Greiser à Himmler:
«traiter» les tuberculeux incurables
comme les Juifs…

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Lettre du Gauleiter Arthur Greiser à Himmmler du 1er mai 1942.

Introductionfac-similé de l’originaltranscription de l'original allemandtraduction en françaisSources et informationsAutres documents

Introduction

Arthur Greiser
Arthur Greiser

Le 1er mai 1942, le Statthalter du Reich et Gauleiter en Pologne occidentale du district du Warthegau (partie de la Pologne annexée au Reich), Arthur Greiser, responsable de la mise en œuvre du centre de mise à mort de Chelmno, écrit à Himmler. Son courrier a deux objectifs: d’une part informer Himmler que le «traitement spécial» de 100 000 Juifs de son Gau, à savoir leur assassinat à Chelmno est en bonne voie (ce que la note du 5 juin 1942 de Willy Just au SS-Obersturmbannführer Walter Rauff faisant état de 97 000 victimes confirmera), d’autre part lui proposer le même «traitement» pour les quelques 35 000 tuberculeux incurables recensés dans son Gau, comme mesure sanitaire destinée à protéger les Allemands de souche dans le territoire incorporé. Les termes de sa demande — Greiser écrit explicitement qu’il s’agit d’exterminer ces tuberculeux — éclairent le sort réservé aux Juifs et la signification de l’expression de camouflage «traitement spécial».

Un nombre important de documents portant sur ce même sujet est connu. Ils éclairent eux aussi la demande de Greiser de façon extrêmement crue. C’est notamment le cas, selon nous, d’une lettre envoyée à Hitler le 7 décembre 1942 par le responsable de la santé publique de Varsovie, le docteur Wilhelm Hagen, mentionnant que «70 000 personnes âgées et enfants de moins de dix ans pourraient être traitées de la même façon que les Juifs, autrement dit qu’on projette ou qu’on envisage de les tuer». Hagen confirmerait après la guerre l’authenticité de ce courrier et tous les nazis interrogés, auteurs des documents cités, en confirmèrent évidemment la signification.

Après avoir fourni le fac-similé, la transcription et la traduction de la lettre de Greiser, nous fournissons tous les documents (fac-similés, transcriptions, traductions) ayant trait à cette demande. Ils en confirment le sens de façon explicite — la vocation de centre de mise à mort de Chelmno — et spectaculaire et apportent un éclairage sur le fonctionnement des institutions nazies, la mentalité des haut-fonctionnaires nazis, les places d’Himmler et Hitler, et divers crimes déjà commis, comme l’assassinat des handicapés. Jamais ce corpus n’avait été rassemblé en français auparavant, ni en publication papier, ni sur internet. Signalons toutefois le travail pionnier de François Bayle qui, en 1950, en mentionne, accompagnées de traductions partielles mais significatives en français, les plus importants, dans son Croix gammée contre caducée: les expériences humaines en Allemagne pendant la deuxième Guerre mondiale, Paris: Impr. nationale, 1950, p. 849-854. On disposait donc dès 1950 d’une publication grand public d’une documentation très explicite exposant un projet nazi d’assassinat des tuberculeux polonais qui confirmait le fait de l’extermination des Juifs du Warthegau.

Le document

Fac-Simile: Greiser à Himmler le 1er mai 1942

Fac-Simile: Greiser à Himmler le 1er mai 1942  

Transcription

 

Der ReichsStatthalter
Im Reichsgau Wartheland

Posen, den    1. Mai 1942.    
 P. 802/42   Geheime Reichssache!    

Persönlich!  

Persönlich!  

   An

Reichsführer-SS Heinrich H i m m l e r,      
Führerhauptquartier.   

  Führerhauptquartier.   

Reichsführer!

Die von Ihnen im Einvernehmen mit dem Chef des Reichssicherheits-Hauptamtes, SS-Obergruppenführer Heydrich, genehmigte Aktion der Sonderbehandlung von rund 100.000 Juden in meinem Gaugebiet wird in den nächsten 2—3 Monaten abgeschlossen werden können. Ich bitte Sie um die Genehmigung, mit dem vorhandenen und eingearbeiteten Sonderkommando im Anschluß an die Judenaktion den Gau von einer Gefahr befreien zu dürfen, die mit jeder Woche katastrophalere Formen annimmt.

Es befinden sich im Gau etwa 230.000 bisher erkannte Tbc-Kranke polnischer Volkszugehörigkeit. Von diesen wird die Zahl der mit offener Tuberkulose behafteten Polen auf etwa 35.000 geschätzt. Diese Tatsache hat in immer erschreckenderem Maße dazu geführt, daß Deutsche, welche vollkommen gesund in den Warthegau gekommen sind, sich angesteckt haben. Insbesondere wird die Ansteckungsgefahr bei deutschen Kindern mit immer größerer Wirkung gemeldet. Eine ganze Reihe führender Männer, insbesondere auch aus der Polizei, sind in der letzten Zeit angesteckt worden und fallen durch die notwendig gewordene Behandlung für den Kriegseinsatz aus. Die effektiv immer größer werdenden Gefahrenmomente sind auch von dem Stellvertreter des Reichsgesundheitsführers, Pg. Prof. Dr. Blome, sowie von dem Führer Ihres Röntgen-Sturmbanns, SS-Standartenführer Prof. Dr. Hohlfelder, erkannt und gewürdigt worden.

Wenngleich  

Wenngleich  

Wenngleich auch im Altreich mit entsprechend drakonischen Maßnahmen gegenüber dieser Volkspest nicht durchgegriffen werden kann, glaube ich es doch verantworten zu können, Ihnen vorzuschlagen, hier im Warthegau die Fälle der offenen Tbc. innerhalb des polnischen Volkstums ausmerzen zu lassen. Selbstverständlich dürfte nur derjenige Pole einer solchen Aktion überstellt werden, bei dem amtsärztlich nicht nur die offene Tbc., sondern auch deren Unheilbarkeit festgestellt und bescheinigt worden ist.

Bei der Dringlichkeit dieses Vorhabens bitte ich möglichst schnell um Ihre grundsätzliche Genehmigung, damit jetzt während der ablaufenden Aktion gegen die Juden bereits die Vorbereitungen zum anschließenden Anlaufen der Aktion gegenüber den offen mit Tbc behafteten Polen mit allen Vorsichtsmaßnahmen getroffen werden können.

Heil Hitler!         
[Unterschrift]         

Document Nuremberg NO-246, via Holocaust Controversies (document 26, dont nous empruntons les facsimilés) et (pour la transcription) ns-archiv. La première traduction en français est parue en 1949 (voir ci-après). La transcription complète a été souvent publiée, notamment dans Léon Poliakov et Josef Wulf, Das Dritte Reich und Die Juden: Dokumente und Aufsätze, Berlin-Grunewald: arani-Verlag, 1955, p. 197-198.

Traduction

 

Le ReichsStatthalter
du Reichsgau Wartheland

Posen, le    1er mai 1942.    
 P. 802/42   Affaire Secrète du Reich!    

Personnel!  

Personnel!  

   Au

Reichsführer-SS Heinrich H i m m l e r,      
Quartier Général du Führer.   

  Quartier Général du Führer.   

Reichsführer!

L’opération de traitement spécial des 100 000 Juifs se trouvant sur le territoire de mon district, autorisée par vous en accord avec le chef de la direction de la sécurité du Reich, l’Obergruppenführer-SS Heydrich, pourra être achevée d’ici deux à trois mois. Je vous prie de m’autoriser en outre à libérer mon district d’un danger qui, de semaine en semaine, menace de prendre les proportions d’une catastrophe et à utiliser à cet effet le commando spécial disponible à la suite de l’Action juive dans laquelle elle est engagée.

