Les impostures de Rassinier

Rassinier et sa résistance


La façon dont Rassinier présente généralement sa résistance est un mensonge éhonté. En 1954, dans la réédition du Mensonge d'Ulysse, il écrit de lui-même:

« l'auteur fut parmi les fondateurs du Mouvement Libération-Nord en France, le fondateur du Journal clandestin La IVe République auquel les radios de Londres et d'Alger firent les honneurs en son temps, déporté de la Résistance (19 mois) à Buchenwald et Dora. Invalide à 100 % + 5 degrés des suites, il est titulaire de la carte de Résistant no 1.016.0070, de la médaille de vermeil de la Reconnaissance française et de la Rosette de la Résistance, qu'il ne porte d'ailleurs pas. »

Tout ou presque est mensonge, est inventé.

Nous avons un certain nombre d'affirmations faites par Rassinier:

Quatre mensonges.
 

Préambule

Au début de la guerre, Rassinier se réjouit plutôt de l'armistice, prédit la défaite de l'Angleterre et raille les « bellicistes ». Cette attitude perdure jusqu'en 1942. (Fresco, Fabrication d'un antisémite, Seuil, 1999, p. 358).

En 1945, Henri Chaignot, président du Comité Départemental de Libération de Belfort, rappelait qu'en 1940 Rassinier était persuadé que les Allemands allaient gagner la guerre et qu'il fallait s'entendre avec eux, que l'année suivante, Rassinier jugeait que le résultat serait le même pour les Français que les Allemands ou les Anglais soient vainqueurs, et qu'en mai 1942, Rassinier se réjouissait de l'immincence de la défaite russe... (Fresco, p. 460)

En mars 1942 Rassinier fait paraître un article dans le Rouge et Bleu, hebdomadaire la gauche collaborationniste créé par Charles Spinasse, dont le premier numéro date de novembre 1941. La ligne principale de cet hebdomadaire que lisait Rassinier: pacifisme et anticommunisme. (Fresco, p. 369). Dans son article, Rassinier dresse un réquisitoire contre la IIIe république et réaffirme son pacifisme, allant même jusqu'à fustiger « l'absurde guerre de 39 », non pas celle déclenchée par Hitler, mais bien celle assumée par la France! (Fresco, p. 385).

Rassinier s'engage dans l'action de résistance vers l'automne 1942. C'est en novembre 1943 qu'il sera arrêté par la police allemande, torturé et déporté, pour résistance, donc. Une résistance bien délimitée par Rassinier:

« Durant les douze mois environ que dure son engagement, [...] il [Rassinier] n'hésite pas à dire publiquement, à plusieurs reprises, son opposition radicale à tout parachutage et stockage d'armes, toute action armée contre les occupants, toute opération "terroriste". »

(Fresco, p. 402)

Rassinier a d'ailleurs une grande gueule. Il parle haut, très imprudemment. (Fresco, p. 410). Cela lui a peut-être coûté son arrestation.

Voilà. Rassinier s'est surtout occupé de papiers de l'automne 42 à l'automne 43. C'est en soi éminemment respectable et héroïque. Cela ne justifie en rien tous les mensonges qu'il a écrits sur sa résistance.
 

1er mensonge: fondateur de Libération Nord.

Si l'on consulte des ouvrages consacrés en entier ou en partie au mouvement Libération Nord, le nom de Rassinier en est totalement absent. La liste du premier comité directeur est fournie dans l'ouvrage de Marc Sadoun, Les socialistes sous l'occupation, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1982, p. 155. Dans toute la section (pages 154 à 164) consacré à Libération Nord, jamais le nom de Rassinier n'apparaît, ni à aucun autre endroit de l'ouvrage d'ailleurs. Alya Aglan a consacré un ouvrage à Libération Nord, La Résistance sacrifiée, Flammarion, 1999. On suppose que s'il y avait le quart du commencement d'un début de vérité dans les élucubrations de Rassinier, son nom figurerait dans l'index de l'ouvrage. Il n'en est rien. Et pour cause:

La seule, l'unique source de ce bobard est évidemment Rassinier lui-même.

Le mouvement Libération-Nord est né à l'automne 1941, issu de la parution depuis décembre 1940 du journal clandestin Libération. Rassinier n'aurait pu en faire partie à sa création car, au début, en étaient explicitement exclus les anciens socialistes proches du pacifiste intégral Paul Faure ou du collaborateur mou Charles Spinasse, profil auquel répondait très exactement Rassinier (Fresco, p. 401 et p. 713 n. 306).

