Bulletin Board System (BBS)
Service physiquement hébergé sur un ordinateur connecté au réseau téléphonique, auquel d'autres ordinateurs peuvent se connecter à l'aide d'un modem. Une fois la connection établie, le BBS peut fournir des textes ou des forums de discussion privés, interne au BBS en question. L'accès à certaines parties peut en être protégé par un mot de passe. Cette forme d'échanges entre ordinateurs disparait au profit des serveurs Web qui peuvent offrir les mêmes services.
courrier électronique ou email
Mode de communication personnelle ou de groupe sur l'Internet qui permet à un expéditeur d'envoyer un texte vers une, ou plusieurs, boîtes à lettres électroniques. Celles-ci sont en général privatives: seul le possesseur d'un code d'accès (similaire à la fonction de la clé d'une boîte aux lettres dans un immeuble) peut y lire les informations qui y sont arrivées, et se servir de l'adresse de cette boîte pour envoyer du courrier.
listes de diffusion ou forums privés
Mode de communication de groupe sur l'Internet utilisant le courrier électronique. Tout participant d'une telle liste envoie ses communications par courrier électronique vers une adresse générique qui rediffuse immédiatement ces textes vers les boîtes aux lettres personnelles de tous les inscrits sur cette liste. De telles listes peuvent concerner des centaines, voire plus, de membres. L'inscription peut être libre et automatique, ou avoir à passer par un gestionnaire (humain) qui peut accepter ou refuser la demande. Certaines de ces listes peuvent avoir un statut public (lisibles par tous).
15. Voir
Tom Metzger, A long March of Hate, ADL, 1993. Voir aussi Ciaran O Maolain, The Radical Right, a world directory, op. cit., p. 404. 16. Jack Levin & Jack McDevitt. Hate Crimes: The Rising Tide of Bigotry and Bloodshed, New York & London: Plenum Press, 1993, p. 103, cité par Nizkor 17. Patrice Chairoff, Dossier néo-nazisme, Éditions Ramsay, 1977, p. 380. Sur Louis Beam, voir Anti-Defamation League. Paranoia as Patriotism: Far-Right Influences on the Militia Movement., 1995, p. 33-34 cité sur le web par Nizkor. 18. Sur les Aryan Nations, voir Ciaran O Maolain, The Radical Right, a world directory, op. cit., p. 345-346. Les Aryan Nations ont, bien évidemment, aujourd'hui leur propre site web. Sur les Aryan Nation, voir ici 19. Cette tendance, qui regroupe aujourd'hui les principales associations racistes chrétiennes fondamentalistes, prône une théologie raciste: les juifs et les noirs ne sont pas les descendants d'Adam, mais de Satan... Voir Leonard Zeskind, « The Christian Identity Movement: A Theological Justification for Racist and Anti-Semitic Violence », Center For Democratic Renewal, Atlanta, Ga., 1986 et Michael Barkun, Religion and the Racist Right: The Origins of the Christian Identity Movement, Chapel Hill: University of North Carolina Press, 1996. Cités par Kenneth S. Stern, Hate on the Internet, ADL, 1999, chap. 1. 20. Anti-Defamation League. Paranoia as Patriotism: Far-Right Influences on the Militia Movement, 1995, p. 33-34. 21. En référence à la « Thule Gesellshaft », société secrète d'extrême-droite raciste et occultiste à l'origine de la création du parti nazi. Voir S. Bertein et P. Milza, Dictionnaire historique des fascismes et du nazisme, Editions Complexe, 1992, p. 191-192, 214-215. Voir aussi Nicholas Goodrick-Clarke, Les racines occultistes du nazisme, Pardès, 1989, p. 213-214. Le réseau « Thule » existe encore aujourd'hui et dispose également d'un site web. 22. Louise Berstein, « L'extrême droite sur internet », dans CRIDA, Rapport 1996. Panorama des actes racistes et de l'extrémisme de droite en Europe, CRIDA, 1996, p. 228. 23. Rand C. Lewis, The Neo-Nazis and German Unification, Praeger, 1996, p. 61 24. « Cyber-Nazis baffle German police », Calgary Herald, 2 février 1994, cité par Nizkor. 25. Rand C. Lewis, The Neo-Nazis and German Unification, op. cit., p. 70. 26. Patrick Moreau, Les héritiers du IIIe Reich, L'extrême droite allemande de 1945 à nos jours, Editions du Seuil, 1994, p. 316. 27. Louise Berstein, « L'extrême droite sur internet », op. cit., p. 227-230. 28. Sur la dialectique antisionisme-négationnisme, voir Catherine Nicault, « Antisionisme et négationnisme », Relations internationales, n°65, printemps 1991, p. 49-60. Aussi Georges Bensoussan, « Négationnisme et antisionisme : récurrences et convergences des discours du rejet », Revue d'histoire de la Shoah, n° 166 mai-août 1999, p. 76-88. 29. Le 14 août 1993, à l'occasion de l'anniversaire de la mort de Rudolf Hess, plusieurs centaines de néo-nazis, venus d'Allemagne, des États-Unis, de Suède, du Danemark, et de Grande Bretagne, manifestaient à Fulda. Le « succès » de cette manifestation était en partie du au fait que ses participants avaient été tenus au courant par courrier électronique. Voir Aurel Braun, Stephen Scheinberg, The extreme right : freedom and security at risk, op. cit., p. 223.