Il y a, dans le district, environ 230 000 cas de tuberculose reconnus parmi la population polonaise. Parmi ceux-ci, on évalue à 35 000 les cas de tuberculose ouverte. Cette situation a entraîné un nombre effrayant d'infections d’Allemands qui étaient arrivés dans le Warthegau en parfaite santé. Cela a pour conséquence en particulier que nous recevons de plus en plus de rapports de risques d’infection chez des enfants allemands. Un nombre considérables d'hommes de première importance, en particulier dans la Police, ont été récemment infectés et donc soustraits à l'effort de guerre en raison du traitement médical requis. Ces risques de plus en plus importants ont également été évalués et constatés par l'adjoint au Responsable de la Santé publique, notre camarade du parti le Professeur Dr. Blome ainsi que par le chef de votre bataillon de radiologie, le Standartenführer-SS Professeur Dr. Hohlfelder.

Bien que  

Bien que  

Bien que dans le Reich ancien il ne soit pas possible d’intervenir contre cette épidémie avec les mesures draconiennes qui conviendraient, je crois pouvoir prendre la responsabilité de vous proposer de faire exterminer les cas de tuberculose ouverte existant au sein de la population polonaise ici dans le Warthegau. Bien évidemment seul serait soumis à cette Action un Polonais qui non seulement souffrirait de tuberculose déclarée, mais dont le caractère incurable aurait été établie et certifié par un médecin officiellement agréé.

Compte-tenu de l'urgence de ce projet, je vous demande votre approbation de principe au plus tôt. Ainsi, cela nous permettrait de procéder aux préparatifs permettant de mettre en œuvre l'Action contre les Polonais souffrant de tuberculose déclarée avec toutes les précautions nécessaires pendant que l'Action contre les Juifs entre dans sa phase finale.

Heil Hitler!         
[signature]         

Notre traduction s’inspire mais se distingue des rares traductions partielles en français et de la principale traduction complète disponible (Henri de Monneray, La persécution des Juifs dans les pays de l’Est, Paris: Éditions du Centre, 1949, p. 173-174. Une autre traduction quasi complète apparaît en 1950 dans François Bayle, Croix gammée contre caducée: les expériences humaines en Allemagne pendant la deuxième Guerre mondiale, Paris: Impr. nationale, 1950, p. 849-850).


Autres documents

La proposition de Greiser a ceci de particulièrement intéressant qu’elle s’inscrit dans un ensemble documentaire assez riche, qui en confirme la nature — meurtrière — et permet de suivre le processus de réflexion et de décision ainsi que les réactions locales. La mission d’assassinats de masse du Sonderkommando Lange et donc le rôle comme centre de mise à mort industrielle de Chelmno est implacablement confirmé par ce corpus.


La lettre de Koppe à Brandt du 3 mai 1942

Le 3 mai 1942, Wilhelm Koppe, le chef supérieur de la SS et de la Police du Warthegau écrit un courrier à l’adjudant personnel de Himmler, le SS-Sturmbannführer Rudolf Brandt afin d’enfoncer le clou et de dire son propre accord aux mesures proposées par Greiser. Koppe utilise les mêmes termes et les mêmes arguments que Greiser: il faut se débarasser des Polonais atteints de tuberculose incurable en les faisant soumettre au traitement spécial par le Sonderkommando Lange.

Fac-similé de la lettre de Koppe à Brandt du 3 mai 1942

Fac-Simile: Koppe à Brandt le 3 mai 1942

Fac-Simile: Koppe à Brandt le 3 mai 1942  

Transcription de la lettre de Koppe à Brandt du 3 mai 1942

 

Der Höhere SS- u. Polizeiführer
beim Reichsstatthalter in Posen,
im Wehrkreis XXI

Posen, den    3. M a i 1942.    
Fritz-Reuter-Straße 2a
Fernsprecher 6561-65
   Tgb.-Nr.: 132/42g     G e h e i m !    

An den
Reichsführer-SS, Persönlicher Stab
z.Hd. von SS-O'stubaf. B r a n d t

B e r l i n SW 11 

Prinz Albrecht Str. 8

Betr.: An Tbc. erkrankte Polen.

Lieber Kamerad Brandt!

Ich bitte, dem Reichsführer-SS folgendes vorzutragen:

Der Gauleiter wird in Kürze den Reichsführer-SS um die Genehmigung bitten, dass diejenigen Polen, die nachweislich an einer offenen Tbc. erkrankt sind, dem Kommando Lange zur Sonderbehandlung zugeführt werden. Dieser Wunsch entspringt einer ernsten und verständlichen Sorge des Gauleiters um das gesundheitliche Wohl der hiesigen deutschen Menschen. Im Gau leben nämlich ungefähr 20-25 000 Polen, die nach ärtzlichen Gutachten als unheilbar lungenkrank anzusprechen sind und nicht wieder arbeiseinsatzfähig werden. Diese Polen bilden mit Rücksicht darauf, dass sie insbesondere in den Städten sehr eng zusammengedrängt werden mussten und andererseits mit der deutschen Bevölkerung ständig in Berührung kommen, einen ungeheuer grossen Ansteckungsherd, der schnellstens eingedämmt werden muss. Im anderen Falle ist damit zu rechnen, dass zahlreiche Deutsche infiziert werden und schwerste gesundheitliche Schädigungen unter der deutschen Bevölkerung eintreten. Bereits heute mehren sich die Fälle, dass Deutsche, darunter auch Angehörige der Polizei von Polen infiziert wurden und an der Tbc. erkrankten.

Ich halte bei dieser Sachlage die vom Gauleiter angestrebte

Lösung als die einzig mögliche und bitte, dem Reichsführer-SS entsprechend zu berichten.

Mit kameradschaftlichen Grüssen und

Heil Hitler

[Unterschrift]

          

Traduction de la lettre de Koppe à Brandt du 3 mai 1942

 

Le Höhere SS- et Polizeiführer
du Reichsstatthalter de Posen,
Wehrkreis XXI

Posen, le    3 mai 1942.    
Fritz-Reuter-Straße 2a
Fernsprecher 6561-65
   Tgb.-Nr.: 132/42g     Secret!    

A l’attention du
bureau personnel du Reichsführer-SS,
pour: SS-Obersturmbannführer Brandt

Berlin SW 11 

Prinz Albrecht Str. 8

Objet: Polonais atteints de tuberculose.

Cher camarade Brandt!

Je vous prie de soummettre la question suivante au Reichsführer-SS:

Le Gauleiter [Greiser] s’apprête à demander la permission au Reichsführer-SS de confier au Kommando Lange pour traitement spécial ces Polonais manifestement atteints de tuberculose déclarée. Cette requête est motivée par la préoccupation sérieuse et compréhensible préoccupation du Gauleiter pour la santé des Allemands de la région. Vivent en effet dans le Gau environ vingt à vingt-cinq mille Polonais qui, selon l’avis des médecins, sont atteints de tuberculose incurable et ne seront plus en mesure de travailler. Dans la mesure où ces Polonais sont rassemblés dans la promiscuité, surtout dans les villes et qu’ils sont amenés à être en permanence en contact avec la population allemande, ils constituent une source majeure de contagion qui doit être maîtrisée le plus rapidement possible. Dans le cas contraire, nous devons nous attendre à l’infection d’un nombre important d’Allemands et aux dégâts sanitaires les plus graves pour la population allemande. Déjà aujourd’hui, se multiplient les cas d’Allemands infectés par des Polonais, notamment parmi mes membres des forces de police, qui sont atteints de la tuberculose.

Dans cette situation, je considère comme seule possible, la solution

proposée par le Gauleiter et je demande que le Reichsführer-SS soit informé en conséquence.

Cordiales salutation et

Heil Hitler

[signature]

          

Sources de la lettre de Koppe à Brandt du 3 mai 1942

Ce document est connu comme la pièce NO-247 dans les procès de Nuremberg. Nous reprenons les scans et la transcription fournies par Holocaust Controversies (document 27). Nous n’avons pas trouvé de traduction française publiée, aussi proposons-nous la nôtre, a priori inédite.