L'engagement de Rassinier date approximativement de l'automne 1942. Libération Nord, s'est fondé sans lui un an plus tôt. Rassinier a menti d'une façon éhontée en prétendant avoir été « parmi les fondateurs du Mouvement Libération-Nord ».

Rassinier? Un imposteur.
 

2ème mensonge: Rassinier résistant dès juin 1941 auprès des « Volontaires de la Liberté ».

Ce mensonge fut pour la première fois proféré par Rassinier dans la IVe République du 8 novembre 1946.

Au mois de mai 1941, une trentaine d'élèves des lycées parisiens Henri IV et Louis-le-Grand, âgés de 18 à 19 ans, fondent, à l'initiative de Pierre Cochery, un mouvement de propagande, appelé « Les Volontaires de la Liberté », critique envers la résistance armée (Fresco, p. 405). La seule action de ce groupe consiste à publier des feuilles ronéotypées de 1941 à 1944, ainsi qu'un journal à partir de 1943 (voir plus bas).

Rassinier n'est amené à les rencontrer qu'en janvier 1943!!! (Fresco, p. 408). En 1941, le groupe et son action étaient exclusivement parisiens. Prétendre que le belfortain Rassinier travaillait avec eux dès 1941 est non seulement un mensonge mais aussi une aberration historique, dont l'unique source est, encore une fois, Rassinier.

Rassinier a menti. Et tout le monde ou presque s'est laissé piégé par les mensonges de Rassinier.

Pierre Cochery, fondateur des « Volontaires pour la Liberté » et, lui, membre depuis le début, fit partie de la Commission de la Résistance intérieure française, chargée des dossiers d'homologation. Il a aidé Rassinier à remplir son dossier. Face à Cochery, Rassinier ne pouvait mentir sur ses liens avec les Volontaires de la Liberté. Le dossier de Rassinier stipule donc « membre des Volontaires de la Liberté depuis janvier 1943 ». Mais Rassinier parvient quand même à faire inscrire un autre bobard (encore une version différente), en prétendant avoir appartenu dès juillet 1941 à un « groupe indépendant à Belfort ». Évidemment, devant Cochery il ne pouvait prétendre qu'il s'agissait des Volontaires mais, sur Belfort, il pouvait raconter n'importe quoi. Cochery n'y était pas. Rassinier s'en est donné à coeur joie: il a fait inscrire qu'il aurait été « l'un des chefs les plus actifs de Belfort ». Du pur délire. (Fresco, p. 565-566)

Dans son article du 8 novembre 1946, Rassinier écrivait d'autres mensonges (sur le journal Le Semeur)

Il y a mieux. Le 27 octobre 1965, à l'audience d'un procès en diffamation intenté contre Rassinier, ce dernier déclare (autorisons-nous une franche hilarité):

« du 23 août 1939 au 21 juin 1940 j'ai été dans la résistance, personne ne le discute ».

(Cité par Fresco, p. 566).

Août 1939!!! Mieux que de Gaulle! Avant tout le monde! Avant même que les Allemands soient en France. Avant même que la guerre ait été déclarée! Rassinier était certes un menteur, mais c'était aussi un grand malade mental.
 

3ème mensonge: Rassinier « le fondateur du journal clandestin la IVe République auquel les radios de Londres et d'Alger firent les honneurs en son temps »

Les Volontaires de la Liberté désirent en 1943 publier un véritable journal. Ce sont eux qui en choisissent le titre: la IVe République. Il leur manque un éditeur-imprimeur. Rassinier sera celui-là. Le premier numéro parait en novembre 1943. Rassinier est arrêté le 30 novembre avant la parution du second numéro! Un seul numéro paru...

Les relations entre les étudiants parisiens et Rassinier furent très orageuses. Toujours aussi imbu, Rassinier supporte mal que des blanc-becs le commandent, les Parisiens appréciant peu son « populisme » et sa volonté de diriger ce qui était leur journal (Fresco, p. 410). Pierre Cochery, fondateur des Volontaires de la Liberté n'a que mépris pour Rassinier: en 1946 il le qualifie tout simplement de « racaille ». (Fresco, p. 715, n. 323)

Non vraiment, Rassinier n'a pas été le fondateur du journal en question, même s'il a assuré la parution d'un numéro. Et un mensonge de plus.

