juillet-septembre 1982, repris dans Mémoire du Génocide, Paris, 1987, p. 626 note 9).

13. L’original de la pièce ne se trouve pas au Musée d’Oswiecim. J.C. Pressac écrit qu’«en dépit de […] demandes répétées», il n’a pu en obtenir communication (Voir J.-C. PRESSAC, Ibidem, p. 626 note 9). Il est probable, comme dans le cas du journal de Kremer en Pologne, que le document soit à rechercher dans les archives de la commission soviétique d’enquête sur les crimes commis par les fascistes allemands et leurs auxiliaires à Auschwitz. L’actuelle «transparence» qui ouvre aux chercheurs des archives historiques en U.R.S.S. permettra peut-être d’autres découvertes utiles aux historiens de l’Allemagne nazie et du génocide juif. 

14. Major Guenther, Berlin, le 29 avril 1933 au commandant de la SIPO et SD pour le territoire néerlandais occupé, Major Zœpf, La Haye, au commandant de la SIPO et SD, Colonel Dr. Knochen, Paris, au Délégué du Chef de la SIPO et SD Major S.S. Ehlers, Bruxelles, concerne: évacuation des Juifs, dans S. KLARSFELD et M. STEINBERG, Dokumente, Die Endlösung der Judenfrage in Belgien, The Beate Klarsfeld Foundation, New-York-Paris, 1980, p. 64.

15.Le chef de la direction centrale de la construction des Waffen S.S. et de la Police d’Auschwitz à l’office centrale de l’administration économique de la S.S., signé:major S.S. Karl Bischoff, le 28 juin 1943, cité d’après G. Wellers, dans E. KOGON, H. LANGBEIN, A. RUCKERL, op. cit., p. 197.

16. Les crématoires II et III comportaient, chacun, 5 fours à trois moufles; les crématoires IV et V, un four à 8 moufles. Voir Doc. CDJC, rapport d’inspection de l’Ingénieur Prüfer, à la direction centrale de la construction de la Waffen S.S. et de la Police à Auschwitz, le 29 janvier 1943.  

17. En 636 jours, le crématoire I pouvait brûler, à raison de 340 corps par 24 heures, 216514 cadavres, soit le nombre des détenus immatriculés qui n’ont pas été évacués d’Auschwitz (141765 évacués sur 358279 détenus immatriculés).

18. L’évacuation d’Auschwitz, entamée en mai 1944, n’a pas signifié l’arrêt des déportations à Auschwitz. De la fin d’avril au début de juillet 1944, 429028 Juifs de Hongrie y ont été acheminés.

19. Soit 75745 évacués du 18 mai 1944 au 17 janvier 1945. Des 66020 détenus présents à cette date du dernier appel, environ 7000 incapables de marcher sont restés au camp, évitant les catastrophiques «marches de la mort» de l’évacuation d’Auschwitz. Voir G. WELLERS, «Essai de détermination du nombre de morts au camp d’Auschwitz», dans Le Monde juif, n° 112, octobre-décembre 1983, p. 154-156.

20. G. WELLERS, Ibidem, p. 141.

21. G. WELLERS, Ibidem, p. 142.

22. Le nombre de prisonniers transférés d’Auschwitz, voire libérés n’est pas connu.

23. Les archives du Musée d’Oswiecim conserve un plan n° 1678 d’une installation d’incinération daté du 14 août 1942 (le futur Krematorium IV).

24. Archives du procès Hösz, t. XI, annexe II, le chef de la Direction centrale des constructions de la Waffen S.S. et de la Police d’Auschwitz, signé: major S.S. Bischoff, 30 janvier 1943, cité d’après J.-C. PRESSAC, op. cit., p. 621.

25. Le chef de la Direction Centrale pour Constructions de la Waffen S.S. et de la Police à Auschwitz, capitaine S.S. au chef de l’office du groupe C, général de brigade S.S. et général-major de la Waffen S.S., Dr. Ing. Kammler à Berlin-Liechterfelde-Ouest, le 29 janvier 1943, commande objet: crématoire II, Etat du bâtiment, cité d’après G. WELLERS, Les chambres à gaz ont existé, p. 85.

26. Voir la reproduction, ibidem p. 136/137.

27. Voir Le Monde, le 16 janvier 1979.

28. Voir Le Monde, le 29 décembre 1978. Malgré sa «révision» du 16 janvier suivant, Faurisson maintiendra par la suite cette version qu’«il s’agit, en effet, non pas d’une chambre à gaz homicide, mais d’une chambre froide aux dimensions caractéristiques (30 m x 7 m) semi-enterrée afin d’être protégée de la chaleur» (voir R. FAURISSON, «Exposition de la déportation 1933-1944» , dans Supplément à la revue trimestrielle Les Amis de Paul Rassinier, n° 1, juin 1982).