Lettre de Brandt à Koppe du 14 mai 1942

Le 14 mai 1942, Himmler fait répondre à Wilhelm Koppe par son collaborateur le SS-Sturmbannführer Rudolf Brandt qu’il a pris note et transmis la demande à Heydrich. A ce moment, Himmler pense, et fait écrire explicitement, qu’une telle décision ne peut être prise que par Hitler, ce qui en confirme la gravité.

Fac-similé de la lettre de Brandt à Koppe du 14 mai 1942

Fac-Simile: Brand à Koppe le 14 mai 1942 .

Transcription de la lettre de Brandt à Koppe du 14 mai 1942

 

Führer-Hauptquartier          
14. Mai 1942    

    AR/38/11   Bra/V.

Besug:

Dort.Zch. Tgb.Nr. 132/42 g.

 G e h e i m 

Betr.:

An Tbs.ekrankte Polen.

 

An den
Höheren SS- und Polizeiführer
SS-Obergruppenführer  K o p p e ,

P o s e n  

Feitz Reuterstr.2a

Lieber Obergruppenführer!

Besten Dank für ihre Zuschrift vom 3.5.1942. Ich habe inzwischen eine Abschrift des von Gauleiter Greiser überschickten Vorschlages an den Ghef der Sicherheitspolizei [Heydrich] mit der Bitte um Stellungnahme gegeben. Der letzte Entscheid muß ja in dieser Angelegenheit vom Führer gefällt werden. Ich nehme an, daß der mit SS-Obergruppenführer Greiser und mit ihnen gelegentlich der SS-Obergruppenführer- und SS-Gruppenführerbesprechung darüber sprechen wird.

H e i l H i t l e r !

I.A.
 

  SS-Obersturmbannführer

     [signature]

          

Traduction de la lettre de Brandt à Koppe du 14 mai 1942

 

Quartier général du Führer          
14 mai 1942    

    AR/38/11   Bra/V.

Réf.:

Dort.Zch. Tgb.Nr. 132/42 g.

Secret

Obj.:

Polonais atteints de tuberculose

 

A l’attention du
chef supérieur de la SS et de la Police
le SS-Obergruppenführer Koppe,

P o s e n  

Feitz Reuterstr.2a

Cher Obergruppenführer!

Tous mes remerciements pour votre courrier du 3 mai 1942. J'ai adressé une copie de la suggestion du Gauleiter Greiser au Chef de la Police de Sécurité [Heydrich]. De toutes façons la décision finale sera prise par le Führer. Je suppose que la question sera discutée avec vous et le SS-Obergruppenführer Greiser à la réunion des SS-Obergruppenführer et SS-Gruppenführer.

H e i l H i t l e r !

I.A.
 

  SS-Obersturmbannführer

     [signature]

          

Sources de la lettre de Brandt à Koppe du 14 mai 1942

Ce document est connu comme la pièce NO-248 dans les procès de Nuremberg. Le scan est tiré du photostat. Nous avons effectué nous-mêmes transcription et traduction, même si on en trouve de partielles dans la littérature (par exemple dans François Bayle, Croix gammée contre caducée: les expériences humaines en Allemagne pendant la deuxième Guerre mondiale, Paris: Impr. nationale, 1950, p. 850). L’original est conservé en Allemagne sous la cote BAB, NS 19/1585, fol. 7 (Michael Alberti, Die Verfolgung und Vernichtung der Juden im Reichsgau Wartheland 1939-1945, p. 406).


La lettre à Heinrich Himmler du 9 juin 1942

Le 9 juin 1942, un haut fonctionnaire nazi (non identifié) fait parvenir un courrier à Heinrich Himmler, visiblement en réponse à un courrier interne du 21 mai précédent (qui ne nous est pas parvenu) où semble-t-il Himmler lui demandait son avis sur le proposition de Greiser. L’auteur de cette réponse y exprime son accord de principe avec les meurtres préventifs proposés par Greiser, mais attire toutefois l’attention du Reischführer sur la nécessaire discrétion qui doit accompagner l’opération, ce qui ne se comprend évidemment que dans la mesure où il s’agit bien d'un projet meurtrier.

Fac-similé de la lettre à Heinrich Himmler du 9 juin 1942

Fac-Simile: lettre à Himmler du 9 juin 1942

Transcription la lettre à Heinrich Himmler du 9 juin 1942

 

Der Chef der Sicherheitspolizei
und des SD
  IV D 2 c - 193/42 g.Rs.  
Bitte in der Antwort vorstehendes Geschäftszeiche

und Datum anzugeben

Berlin SW 11, den   9. Juni   1942.
Prinz-Albrecht-Straße 8.
Fernsprecher 12 00 40
 Geheime Reichssache ! 
    
 Schnellbrief 

An den
Reichsführer SS
und den Chef der Deutschen Polizei

Führerhauptquartier

Betr.: 

Sonderbehandlung von an unheilbarer Tbc. erkrankten Polen im Reichsgau Wartheland

Vorg.: 

Schrb. des Persönlichen Stabes vom 21.5.42 - 1215/42 - Me/Bn. -

Ich habe keine Bedenken dagegen, dass die im Gebiet es Reichsgaues Wartheland lebenden, mit offener Tuberkulose behafteten Schutzangehörigen und Staatenlosen polnischen Volkstums, soweit ihre Krankheit nach amtsärtzlicher Feststellung unheilbar ist, der Sonderbehandlung im Sinne des Vorschlages von Gauleier Greiser unterzogen werden.

Die einzelnen Maßnahmen werden jedoch mit der Sicherheitspolizei eingehend besprochen werden müssen, damit die Durchführung möglichst unauffällig erfolgen kann.

In Vertretung.
  [Unterschrift]

Traduction la lettre à Heinrich Himmler du 9 juin 1942

 

Le chef de la Police de Sécurité
et du SD
  IV D 2 c - 193/42 g.Rs.  
Veuillez indiquer dans votre réponse le numéro de

référence et la date ci-dessus

Berlin SW 11, le   9 juin 1942.
Prinz-Albrecht-Straße 8.
Fernsprecher 12 00 40
 Affaire du Reich, Secret ! 
    
 Note 

A l’attention du
Reichsführer SS
et Chef de la Police Allemande

Quartier général du Führer

Objet.: 

Traitement spécial des Polonais affectés de tuberculose incurable au sein du Reichsgau Wartheland

Réf.: 

Lettre du bureau personnel [du Reichsführer] du 21.5.42 - 1215/42 - Me/Bn. -

Je n’ai aucune réserve contre le fait de soumettre au traitement spécial, dans le sens de la proposition du Gauleiter Greiser, les membres du protectorat et personnes apatrides de race polonaise vivant dans le territoire du Reichsgau Wartheland et atteintes de tuberculose déclarée, du moment que leur maladie est incurable selon le diagnostic d’un médecin assermenté.

Toutefois, les mesures individuelles devront être discutées en détail avec la Police de Sécurité afin qu'elles puissent être mises en œuvre de manière aussi discrète que possible.

Par délégation
  [signature]

Sources de la lettre à Himmler du 9 juin 1942

Ce document est connu comme la pièce NO-245 dans les procès de Nuremberg. Nous reprenons les scans et la transcription fournies par Holocaust Controversies (document 29). Nous n’avons pas trouvé de traduction française publiée, aussi proposons-nous la nôtre, a priori inédite. Selon Holocaust Controversies, l’auteur de ce courrier pourrait être Erwin Weinmann.


La lettre à Rudolf Brandt du 25 juin 1942

Le 25 juin 1942, un haut fonctionnaire nazi (non identifié) fait parvenir un courrier à Rudolf Brandt, adjoint de Himmler, faisant état d’une certaine agitation autour de cette affaire, dans l’attente d’une décision de Himmler. Ce courrier semble suggérer que deux milles polonais malades aient déjà pu être assassinés.