Le Négationnisme sur Internet

Genèse, stratégies, antidotes

Par Gilles Karmasyn,
en collaboration avec Gérard Panczer et Michel Fingerhut

Revue d'histoire de la Shoah, no 170, sept-déc. 2000

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2. Préhistoire

« Préhistoire » de l'activisme sur ordinateurs

À la fin des années 1980, aux États-Unis, des groupuscules racistes, principalement des « suprémacistes blancs », proposaient des numéros de téléphone aboutissant à des répondeurs diffusant leur propagande. Tom Metzger15, fondateur de la White Aryan Resistance (WAR), après un passage par le Ku Klux Klan, diffusait des émissions pour la télévision par câble. Son organisation était déjà, et est toujours, une grande utilisatrice des répondeurs. Les messages qui y sont diffusés vont jusqu'à des menaces de mort à peine déguisées16. La WAR a eu une importante influence sur les skinheads américains et canadiens dans les années 1980 et au début des années 1990. En 1984, Tom Metzger fondait le premier Bulletin Board System (BBS*) d'une organisation raciste. Les possesseurs d'ordinateurs individuels, encore rares à l'époque, qui s'y connectaient y trouvaient textes, programmes et messageries racistes.

Louis Beam fut Grand Dragon du Ku Klux Klan et l'un des responsables de son organisation paramilitaire, les Knights of the Ku Klux Klan17. En 1981 il devenait « ambassadeur » des Aryan Nations18, une organisation proto-nazie prônant haine et violence, dans la mouvance « Christian Identity »19. Au milieu des années 1980, Beam a organisé un réseau de BBS racistes qui permettaient aux activistes de rester en contact et de se tenir au courant de leur « actualité ». On pouvait y trouver une liste de cibles d'assassinats (politiciens, policiers, militant des droits de l'homme, etc.) avec attribution de points à l'assassin selon l'importance de la personne assassinée20...

En 1993 on découvrait en Allemagne l'existence d'un réseau de BBS néo-nazis, le réseau « Thule21 ». Mille cinq cents activistes s'y maintenaient en contact, échangeant informations, dates, plans de bombes, cibles potentielles, photos et coordonnées de militants antifascistes22. Il s'agissait d'un véritable outil de coordination des groupuscules néo-nazis allemands, opérationnel depuis l'automne 199223, en même temps qu'un outil de camouflage, à une époque où la police n'avait pas encore appris à faire face à ce genre d'utilisation des ordinateurs24. Rand C. Lewis écrit qu'en 1993, le courrier électronique était devenu le moyen de communication privilégié des groupuscules néo-nazis25. En fait, les groupes néo-nazis allemands utilisaient l'outil informatique depuis longtemps déjà, notamment le minitel allemand, le BTX26. Des réseaux de BBS néo-nazis ont existé dans toute l'Europe27.

On constate que ces premières expériences étaient le fait des franges les plus extrémistes de groupes véhiculant une haine tendance « nationaliste-raciste-mythologique », et pas encore « antisioniste-antisémite-négationniste »28. Cette tendance se déploiera avec l'Internet. Et là aussi ce seront encore les franges les plus radicales, celles qui agissent aussi par d'autres moyens qui occuperont le terrain de la propagande raciste, antisémite et négationniste.

On constate également, que les premières expériences d'utilisation d'ordinateurs par les activistes de la haine étaient plutôt orientées vers des usages internes. Il s'agissait moins de faire de la propagande vers un public qui, de toute façon, ne disposait majoritairement pas encore de l'outil informatique, que de permettre aux membres de tous ces groupuscules d'échanger des informations et de coordonner leurs activités. Il s'agissait moins d'un choix que d'une conséquence du type de technologie employée. Sur l'Internet, ce type d'utilisation demeure aujourd'hui encore extrêmement important, notamment via l'utilisation du courrier* électronique29 et des listes de diffusion* privées.