Dans son article déjà cité, paru, justement, dans la IVe République du 8 novembre 1946, Rassinier écrivait encore: que la IVe République avait été « diffusée à 200000 exemplaires dans toute la France ». C'est « seulement » quarante fois la quantité réelle... (Fresco, p. 565). Encore un mensonge, donc.

Mais comment se fait-il que le journal dont il avait assuré un numéro en 1943 existât encore en 1946? Rassinier était revenu de déportation en 1945. Le 14 juillet paraît à Belfort la IVe République dont le directeur est Paul Rassinier. L'ours mentionne le directeur, Rassinier, l'adresse du journal, celle de Rassinier, et ce premier numéro porte en fait le numéro 2. Une « note au lecteur » précise qu'il ne s'agit pas d'une coquille et ajoute « notre n°1, paru en novembre 1943 ». Aucune mention n'est faite dans ce numéro ni aucun ultérieur des Volontaires de la Liberté, les étudiants parisiens qui avaient eu l'idée du Journal, qui en avaient choisi le titre, les orientations et le contenu, et avaient rédigé les articles du premier numéro!!! C'est tout simplement dégueulasse.

Rassinier? Un faussaire.

Et qu'en est-il pour les « honneurs des radios de Londres et d'Alger »? On a vu qui étaient les véritables fondateurs de la IVe République et comment Rassinier a « oublié » systématiquement de les citer lorsqu'il reprit le titre pour promouvoir ses campagnes électorales de Belfort.

Dans le brouillon du (vrai) deuxième numéro jamais paru, mais préparé par les Volontaires de la Liberté et Rassinier en novembre 1943, on trouve la phrase suivante: « La IVe République créée et éditée en France occupée n'a rien de commun avec le journal portant le même titre et dont la parution du numéro 1 en Afrique du Nord a été annoncée par Radio-Alger le mois dernier ».

Sous la plume inventive de Rassinier l'« autre » est devenu le même. Et pour faire bonne mesure il ajoute Radio-Londres, label par excellence de légitimation résistante. (Fresco, p. 569)

Mensonges. Mensonges et encore mensonges.
 

4ème mensonge: Rassinier « titulaire de la médaille de vermeil de la Reconnaissance française et de la Rosette de la résistance ».

Rassinier est bien titulaire d'une carte n°1.016.0070. Mais il s'agit d'une carte de « déporté-résistant », pas d'une carte de « résistant » comme il l'a écrit.

Rassinier a bien reçu, comme un grand nombre de résistants berlfortains, la médaille de la résistance. Bien qu'un an après tout le monde... Mais le ruban et non la rosette, réservée à une petite minorité de médaillés, particulièrement méritants. Rassinier a menti.

Quant à l'attribution de la médaille de la Reconnaissance française, le nom de Rassinier ne figure pas dans les listes parues au Journal Officiel entre janvier 1946 et novembre 1958. Ce qui ne signifie pas à coup sûr que Rassinier ne l'a pas reçue. Elle pouvait être de bronze, d'argent et de vermeil. Ce qui est sûr c'est que Rassinier ne fait pas partie de ces 10% là. (Fresco, p. 760, n. 178). Encore une fois Rassinier a menti.

Il se paye le luxe d'écrire qu'il « ne la porte pas »! Et pour cause!

Rassinier savait adapter ses versions à son public: Dans un article paru dans la Révolution Prolétarienne en 1947, Rassinier écrit « J'ai été ramassé, en 1943, comme pacifiste », alors même qu'à d'autres occasions il se gargarise de son pedigree de résistant. (Fresco, p. 505)

Dans le même texte, Rassinier écrit aussi « [j'ai été] envoyé au camp de Dora où je suis resté deux ans ». C'est donc sans le moindre scrupule que Rassinier rajoute 11 mois, car il n'a été à Dora que pendant 13 mois, et encore dans des conditions la plupart du temps privilégiées. Rassinier est un menteur.

Rassinier a menti sur sa résistance. Avant même que d'être un négationniste, il était un imposteur et un falsificateur, dont les mensonges ont (co)pieusement été repris par ses disciples.
 

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25/11/1999 -- mis à jour le 14/01/2000