Fac-similé de la lettre à Rudolf Brandt du 25 juin 1942

Fac-Simile: lettre à Rudolf Brandt du 25 juin 1942

Transcription de la lettre à Rudolf Brandt du 25 juin 1942

 

Berlin, den 25. Juni 1942     

Lieber Rudi!

Vor einiger Zeit wurde ein Bericht vom Reichssicherheitshauptamt als geheime Reichssache betr. Sonderbehandlung von 2000 tuberkulosen Polen heraufgegeben. Der Bericht war an Deine Anschrift gerichtet. SS-H'stuf. Fälschlein hat, da es eine geheime Reichssache war, Quittung geleistet. Ich glaube, daß Fälschlein Dir den Vorgang kurzhändig übergeben hat.

Da in dieser Angelegenheit eine Entscheidung des Reichsführers SS herbeigeführt werden soll und die sachbearbeitetende Abteilung des Hauses mir so langsam durch ihre ewigen Nachfragen auf den Wecker fällt, bitte ich Dich, mir doch mitzuteilen, ob du von der ganzen Angelegenheit irgendeinen blassen Schimmer hast.

Es grüßt dich herzlich

Dein     

[Unterschrift]        

Traduction de la lettre à Rudolf Brandt du 25 juin 1942

 

Berlin, le 25 juin 1942     

Cher Rudi!

Il y a quelques temps, un rapport estampillé secret du Reich, émanant du Bureau Central de Sécurité du Reich, concernant le traitement spécial de deux mille Polonais malades de la tuberculose m’a été transmis. Ce rapport avait été envoyé à ton adresse. Dans la mesure où il était marqué top-secret, le SS-Hauptsturmführer Faelschlein en a signé un reçu. Je pense que Faelschlein t’a transmis toute l’affaire sans retard.

Puisque que nous attendons une décision du Reichsführer SS [Himmler] et puisque le département concerné de la boîte commence à m’énerver avec ses demandes incessantes, je te supplie de me faire savoir si tu as la moindre idée de ce qu’il en est de toute cette affaire.

Je te salue chaleureusement,

Ton     

[signature]        

Sources de la lettre à Rudolf Brandt du 25 juin 1942

Ce document est connu comme la pièce NO-252 dans les procès de Nuremberg. Nous reprenons les scans et la transcription fournies par Holocaust Controversies (document 31). Nous n’avons pas trouvé de traduction française publiée, aussi proposons-nous la nôtre, a priori inédite. Selon Holocaust Controversies, l’auteur de ce courrier pourrait être Herbert Fischer.


Réponse de Heinrich Himmler à Arthur Greiser du 27 juin 1942

Sans qu’on sache s’il a sollicité l’avis de Hitler, le 27 juin 1942 Heinrich Himmler finit par donner son accord de principe à Arthur Greiser, selon des termes qui, une fois de plus, sont parfaitement clairs malgré le langage de camouflage utilisé. Toutefois, Himmler insiste lui-aussi sur la nécessité de discrétion qui doit primer pour mener à bien l’opération, ce qui en confirme évidemment la nature.

Fac-similé de la réponse de Heinrich Himmler à Arthur Greiser du 27 juin 1942

Fac-Simile: Himmler à Greiser le 27 juin 1942

Transcription de la réponse de Heinrich Himmler à Arthur Greiser du 27 juin 1942

Geheime Reichssache!
 

   Der Reichsführer-SS
 Tgb.Nr. 1247/42
 Bezug: Dort.v. 1.5.1942 P 802/42
  Bra/V.

Führer-Hauptquartier    
27. Juni 42
Geheim        

Reichstatthalter SS-Obergruppenführer Greiser, Posen  

1.)   

Lieber Parteigenosse G r e i s e r !

Es ist mir leider erst heute möglich abschließend auf ihren Brief vom 1.5.1942 zu antworten.

Ich habe keine Bedenken, daß die im Gebiet des Reichsgaues Wartheland lebenden, mit offener Tuberkulose behafteten Schutzangehörigen und Staatenlosen polnischen Volkstums, soweit ihre Krankheit nach amtsärtzlicher Feststellung unheilbar ist, der Sonderbehandlung im Sinne ihes Vorschlages unterzogen werden. Ich würde jedoch bitten, daß die einzelnen Maßnahmen vorher mit der Sicherheitspolizei eingehend besprochen werden, damit die Durchführung möglichst unaufällig erfolgen kann.

   H e i l   H i t l e r !
I h r
 
gez. H.Himmler
 
 

2.)   

SS-Obergruppenführer Koppe
 

3.)   

Reichssicherheitshauptamt
 
 

   

durchschriftlich mit der Bitte um Kenntnisnahme übersandt.
 
 
 

   

I.A.
 

SS-Obersturmbannführer  
 
 

Traduction de la réponse de Heinrich Himmler à Arthur Greiser du 27 juin 1942

Affaire du Reich, Secret !
 

   Le Reichsführer-SS
 Tgb.Nr. 1247/42
 Réf: votre courrier du 1.5.1942 P 802/42
  Bra/V.

Quartier Général du Führer
27 juin 1942
Secret        

Gouverneur du Reich, SS-Obergruppenführer Greiser, Posen  

1.)   

Cher camarade Greiser!

Il m’a malheureusement fallu attendre jusqu’à aujourd’hui pour répondre à votre lettre du 1er mai 1942.

Il m’a malheureusement fallu attendre jusqu’à aujourd’hui pour répondre à votre lettre du 1er mai 1942. Je n’ai rien contre l’idée que dans la région du Reichgau du Wartheland les citoyens protégés ou apatrides de souche polonaise, atteints de toute évidence de tuberculose, dans la mesure où selon le diagnostic médical leur affection est incurable, soient soumis à un traitement spécial tel que vous l’entendez. Je demanderais toutefois que les mesures prises cas par cas soient d’abord très précisément concertées avec la Police de sécurité, de telle sorte que leur mise à exécution soit la plus discrète possible.

   H e i l   H i t l e r !
I h r
 
Votre H. Himmler
 
 

2.)   

SS-Obergruppenführer Koppe
 

3.)   

Office central de Sécurité du Reich
 
 

   

Copie envoyée pour information.
 
 
 

   

I.A.
 

SS-Obersturmbannführer  
 
 

Sources de la réponse de Heinrich Himmler à Arthur Greiser du 27 juin 1942

Ce document est connu comme la pièce NO-244 dans les procès de Nuremberg. Nous reprenons les scans et la transcription fournies par Holocaust Controversies (document 32). La traduction en français du paragraphe principal se trouve dans Nobert Frei, L’état hitlérien et la société allemande, Seuil, 1994, p. 271-272 (une erreur figure dans la version française comme dans la version originale sur la date de ce courrier, donnée, de façon erronée comme du 27 juillet 1942).


La lettre de Kurt Blome à Arthur Greiser du 18 novembre 1942

Kurt Blome, chef des médecins du Reich, chef du service de santé du parti, est ce médecin dont Greiser évoque qu’il a la même préoccupation que la sienne dans sa lettre à Himmler du 1er mai 1942. Le 18 novembre 1942, il adresse un très long courrier à Greiser, toujours sur le même sujet, où se donne à voir le fonctionnement de la mentalité nazie: aucun scrupule de principe à assassiner en masse, mais souci de ne pas susciter de scandale public. Cette très longue lettre est absolument hallucinante, dans un corpus documentaire qui est pourtant déjà particulièrement spectaculaire. Bien évidemment Blome confirme la nature radicale de ce qui est désigné par «traitement spécial». D’ailleurs, à plusieurs reprises, Blome entoure cette expression de guillemets, soulignant ainsi qu’il s’agit bien d’un langage codé qui désigne une réalité radicale. Si radicale que Blome insiste pour que l’autorisation d’appliquer le «traitement spécial» aux Polonais incurables soit explicitement demandée à Hitler… Blome ne peut éviter de dire les choses très clairement lorsqu’il écrit, par exemple, que le scénario dont il est question consiste à prétendre soigner les malades mais «qu’en réalité ils ne reviennent jamais»! Un autre exemple se trouve page 5, lorsque Kurt Blome envisage comme alternative moins radicale un isolement total des malades incurables et leur regroupement en un lieu où ils «mourraient rapidement», lieu que Kurt Blome, désigne lucidement comme «camp de la mort»… Autre intérêt de la lettre de Blome, ses références explicites à l’opération d’«euthanasie», de toute évidence comparable avec la solution radicale, le traitement spécial.

