223. Michael Marrus, L'Holocauste dans l'histoire, Éditions Eshel, 1990 (réed. Flammarion, coll. Champs, 1994), p. 8. 224. http://www.anti-rev.org/ 225. http://www.amnistia.net/news/articles/plusnews/dossnega.htm 226. http://www.phdn.org/ 227. Le créationnisme refuse les théories de l'évolution et considère que l'univers a été créé il y a quelques milliers d'années. Les similitudes de méthodes et de fanatisme entre créationnisme et négationnisme sont nombreuses. Il existe même aux États-Unis un ICR, l'Institude for Creation Research... Sur une lecture chrétienne du phénomène créationniste, voir Jacques Arnould, Les créationnistes, Cerf/Fides, 1996. 228. Conférence donnée à Caltech en 1985, cité par Michael Shermer, Why People Believe Weird Things, W. H. Freeman and Company, New York, 1997, p. 153. On trouvera dans cet ouvrage un chapitre sur le créationnisme ainsi qu'un autre chapitre sur le négationnisme. 229. L'avenir d'une négation, Ed. du Seuil, 1982 230. Pierre Vidal-Naquet, « De Faurisson et de Chomsky », Les assassins de la mémoire, op. cit., p. 93. 231. Roger Eatwell « The Holocaust Denial : a Study in Propaganda Technique », Neo-Fascism in Europe, Luciano Cheles, Ronnie ferguson, Michalina (éditeurs), Longman, 1991, p. 123. 232. http://www.nizkor.org/ 233. http://www.holocaust-history.org/ 234. http://www.reptiles.org/~madrev/The-Mad-Revisionist.htm 235. « Pratique de l'histoire et dévoiements négationnistes » de Gilles Karmasyn : http://www.phdn.org/ 236. À partir de juillet 2000, un négationniste postant sous la fausse indentité de « Juergen Graf » a entrepris d'envoyer, par petits morceaux, sur le forum de discussion fr.soc.politique l'intégralité de l'ouvrage de Jürgen Graf, recopié sur le site de l'aaargh. Le même individu a entrepris d'envoyer, également par morceaux, l'ouvrage proto-négationniste de Maurice Bardèche, Nuremberg ou la terre promise (voir note 135).

Le Négationnisme sur Internet

Genèse, stratégies, antidotes

Par Gilles Karmasyn,
en collaboration avec Gérard Panczer et Michel Fingerhut

Revue d'histoire de la Shoah, no 170, sept-déc. 2000

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13. Réfuter les négationnistes.
Conclusion...

Etude et réfutation des négationnistes

L'histoire de la Shoah, si elle demeure le principal moyen de lutter contre le négationnisme, n'est pas le seul. Et, à nos yeux, il n'est pas suffisant, quand bien même le programme évoqué ci-dessus serait accompli. Il ne s'agit pas, pour les historiens de bâtir une histoire de la Shoah en fonction du négationnisme. Michael Marrus écrit avec raison:

« s'il est important de comprendre [l']activité [des négationnistes], je ne vois pas pourquoi ils devraient définir le programme des historiens de l'Holocauste, pas plus que les théoriciens d'une "Terre plate" ne définissent le programmes des astronautes223 »

Aussi doit-on distinguer étude et réfutation des négationnistes de l'histoire de la Shoah, les premières devant s'abreuver de la dernière. Il faut d'abord rendre disponible ce que l'on sait des négationnistes et du négationnisme. Cet article en est une l'illustration paradigmatique. Le public susceptible d'être atteint par la propagande négationniste sur l'Internet doit pouvoir trouver, sur l'Internet, les moyens de comprendre qui sont ces personnes à l'origine de la propagande négationniste, quelles sont leurs véritables motivations et quelle est la nature de leurs méthodes. Le site de Michel Fingerhut évoqué plus haut224, offre le meilleur exemple de ce qu'il faut faire, en mettant en ligne les principales études publiées sur le négationnisme et les négationnistes. Il faut souligner que ce site est le fruit d'une initiative privée. D'autres études non encore présentes sur le site ne sont qu'en attente de l'autorisation des éditeurs, voire simplement de temps pour travailler à leur mise en ligne... Dans le même esprit, le site web d'Amnistia, « Négationnistes: les Eichmann de papier »225, a entrepris de façon très militante de mettre en lumière les activités et les complicités négationnistes en France. Les pages web « Pratique de l'histoire et dévoiements négationnistes »226 participent de cette « transparence » ; il s'agit de rappeller que le négationnisme est avant tout un discours, un type de discours (hypercritique, falsifications, paranoïa, etc.), mis au service d'un postulat: la non-existence du génocide juif.