29. G. WELLERS, «Qui est Robert Faurisson», dans Le Monde juif, n° 27, juillet-septembre 1987, p. 109.

30. G. WELLERS, Les chambres à gaz ont existé, p. 87.

31. R. FAURISSON, Réponse à Pierre Vidal-Naquet, p. 40.

32.«Interview de Robert Faurisson», dans Storia illustrata, août 1979, no 261, réédition La Vieille Taupe, p. 15.

33. A. HITLER, Mein Kampf, p. 677-679.

34. E. JACKEL, «L’élimination des Juifs dans le programme de Hitler», dans L’Allemagne nazie et le génocide juif, p. 110.

35. Ch. R. BROWNING, «La décision concernant la solution finale», ibidem, p. 194.

36. J. FEST, Hitler, jeunesse et conquête du pouvoir, Paris, 1973, p. 81.

37. Le mot est de R. FAURISSON, Réponse à Pierre Vidal-Naquet, p. 40.

38.Doc PS-501. Dr. Becker sous-lieutenant S.S. au lieutenant-colonel S.S. Rauf à Berlin, Kiev, le 16 mai 1942, reproduit dans H. MONNERAY, La persécution des Juifs dans les pays de l’Est, p. 148-150.

39.II D, Note du lieutenant-colonel S.S. Rauf, Berlin, le 5 juin 1942, reproduite dans E. KOGON, H. LANGBEIN, A. RUCKERL, Les Chambres à gaz, secret d’État, illustration III.

40.Lettre d’Arthur Greiser, Gauleiter du Warthegau, à Himmler, le 1er mai 1942, ibidem, p. 14.

41. W.Riedel et Fils, Béton armé et construction, Bielitz, rapport du jour, le 23 février 1943, Installation d’incinération 4, ouvrages journaliers, reproduit dans J.-C. PRESSAC, op. cit. p. 631.

42.W.Riedel et Fils, Béton armé et construction, Bielitz, rapport du jour, le 2 mars 1943, Installation d’incinération 4, ouvrages journaliers, reproduit ibidem, p. 631.

43. Le chef de la Direction Centrale pour Constructions de la Waffen-S.S. et de la Police à Auschwitz, Major S.S. à Entreprise Usines d’équipements allemands, S.a.r.l., Usine d’Auschwitz/ H[aute] S[ilésie], le 31 mars 1943, citée d’après G. WELLERS, Les chambres à gaz ont existé, p. 89. La lettre indique, pour les 3 portes à gaz du crématoire II «turmgaz» (colonnes étanches au gaz), probablement une erreur (voir J.-C. PRESSAC, ibidem, p. 639).

44. Voir J.C. PRESSAC, ibidem, p. 627.

45.Ibidem, p. 635.

46.Ibidem, p. 640.

47. Voir le télex du 29 avril 1943 dans S. KLARSFELD et M. STEINBERG, Dokumente, Die Endlösung der Judenfrage in Belgien, p. 64.

48. Ministère de la Santé Publique-Belgique. Dossier de Livchitz, Georges, né le 30 septembre 1917. Annexe à la lettre du commandant militaire à l’Oberfeldkommandantur 687, Bruxelles, le 15 février 1944.

49. Voir M. STEINBERG, L’Etoile et le Fusil, La Traque des Juifs, t. III, vol. 2, p. 69.

50.Ibidem, p. 72.

51.Le Flambeau, octobre 1943, ibidem, p. 72.

52. La sélection avait toutefois été moins restrictive qu’à l’accoutumée. Dans l’évacuation «belge» de 1943, ce convoi du 19 avril présente la singularité d’avoir le taux de sélection le plus élevé. Il a aussi au bilan final un taux de survie absolument exceptionnel pour un transport de 1943: il est de 10,7%. Il n’est que de 2,7% dans les autres convois «belges» de l’année.

53. Voir Tribunal Supérieur du Schelswig-Holstein, décision dans l’affaire pénale contre E. Ehlers, C. Canaris, K. Asche et K. Fielitz, le 8 mars 1977, dans M. STEINBERG, Dossier Bruxelles-Auschwitz, p. 197. Le document y est intégralement traduit. Le texte allemand, dans S. KLARSFELD et M. STEINBERG, Dokumente, Die Endlösung der Judenfrage in Belgien, p. 116 ss.

54. E. EHLERS, «Inexactitudes» dans Flensburg I, le 29 mai 1975, ibidem, p. 103.