Fac-similé de la lettre de Kurt Blome à Arthur Greiser du 18 novembre 1942

Fac-Simile: Blome à Greiser le 18 novembre 1942, page 1

Fac-Simile: Blome à Greiser le 18 novembre 1942, page 2

Fac-Simile: Blome à Greiser le 18 novembre 1942, page 3

Fac-Simile: Blome à Greiser le 18 novembre 1942, page 4

Fac-Simile: Blome à Greiser le 18 novembre 1942, page 5

Fac-Simile: Blome à Greiser le 18 novembre 1942, page 6

Fac-Simile: Blome à Greiser le 18 novembre 1942, page 7

Transcription de la lettre de Kurt Blome à Arthur Greiser du 18 novembre 1942

 

    Abschrift!  

    Abschrift!  

Dr.med. B l o m e
stellv.Leiter
des Hauptamtes für Volksgesundheit der
NSDAP

 Berlin, SW 68, den 18.November 1942.
 Lindenstraße. 42.

An den
Reichsstatthalter und Gauleiter
Parteigenossen G r e i s e r,

P o s e n. 

Posen. 

Betr.: Tuberkulose-Aktion im Warthegau.

Betr.: Tuberkulose-Aktion im Warthegau.

Sehr geehrter Parteigenosse Greiser,

heute komme ich zurück auf unsere verschiedenen Besprechungen über die Tuberkulosebekämpfung in Ihrem Gau und gebe Ihnen — wie am 9. ds. Mts. in München vereinbart — ein umfassendes Bild der Lage, wie sie sich mir zeigt:

Die Voraussetzungen, alle Tuberkulosekranken in Ihrem Gau schnell zu erfassen, sind gegeben, die Gesamtbevölkerung des Gaues beträgt rund 4,5 Millionen Menschen, davon etwa 835.000 Deutsche. Nach den bisherigen Beobachtungen liegen die Erkrankungsziffern an Tuberkulose im Warthegau weit über der Durchschnittszahl des Altreichs. Für 1939 wurde errechnet, daß unter den Polen etwa 35.000 offene Tuberkulöse und ausschließlich dieser Zahl 120.000 andere, behandlungsbedürftige Tuberkulöse vorhanden sind. Dabei muß erwähnt werden, daß trotz des Abschiebens eines Teiles der Polen in den weiteren Osten die Zahl der Erkrankten mindestens die gleiche Höhe hat wie 1939. Da infolge des Krieges die Wohn- und Ernährungsverhältnisse gegenüber dem Jahre 1939 zunehmend schlechter geworden sind, muß sogar mit höheren Zahlen gerechnet werden.

Mit der Einsiedlung von Deutschen in alle Teile des Gaues ist für diese eine ungeheure Gefahrenquelle erwachsen. Täglich fallen eine Anzahl von Beispielen für die Infektion von gesiedelten deutschen Kindern und Erwachsenen an.

Was für den Warthegau gilt, muß in etwa auch für

die  

die  

– 2 –

die anderen neu eingegliederten Gebiete, wie Danzig-Westpreußen, die Regierungsbezirke Ziechenau und Kattowitz gelten. Es liegen Fälle vor, daß im Warthegau angesetzte Deutsche sich wegen der Infektionsgefahr weigern, ihre Familien nachzuholen. Machen solche Beispiele erst Schule und sehen unsere Landsleute, daß in bezug auf den Kampf gegen die Tuberkulose bei den Polen nicht entsprechende Maßnahmen getroffen werden, so ist damit zu rechnen, daß der notwendige weitere Zustrom gehemmt wird. Damit aber könnte das Siedlungsprogramm für den Osten in ein unerwünschtes Stadium eintreten.

Es muß daher bald etwas Grundlegendes geschehen. Es ist zu prüfen, in welcher Form dies möglichst gründlich durchgeführt werden kann. Drei Wege kommen in Frage:

1.) Sonderbehandlung der Schwerkranken
2.) Strengste Asylierung der Schwerkranken
3.) Schaffung eines Reservats für alle Tb-Kranken.

Bei der Planung sind verschieden wichtige Gesichtspunkte sachlicher, politischer und psychologischer Art zu beachten. Bei nüchternster Betrachtung wäre der einfachste Weg folgender: wir erfassen mit Hilfe des Röntgensturmbannes in der ersten Hälfte des Jahres 1943 die Gesamtbevölkerung des Gaues, also Deutsche und Polen. Für die Deutschen ist die Behandlung und Asylierung nach den Vorschriften der Tuberkulosehilfe vorzubereiten und durchzu-

  führen.    

  führen.    

– 3 –

führen. Die etwa 35.000 unheilbaren und ansteckungsfähigen Polen werden "sonderbehandelt". Die übrigen polnischen Tuberkulösen werden einer entsprechenden Heilbehandlung zugeführt, um sie dem Arbeitsprozeß zu erhalten und ihre Ansteckungsfähigkeit nicht aufkommen zu lassen.

Auf Ihren Wunsch hin habe ich die entsprechenden Vorbereitungen mit den in Frage kommenden Stellen getroffen, um dieses Radikalverfahren anlaufen und innerhalb eines halben Jahres durchführen zu lassen. Sie sagten mir, daß Sie von zuständiger Stelle die Zustimmung für die Sonderbehandlung erhalten und auch die entsprechende Unterstützung zugesagt bekommen haben. Bevor aber die Aktion nun endgültig anläuft, halte ich es für richtig, daß Sie sich noch einmal ausdrücklich dahingehend versichern, daß der Führer mit einer solchen Lösung wirklich auch einverstanden ist.

Ich könnte mir denken, daß der Führer, nachdem er schon vor längerer Zeit die Aktion in den Irrenanstalten abgestoppt hat, im Augenblick eine "Sonder-Behandlung" der aussichtslosen Kranken politisch nicht für zweckmäßig oder tragbar hält. Bei der Euthanasie-Aktion handelte es sich um erbkranke Menschen deutscher Staatsangehörigkeit. Jetzt würde es sich um Infektionserkrankte eines unterworfenen Volkes handeln.

Daß der in Aussicht genommene Weg die einfachste und radikalste Lösung darstellt, steht außer allem Zweifel. Wenn die Garantie einer restlosen Geheimhaltung gegeben wäre, könnte man Bedenken — gleich welcher Art — zurückstellen. Ich halte aber eine Geheimhaltung einfach für unmöglich.

 Daß.  

 Daß.  