Nous pensons que cette approche, pour une fois véritablement démystificatrice, s'il elle est nécessaire, ne saurait être suffisante. Pierre Vidal-Naquet avait déclaré qu'on ne discutait pas avec les négationnistes, mais sur les négationnistes. Nous pensons pour notre part que cela demeurera toujours vrai, car il n'est nulle discussion, ou débat possible avec les falsificateurs. Dans la mesure où les négationnistes trahissent et pervertissent toutes les règles d'une saine pratique historienne, on ne saurait avoir avec eux le moindre échange sur le terrain historique. Il en est du négationnisme comme du créationnisme227. Stephen Jay Gould, célèbre paléontologue qui a beaucoup combattu les créationnistes disait à propos des « débats » publics que les créationnistes recherchent, comme les négationnistes :

« Le débat est une forme d'art. Il s'agit de sortir victorieux de la confrontation. Il ne s'agit pas de découvrir la vérité. Le débat relève d'un certain nombre de règles et de procédés qui n'ont absolument rien à voir avec l'établissement des faits [...] Ils [les créationnistes] sont très bons à ce jeu là. Je ne pense pas que je pourrais avoir le dessus dans un débat contre les créationnistes228 »

On ne discutera donc évidemment pas avec les négationnistes. Pourtant il ne faut pas se voiler la face : aujourd'hui le grand public peut être exposé, est exposé aux affabulations négationnistes. Lorsque la législation suffisait à contenir le discours négationnistes, la posture du silence suffisait, de part la seule existence des études de Pierre Vidal-Naquet, Nadine Fresco et Alain Finkelkraut229. Ce n'est plus le cas. Si la plus grande partie du corpus traitant d'astronomie sur l'Internet était constitué d'affirmations soutenant à coups d'argumentaires frelatés, mais abondants, que la Terre est plate ou est le centre de l'univers, il serait impensable de laisser cela sans réponse. Nous appelons « réponse » le fait de démonter la mécanique, de démasquer la falsification, d'exhiber la méthode de manipulation des faits par les négationnistes. Il s'agit toujours de réfuter le fond du discours et d'exhiber la perversion de la forme. Pierre Vidal-Naquet écrit, dans un louable souci écologique, que « si, chaque fois qu'un "révisionniste" produit une nouvelle affabulation, il fallait lui répondre, les forêts du Canada n'y suffiraient pas230 ». Cette position n'est plus efficace à l'heure où n'importe qui peut, par le biais de l'Internet, être involontairement happé par « l'argumentaire » négationniste. Peut-on se contenter de renvoyer à Pierre Vidal-Naquet lorsqu'une falsification négationniste est « balancée » sur un forum de discussion ou sur le web? C'est faire un pari bien risqué sur le bagage philologique, politique et historique du lecteur. N'oublions pas que si l'on a l'impression de connaître l'histoire du génocide, parce qu'on en entend beaucoup parler, on en ignore généralement les modalités et le déroulement. Qui a lu Hilberg? Les négationnistes jouent sur cet écart réel entre une connaissance effective assez faible et une impression, erronée, de bien connaître. S'il est vrai qu'une lecture avancée de la production historienne la Shoah (mais aussi sur le nazisme) suffit à réfuter les falsifications négationnistes, qui s'attelle à ce genre d'entreprise? Il faut donc extraire la substantifique moëlle du travail des historiens pour réfuter les négationnistes. Dès 1991 Roger Eatwell écrivait:

« On peut soutenir que la discussion de telles affirmations [négationnistes] pourrait à la foi les légitimer, dans le sens qu'elles pourraient être considérées comme dignes d'être débattues, et augmenter l'exposition aux thèses négationnistes de ceux qui, autrement, n'auraient pas été au courant de leur existence. Cette politique [du silence] peut avoir été la meilleure lorsque de tels travaux [sic] étaient rares, mais leur récente multiplication rend vitale une réponse plus spécifique231  »

Dès le début de l'offensive négationniste sur l'Internet, des individus décidés et exemplaires ont entrepris ce travail de démontage. Ils ont d'abord contré les falsifications répandues par les Dan Gannon et autres fanatiques antisémites sur alt.revisionism. Nous profitons de la rédaction de cet article pour citer, de façon non exhaustive, les noms de quelques unes de ces personnalités remarquables : Ken McVay, Chuck Ferry, Danny Keren, Jamie Mc Carthy, John Morris, Michael P. Stein, Yale F. Edeiken, Ken Lewis, Gord McFee, Richard G. Green, Patrick J. Groff. On peut dire que leur persévérance, leur pugnacité, leur sérieux et leur rigueur ont permis de contenir dans une certaine mesure les délires négationnistes, ceux proférés en anglais en tous cas. La preuve de leur succès se lit dans le fait que les négationnistes ont créé sur l'un de leur site web, leur propre forum de discussion, différent de alt.revisionism, contrôlé et censuré par eux. Car ils savent que sur alt.revisionism, ils verront toujours leurs délires soumis à l'analyse dévastatrice des personnes citées ci-dessus, entre autres.

Mais il faut être réaliste : démonter « l'argumentaire » est un travail considérable. Une falsification négationniste s'énonce en une phrase. Elle se réfute et se démonte en vingt. C'est la raison même pour laquelle un débat est impossible. Néanmoins, il est aujourd'hui nécessaire d'effectuer ce travail.