Il faut cependant signaler dès à présent le premier BBS négationniste, à vocation « externe », le « Banished CPU », créé en 1991 par « Maynard » alias de Dan Gannon. Ce BBS était en fait une officine de l'IHR (cf infra.), basée à Portland où Gannon avait l'habitude de distribuer des tracts négationnistes. Il deviendrait, à l'heure de l'Internet, joignable à partir du réseau. Gannon proposait sur son BBS les pamphlets de l'IHR, dont il inonderait bientôt les forums de discussion (cf infra.).

       
 

Notes.

15. Voir Tom Metzger, A long March of Hate, ADL, 1993. http://www.nizkor.org/hweb/orgs/american/adl/tom-metzger/. Voir aussi Ciaran O Maolain, The Radical Right, a world directory, op. cit., p. 404.  

16. Jack Levin & Jack McDevitt. Hate Crimes: The Rising Tide of Bigotry and Bloodshed, New York & London: Plenum Press, 1993, p. 103, cité par Nizkor, http://www.nizkor.org/ftp.cgi/people/m/metzger.tom/metzger-warns-of-violence  

17. Patrice Chairoff, Dossier néo-nazisme, Éditions Ramsay, 1977, p. 380. Sur Louis Beam, voir Anti-Defamation League. Paranoia as Patriotism: Far-Right Influences on the Militia Movement., 1995, p. 33-34 cité sur le web par Nizkor, http://www.nizkor.org/ftp.cgi/people/b/beam.louis/louis-r-beam  

18. Sur les Aryan Nations, voir Ciaran O Maolain, op. cit., p. 345-346. Les Aryan Nations ont, bien évidemment, aujourd'hui leur propre site web. Voir: http://www.adl.org/poisoning_web/aryan_nations.html  

19. Cette tendance, qui regroupe aujourd'hui les principales associations racistes chrétiennes fondamentalistes, prône une théologie raciste: les juifs et les noirs ne sont pas les descendants d'Adam, mais de Satan... Voir Leonard Zeskind, « The Christian Identity Movement: A Theological Justification for Racist and Anti-Semitic Violence », Center For Democratic Renewal, Atlanta, Ga., 1986 et Michael Barkun, Religion and the Racist Right: The Origins of the Christian Identity Movement, Chapel Hill: University of North Carolina Press, 1996. Cités par Kenneth S. Stern, Hate on the Internet, ADL, 1999, chap. 1, http://www.ajc.org/InTheMedia/Publications.asp?did=135&pid=16.  

20. Anti-Defamation League. Paranoia as Patriotism: Far-Right Influences on the Militia Movement, 1995, p. 33-34.  

21. En référence à la « Thule Gesellshaft », société secrète d'extrême-droite raciste et occultiste à l'origine de la création du parti nazi. Voir S. Bertein et P. Milza, Dictionnaire historique des fascismes et du nazisme, Editions Complexe, 1992, p. 191-192, 214-215. Voir aussi Nicholas Goodrick-Clarke, Les racines occultistes du nazisme, Pardès, 1989, p. 213-214. Le réseau « Thule » existe encore aujourd'hui et dispose également d'un site web.  

22. Louise Berstein, « L'extrême droite sur internet », dans CRIDA, Rapport 1996. Panorama des actes racistes et de l'extrémisme de droite en Europe, CRIDA, 1996, p. 228.  

23. Rand C. Lewis, The Neo-Nazis and German Unification, Praeger, 1996, p. 61  

24. « Cyber-Nazis baffle German police », Calgary Herald, 2 février 1994 cité par Nizkor, http://www.nizkor.org/ftp.cgi/orgs/german/thule-network/ch.020294  

25. Rand C. Lewis, op. cit., p. 70.  

26. Patrick Moreau, Les héritiers du IIIe Reich, L'extrême droite allemande de 1945 à nos jours, Editions du Seuil, 1994, p. 316.  

27. Louise Berstein, « L'extrême droite sur internet », op. cit., p. 227-230.  

28. Sur la dialectique antisionisme-négationnisme, voir Catherine Nicault, « Antisionisme et négationnisme », Relations internationales, n°65, printemps 1991, p. 49-60. Aussi Georges Bensoussan, « Négationnisme et antisionisme : récurrences et convergences des discours du rejet », Revue d'histoire de la Shoah, n° 166 mai-août 1999, p. 76-88.

29. Le 14 août 1993, à l'occasion de l'anniversaire de la mort de Rudolf Hess, plusieurs centaines de néo-nazis, venus d'Allemagne, des États-Unis, de Suède, du Danemark, et de Grande Bretagne, manifestaient à Fulda. Le « succès » de cette manifestation était en partie du au fait que ses participants avaient été tenus au courant par courrier électronique. Voir Aurel Braun, Stephen Scheinberg, op. cit., p. 223.
 

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07/07/2001