– 3a –

Daß diese Annahme zutrifft, dürfte die Erfahrung gelehrt haben. Wenn nun diese Kranken — wie geplant — in das Altreich angeblich zur Behandlung bzw. Heilung geschickt werden, in Wirklichkeit aber nicht zurückkommen, so merken eines Tages auch bei der besten Geheimhaltung die Angehörigen der Kranken, daß hier "irgend etwas nicht in Ordnung geht". Es ist auch zu bedenken, daß sich sehr viele polnische Arbeitskräfte im Altreich befinden, diese Rückfragen über den Verbleib ihrer Angehörigen halten, daß eine gewisse Anzahl Deutscher mit Polen verwandt oder verschwägert ist, also auf diese Weise vom Abtransport der Kranken Kenntnis erhält. Sehr bald würden bestimmte Nachrichten über die Aktion durchsickern, die von der feindlichen Auslandspropaganda aufgegriffen werden. In welcher Form dies geschieht und welcher Methoden man sich dabei bedient, das hat die Euthanasie-Aktion gelehrt. Politisch dürfte diese neue Aktion noch mehr ausgewertet werden, da es sich hier um Angehörige einer besiegten Nation handelt. Auch die Kirche wird nicht schweigen. — Man wird auch nicht bei der Polemik über diese Aktion stehenbleiben. Gewisse Kreise, die daran interessiert sind, werden das Gerücht im Volk ausstreuen, daß man gleiche Methoden in Zukunft auch gegenüber den deutschen Tuberkulösen anwenden wird. Ja, daß damit zu rechnen ist, daß in Zukunft mehr oder weniger alle unheilbare Kranken erledigt würden. Ich erinnere in diesem Zusammenhang an das immer wiederkehrende Beispiel aus jüngster Zeit, wo die ausländischen Sender in Zusammenhang mit der Ernennung von Prof. Brandt zum Generalkommissar die Nachricht verbreiteten, daß sein Auftreten dahin gehe, sich um die Schwerversehrten möglichst wenig, aber um die Wiederherstellung der Leicht

 verwundeten      

 verwundeten      

– 4 –

verwundeten um so mehr zu kümmern. Und Schwarzhörer gibt es mehr als genug.

Es ist des weiteren in Rechnung zu stellen, daß das beabsichtigte Verfahren für unsere Feinde ein ausgezeichnetes Propagandamaterial nicht nur bei den italienischen Ärzten und Wissenschaftlern, sondern beim ganzen italienischen Volk infolge der starken katholischen Bindungen abgibt. Daß der Feind die Ärzteschaft der Welt mobilisieren wird, steht ebenfalls außer allem Zweifel. Und dies ist ja um so leichter möglich, als von altersher die allgemeine Auffassung vom ärztlichen Tun und Handeln dahin geht, "dem armen, unschuldigen Kranken sein Leben möglichst lange zu erhalten und seine Leiden zu mildern".

Ich glaube daher, daß dem Führer diese Gesichtspunkte vor Beginn der Aktion vorgetragen werden müssen, denn meines Erachtens kann nur er allein alle Zusammenhänge übersehen und entscheiden.

Sollte der Führer die Radikallösung ablehnen, so müssen entsprechende Vorbereitungen für einen anderen Weg getroffen werden. Eine geschlossene Ansiedlung aller polnischen Tuberkulösen, also der Nichtheilbaren wie der Heilbaren, wäre eine Möglichkeit, um eine Isolierung der Infektiösen sicherzustellen. Man könnte die direkten Familienangehörigen, soweit sie den Wunsch hierzu haben, mit ansiedeln, so daß Pflege und Unterhalt gewährleistet wären. Aus Gründen des Arbeitseinsatzes könnte man in solchen Gebieten außer Land und Forstwirtschaft auch gewisse Industriezweige entwickeln. Ob sie eine solche Möglichkeit innerhalb Ihres Gaues sehen,

 entzieht  

 entzieht  

– 5 –

entzieht sich meiner Beurteilung. Ich könnte mir auch denken, daß man ein gemeinsames Ansiedlungsgebiet nicht nur für die Tuberkulösen Ihres Gaues, sondern auch für die der Gaue Danzig-Westpreußen, des Regierungsbezirkes Ziechenau und der Provinz Oberschlesien schaffen könnte. Um die öffentlichen Verkehrsmittel nicht unnütz zu belasten, könnte die Umsiedlung im Treck geschehen. Dies wäre eine Lösung, welche propagandistisch in der Welt kaum gegen uns ausgeschlachtet werden könnte, die andererseits auch nicht den Anlaß für blöde Gerüchtemacherei in der Heimat abgibt.

Als eine weitere Lösung könnte man die restlose Asylierung der infektiösen, aussichtslosen Tuberkulösen in strenger Abgeschlossenheit ins Auge fassen. Diese Lösung würde zu einem verhältnismäßig schnellen Absterben der Kranken führen. Bei der notwendigen Zugabe von polnischen Ärzten und Pflegepersonal würde dies den Charakter eines reinen Sterbelagers in gewisser Weise abmildern.

In Ihrem Gau stehen zur Zeit folgende polnische Unterbringungsmöglichkeiten zur Verfügung:

Heilstätten Waldrose 400  Betten.
Heilstätten "Große Wiese"300  Betten.
an kleineren Anstalten200  Betten.
Barackenlager, Liebstadt,Krs. 
Leslau ab 1.1.1943
 1000  Betten.
insgesamt also1900  Betten.

Würde die Radikallösung, also der Weg Nr. 1, nicht in Frage kommen, dann müßten entsprechend Vorschlag 2 oder 3 die notwendigen Voraussetzungen geschaffen werden.

 Wir      

 Wir      

– 6 –

Wir müssen uns darüber klar sein, daß unter den Kriegsverhältnissen nicht die Möglichkeiten gegeben sind, eine halbwegs ordnungsgemäße Behandlung der heilungsfähigen Tuberkulosen durchzuführen. Dazu wäre nämlich die Schaffung einer weiteren Bettenzahl von mindestens 10.000 nötig. Diese Zahl unter der Voraussetzung, daß die Aktion in einem halben Jahr durchgeführt wird.

Bei sachgemäßer Prüfung aller dieser Bedenken und Umstände erscheint als der gangbarste Weg die Errichtung eines Reservats, so wie man dieses ja auch von den Lepra-Kranken her kennt. Ein solches Reservat müßte sich auch in kürzester Zeit durch entsprechende Umsiedlung schaffen lassen. Innerhalb eines Reservats könnte man mit einfachen Mitteln auch eine strenge Isolierungsmöglichkeit für die schwer ansteckenden Tuberkulösen erstellen.

Schon die Versorgung der deutschen Tuberkulösen stellt den Gau vor außerordentlich schwierige Aufgaben. Diese können aber nicht gemeistert werden, ohne gleichzeitig das Problem der polnischen Tuberkulösen einer erfolgreichen Lösung zuzuführen.

Heil Hitler!

Ihr

gez.: Dr. Blome

    

 
 

Traduction de la lettre de Kurt Blome à Arthur Greiser du 18 novembre 1942

 

    Copie!  

    Copie!  

Docteur Blome
directeur adjoint
du Bureau central de la Santé publique
du NSDAP

 Berlin, SW 68, le 18 novembre 1942
 Lindenstraße. 42.

A l’attention du
Reichsstatthalter et Gauleiter
camarade Greiser,

Posen. 

Posen. 

Objet: Action tuberculose dans le Warthegau

Objet: Action tuberculose dans le Warthegau

Très honoré camarade Greiser,

Je reviens aujourd’hui sur les divers entretiens que nous avons eus au sujet de la lutte contre la tuberculose dans votre province et je me propose, comme convenu à Munich le 9 courant, de vous donner une image globale de la situation telle que je la vois.

Les conditions d’un recensement rapide de tous les tuberculeux dans votre Gau sont maintenant réunies. Sa population totale s’élève à 4,5 millions d’habitants environ parmi lesquels quelque 835 000 Allemands. D’après les observations faites à ce jour, le nombre des tubereuleux dans le Wartheland dépasse de beaucoup le chiffre moyen pour l’ensemble de l’ancien Reich. On a calculé qu’en 1939 il y avait là environ 35 000 cas de tuberculose sans compter 120 000 autres cas de moindre gravité qui nécessitaient un traitement. Or, il faut remarquer que le chiffre des malades est aujourd’hui au moins aussi élevé qu’en 1939, alors qu'une partie de la population polonaise a été refoulée vers l’Est. Et comme par suite de la guerre, les conditions de vie et d’habitat n’ont cessé d’empirer depuis 1939, ıl faut même prévoir aujourd’hui des chiffres plus élevés.