Il l'est en grande partie sur deux sites web remarquables, en anglais, celui de Ken McVay, « Nizkor »232, et celui du « Holocaust History Project »233. Les équipes de ces deux projets portent le fer au coeur des falsifications négationnistes et accomplissent un travail de fond très efficace. Le « corpus » des mensonges négationnistes, s'il est très volumineux, n'en est pas moins fini. La majeure partie de ce corpus, en tous cas en anglais, est réfuté sur les deux sites cités. Il convient également de mentionner un site web qui combat le négationnisme par la dérision: le « Mad Revisionnist 234 » a décidé de prouver que la Lune n'existait pas, pas plus que l'Acropole; ou que le naufrage du Titanic était une invention hollywoodienne. Il y parvient de façon fort convaincante en utilisant la méthologie « révisionniste »...

En français, hélas, l'entreprise de démontage des mensonges négationnistes n'est entamée, sur l'Internet, que sur un seul site, et de façon modeste235. Certes les textes de Pierre Vidal-Naquet, disponibles sur le web, ont montré la voix. Mais il reste presque tout à faire. On peut, on doit, traduire en français, les analyses les plus pertinentes de Nizkor et du Holocaust History Project. On peut, on doit prendre les textes de Rassinier, de Faurisson et consorts, et démonter leurs mensonges un par un. C'est faisable. Florent Brayard et Nadine Fresco ont déjà bien avancé sur ce chemin. Pour que les négationnistes ne puissent se réclamer de l'imposteur Rassinier, il « suffit » de le décortiquer, serait-ce ligne à ligne. La lutte contre les négationnistes sur l'Internet passe aujourd'hui aussi par ce long chemin.  

Conclusion?

Rappelons encore une fois que nous n'avons qu'effleuré les questions des sites web racistes, d'extrême droite, antisémites, encore plus nombreux que les sites web négationnistes. La problématique demeure comparable.

Pour ce qui est du négationnisme, quel est l'impact de l'existence, voire de la domination des sites web négationnistes sur le public? Aujourd'hui on ne le mesure pas. Mais on peut être sûr qu'il sera de plus en plus important, à mesure que le nombre d'utilisateurs de l'Internet augmentera et que son utilisation deviendra familière. Si rien n'est fait. L'Internationale négationniste existe sur l'Internet. Pas de « complot », mais une collaboration effective, des liens réciproques, la copie et la recopie des mêmes textes, l'organisation d'une véritable bibliothèque négationniste multilingue et à échelle mondiale. N'importe quel fanatique d'extrême droite peut aller chercher du matériel négationniste et le répandre anonymement sur des forums de discussion236, par courrier électronique, voire en faire des tracts. N'importe quel collégien ou lycéen cherchant, sur l'Internet, des informations sur la Shoah aboutira majoritairement sur les sites web négationnistes. On peut agir. Il le faut. Il faut s'en donner les moyens. Rapidement.

       


Notes.    

223. Michael Marrus, L'Holocauste dans l'histoire, Éditions Eshel, 1990 (réed. Flammarion, coll. Champs, 1994), p. 8.  

224. http://www.anti-rev.org/  

225. http://www.amnistia.net/news/articles/plusnews/dossnega.htm  

226. http://www.phdn.org/  

227. Le créationnisme refuse les théories de l'évolution et considère que l'univers a été créé il y a quelques milliers d'années. Les similitudes de méthodes et de fanatisme entre créationnisme et négationnisme sont nombreuses. Il existe même aux États-Unis un ICR, l'Institude for Creation Research... Sur une lecture chrétienne du phénomène créationniste, voir Jacques Arnould, Les créationnistes, Cerf/Fides, 1996.  

228. Conférence donnée à Caltech en 1985, cité par Michael Shermer, Why People Believe Weird Things, W. H. Freeman and Company, New York, 1997, p. 153. On trouvera dans cet ouvrage un chapitre sur le créationnisme ainsi qu'un autre chapitre sur le négationnisme.  

229. L'avenir d'une négation, Ed. du Seuil, 1982  

230. Pierre Vidal-Naquet, « De Faurisson et de Chomsky », Les assassins de la mémoire, op. cit., p. 93. Sur le web : http://www.anti-rev.org/textes/VidalNaquet81a/  

231. Roger Eatwell « The Holocaust Denial : a Study in Propaganda Technique », Neo-Fascism in Europe, Luciano Cheles, Ronnie ferguson, Michalina (éditeurs), Longman, 1991, p. 123.  

232. http://www.nizkor.org/  

233. http://www.holocaust-history.org/  

234. http://www.reptiles.org/~madrev/The-Mad-Revisionist.htm  

235. « Pratique de l'histoire et dévoiements négationnistes » de Gilles Karmasyn : http://www.phdn.org/

236. À partir de juillet 2000, un négationniste postant sous la fausse indentité de « Juergen Graf » a entrepris d'envoyer, par petits morceaux, sur le forum de discussion fr.soc.politique l'intégralité de l'ouvrage de Jürgen Graf, recopié sur le site de l'aaargh. Le même individu a entrepris d'envoyer, également par morceaux, l'ouvrage proto-négationniste de Maurice Bardèche, Nuremberg ou la terre promise (voir note 135).
 

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07/07/2001