En établissant des Allemands sur l’ensemble du territoire du Wartheland, on leur a fait courir des risques immenses. Chaque jour apporte de nouveaux exemples de contamination parmi les colons allemands, enfants où adultes.

Ce que je dis du Wartheland doit selon toute vraisemblance

être  

être  

– 2 –

être valable pour les autres territoires récemment annexés, Dantzig et Prusse ocidentale, circonscriptions de Ziechenau et de Kattowitz. Il arrive que des Allemands, aprés s'être fixés dans le Wartheland, se refusent a faire venir leur famille en raison des risques d’infection. Que ces exemples se multiplient, que nos compatriotes s’apercoivent qu’on ne prend pas les mesures nécessaires pour combattre la tuberculose chez les Polonais, et il faudra s’attendre à un ralentissement de l’afflux des colons, qui pourtant reste bien nécessaire. Or, c’est du même coup tout le programme de colonisation des territoires de l’Est qui pourrait traverser une passe difficile.

Il importe donc de prendre dans un bref délai des mesures radicales. Il convient d’examiner les formes que devront prendre ces mesures pour avoir le maximum d’efficacité. Trois formules peuvent être envisagées

1.) Le traitement spécial des malades gravement atteints
2.) L’isolement très strict de cette même catégorie de malades
3.) La création d’une réserve pour tous les tuberculeux

Divers points de vue d’inégale importance doivent entrer en ligne de compte dans le choix des moyens: le point de vue pratique, le point de vue politique et le point de vue psychologique. A considérer les choses d’un oeil réaliste, la méthode la plus simple serait la suivante: dans la première moitié de l’année 1943 nous examinons, avec l’aide de l’équipe des radiologues, l’ensemble de la population de la province, Allemands et Polonais. Pour les malades allemands, nous mettons au point et appliquons les méthodes de traitement et isolement conformes aux prescriptions de l'assistance aux tuberculeux.

– 3 –

Les quelque 35 000 Polonais inguérissables et contagieux sont soumis à un "traitement spécial". Un traitement approprié est réservé aux autres Polonais pour les garder en état de travailler et éliminer tout risque de contagion.

Comme vous m’en aviez exprimé le désir, j’ai pris les mesures nécessaires avec les organismes intéressés pour mettre éventuellement en route ces dispositions radicales et les mener à bien dans un délai de six Mois. Vous m’avez dit avoir obtenu de qui de droit d’appliquer le traitement spécial et la promesse du soutien qu’il implique. Il me semblerait cependant opportun de vous assurer une fois encore avant le déclenchement de l’opération si le Führer lui-même est vraiment partisan d’une telle solution.

Il n’est pas impossible en effet que le que le Führer qui, depuis un certain temps déja, a stoppé l’action menée dans les asiles d’aliénés, estime politiquement inopportun peu rentable de recourir le moment à un "traitement spécial" des malades condamnés. Dans le cadre de l’opération euthanasie, il s’agissait de sujets de nationalité allemande atteints de maladies héréditaires. Dans le cas présent, il s’agirait de sujets atteints d’une maladie infectieuse et qui sévit chez un peuple vaincu.

Il ne fait aucun doute que la formule envisagée précédemment ne soit la plus simple et la plus radicale. Si l’on pouvait, etre sûr du secret absolu, on pourrait laisser là les scrupules, quels qu’ils soient. Mais j’estime qu’il est impossible de garder le secret.

– 3a –

L’expérience confirme suffisamment le bien-fondé de cette façon de penser. Si done ces malades sont — comme prévu — envoyés dang l’ancien Reich, soi-disant pour y être soignés et même guéris et, en réalité ne reviennent jamais, leurs proches parents se rendront compte un jour ou l’autre, le secret si bien gardé soit-il, "qu’il y a quelque chose qui ne va pas". Il ne faut pas oublier non plus qu’il y a dans le Reich un tres grand nombre d’ouvriers polonais qui poseront des questions sur le séjour prolongé de leurs parents, qu’un certain nombre d’Allemands sont plus ou moins proches parents de Polonais et qu’ils auront par connaissance de l’évacuation des malades. L’opération donnerait très rapidement naissance à certains bruits dont la propagande étrangère s’emparerait aussitôt. L’opération euthanasie nous a enseigné comment les choses se passent et quelles sont les méthodes utilisées dans ces cas-là. On peut même penser que, politiquement, cette nouvelle opération serait encore plus blâmée du fait qu’il s’agit là de gens appartenant à une nation vaincue. L’Eglise, de son côté, ne resterait pas silencieuse. De plus, la polémique déborderait le cadre de cette opération particulière. Le bruit serait répandu par certains milieux, qui ont intérêt à agir de la sorte que les mêmes méthode seraient employées pour les tuberculeux allemands, bien plus, qu’il faudrait s’attendre désormais qu’on se débarassât ainsi de la plupart des malades inguérissables. Je vous renvoie, dans cet ordre d’idées à l’exemple souvent cité que nous avons connu il n’y a pas très longtemps, lors de la nomination du professeur Brandt au poste de commissaire général: les émetteurs étrangers ont répandu le bruit qu’il fallait voir dans cette promotion un signe d’une volonté de se préoccuper le moins possible des blessés graves pour mieux se consacrer

– 4 –

au rétablissement des blessés légers. Et l’on sait qu’il n’y a que trop d’auditeurs clandestins.

Il faut tenir largement compte du fait que le procédé envisagé fournirait à nos ennemis une excellente occasion de propagande non seulement auprès des médecins et savants italiens, mais auprès du peuple italien tout entier, en raison de ses fortes attaches avec le catholicisme. Il ne fait également aucun doute que l’ennemi ameuterait le corps médical du monde entier. Et la chose serait d’autant plus facile que partout et de tout temps le but assigné à la médecine a été de "conserver le plus longtemps possible la vie du pauvre et innocent malade, et d’en adoucir les souffrances".

Je crois donc qu’il faut soumettre ces différents points de vue au Führer avant de donner l’ordre de l’opération, car lui seul, à mon sens, peut avoir une vue d’ensemble du problème et prendre la décision.

Si le Führer repoussait la solution radieale, les mesures nécessaires devraient être prises pour préparer une autre solution du problème. Il serait possible par exemple d’envisager la création d’une colonie formée comprenant tous les Polonais, guérissables et inguérissables, procédé qui assurerait l’isolement du foyer d’infection. On pourrait, pour autant qu’ils en exprimeraient le désir, intégrer à cette colonie les proches parents des malades, de sorte que seraient assurés du même coup soins et entretien des malades. Peut-être pourrait-on, pour employer la main-d’oeuvre, développer dans ces régions, outre l’agriculture et l’exploitation forestière,

– 5 –

certaines branches de l’industrie. Je ne suis pas en mesure de juger si cette possibilité s’offre à vous dans votre province. Par ailleurs, il ne serait peut-être pas impossible de créer une colonie commune où seraient rassemblés non seulement les tubereuleux de votre région, mais aussi ceux des régions de Dantzig et de Prusse occidentale, ceux de la circonscription de Ziechenau et ceux de la province de Haute-Silésie. Pour ne pas surcharger inutilement les transports publics, le déplacement des populations pourrait être effectué dans des fourgons. Cette solution aurait l’avantage de ne pouvoir être exploitée contre nous et de n’offrir aucune prise à ceux qui font courir les bruits les plus stupides dans notre pays.

On peut envisager encore une autre solution, à savoir l’internement et l’isolement total des tuberculeux contagieux et condamnés. Cette solution conduirait à la mort relativement rapide des malades. L'adjonction nécessaire de médecins et d’un personnel infirmier polonais enlèverait dans une certaine mesure à ce regroupement son caractère de camp de la mort.

Les possibilités d’hébergement de votre province sont actuellement les suivantes:

Maisons de repos Waldrose 400  lits.
Maisons de repos "Große Wiese"300  lits.
Etablissements plus petits200  lits.
Barraquements de Liebstadt, district de 
Leslau à partir du 1er janvier 1943
 1000  lits.
Au total donc1900  lits.

A supposer que la solution radicale à savoir la méthode no 1, ne soit pas retenue, il faudrait prendre les mesures appropriées pour mettre en application les projets 2 ou 3.

– 6 –

Il faut bien se rendre compte qu’en temps de guerre nous n’avons pas la possibilité d’appliquer aux tuberculeux guérissables un traitement conforme, ne serait-ce que d’assez loin, aux prescriptions médicales. I1 faudrait pour cela disposer d’au moins 10 000 lits supplémentaires, à supposer que l'action soit menée à bien dans un délai de six mois.

Un examen objectif de toutes ces conditions et de ces objections révèle que la méthode la plus valable est la création d’une réserve semblable à celle où l’on garde les lépreux. Il conviendrait de créer cette réserve dans les plus brefs délais et par conséquent d’organiser sans tarder le transfert de population qu’elle implique. On pourrait d’ailleurs, à l’intérieur de cette réserve, établir avec des moyens très simples un îlot où les tuberculeux les plus contagieux seraient strictement isolés.

A elle seule, la prise en charge des tuberculeux allemans place l'administration devant des tâches extrêmement difficiles. Mais ces difficultés ne pourront être résolues si l’on ne trouve pas en même temps une solution satisfaisante au problème des tuberculeux polonais.

Heil Hitler!

Votre

très cher: Dr. Blome

    

 
 

Sources de la lettre de Kurt Blome à Arthur Greiser du 18 novembre 1942

Ce document est connu comme la pièce NO-250 dans les procès de Nuremberg. Nous reprenons les scans et la transcription fournies par Holocaust Controversies (document 34). Une traduction française complète a été publiée en 1963 dans Cahiers Pologne-Allemagne, vol. 16 no 1, janvier-mars 1963, p. 122-126. Bien que datée, nous l’avons conservée en l’état, à quelques modifications mineures près. Une autre traduction quasi complète (quelques incises mineures non signalées) apparaît dès 1950 dans François Bayle, Croix gammée contre caducée: les expériences humaines en Allemagne pendant la deuxième Guerre mondiale, Paris: Impr. nationale, 1950, p. 851-853. En dehors de ces deux publications, ce document n’avait jamais, à notre connaissance, été republiée depuis, sous quelque forme que ce soit, et très rarement signalé dans la littérature savante francophone.


Lettre de Arthur Greiser à Heinrich Himmler du 21 novembre 1942

Suite au courrier de Kurt Blome, Greiser se tourne vers Himmler afin d’obtenir de sa part la confirmation de l’autorisation déjà reçue le 27 juin précédent, mais en cherchant à se couvrir toutefois puisqu’il communique à Himmler la lettre de Blome. Greiser se dit surpris des réticences de dernière minute d’un Blome avec qui il travaille sur le sujet depuis longtemps et argumente contre une sollicitation de la permission d’Hitler en révélant au passage que, pour l’extermination des Juifs dans le Warthegau, Hitler lui avait donné carte blanche.

Fac-similé de la lettre de Arthur Greiser à Heinrich Himmler du 21 novembre 1942

Fac-Simile: Greiser à Himmler le 21 novembre 1942, page 1

Fac-Simile: Greiser à Himmler le 21 novembre 1942, page 2

Transcription de la lettre de Arthur Greiser à Heinrich Himmler du 21 novembre 1942

 

Der ReichsStatthalter
Im Reichsgau Wartheland

Posen, den   21. November 1942.
 
 
A.Z:P. 802/42      
 
 
  Geheime Reichssache!    

An

  Reichsführer-SS Heinrich H i m m l e r,      

 B e r l i n  SW 11.    

 B e r l i n  SW 11.    

Prinz Albrecht Str. 8. 

Reichsführer!

Mit ihrem Schreiben vom 27. Juni 1942 - Tgb.Nr. 1247/42 G.R. - gaben sie mir die Genehmigung, diejenigen Angehörigen des polnischen Volktums, die nachweisbar mit einer offenen und deshalb nicht mehr heilbaren Lungentuberkolose behaftet sind, einer Sonderbehandlung zuzuführen. Diese Sonderbehandlung der Schwerkranken kann natürlich erst stattfinden, wenn die gesamte Bevölkerung meines Gaugebietes daraufhin untersucht worden ist, wer heilbar und wer nicht heilbar ist. Die Untersuchungen werden nach dem verfahren des Professorrs Dr. Hohlfelder, der mit seinem Röntgensturmbann in diesen Wochen hier im Gau eingesetzt wird, demnächst anlaufen. Die erste Auswertung dieses Verfahrens wird schätzungsweise in einem halben Jahr möglich sein.

In diesem Stadium des Anlaufens erhebt nunmehr Herr Professor Dr. Blome in seiner Eigenschaft als stellvertretender Leiter des Hauptamts für Volksgesundheit der NSDAP. Bedenken bezüglich der Durchführung, die er mir in einem Schreiben vom 18. November zu Papier gebracht hat. Diese Bedenken kommen erst jetzt zum Ausdruck, trotzdem ich mit Herrn Dr. Blome ebenso wie mit Herrn Professor Hohlfelder den gesamten Verfahrensweg in monatelanger Vorarbeit geprüft, geklärt und geebnet hatte.

Ich erlaube mir, Ihnen eine Abschrift des Blome'

schen  

schen   

schen Briefes vom 18. November zur gefl. Kenntnisnahme zu übersenden mit der Bitte, insbesondere die Seiten 3, 3a und 4 zu lesen und mir alsdann mitteilen zu wollen, ob Sie es für nötig halten, den Führer über diesen Stand des Verfahrens zu unterrichten und evtl. zu befragen, oder ob ein solches Vorgehen verneint werden muß.

Ich für meine Person glaube nicht, daß der Führer in dieser Angelegenheit noch einmal befragt werden muß umso mehr, als er mir bei der letzten Rücksprache erst bezüglich der Juden gesagt hat, ich möchte mit diesen nach eigenem Ermessen verfahren.

Ich bitte Sie, Reichsführer, mir alsbald ihre Stellungsnahme zu übermitteln, damit das zum Anlaufen gekommene Verfahren keine unnötige Verzögerung erhält.

Heil Hitler!         
[Unterschrift]         
 
 

Traduction de la lettre de Arthur Greiser à Heinrich Himmler du 21 novembre 1942

 

Le ReichsStatthalter
du Reichsgau Wartheland

Posen, le   21 novembre 1942
 
 
A.Z:P. 802/42      
 
 
  Affaire Secrète du Reich!    

A l’attention du

  Reichsführer-SS Heinrich Himmler,      

 B e r l i n  SW 11.    

 B e r l i n  SW 11.    

Prinz Albrecht Str. 8. 

Reichsführer!

Dans votre lettre du 27 juin 1942, Tgb.Nr. 1247/42 G.R [top-secret], vous m'avez donné l'autorisation de soumettre au traitement spécial les Polonais convaincus de tuberculose pulmonaire ouverte et donc incurable. Ce traitement spécial des malades les plus graves ne peut, bien sûr, avoir lieu qu'après que l'entière population du territoire de mon Gau aura été examinée afin de déterminer qui peut être soigné et qui est incurable. Les examens devraient débuter prochainement en suivant la méthode du professeur Dr. Hohlfelder, bientôt assigné à ce Gau, avec son équipe rayons-X. La première mise en place de cette méthode est envisageable dans un délai d’environ six mois.

A ce stade de l’opération, le Professeur Dr Blome, en sa qualité de Directeur adjoint du Bureau de la santé publique du NSDAP, émet des réserves sur son exécution, qu’il m’a transmises dans une lettre du 18 novembre. Ces préoccupations ne sont exprimées qu’aujourd'hui bien que nous avions, tant avec le Dr Blome qu’avec le professeur Hohlfelder, examiné, clarifié et consolidé l’ensemble de la procédure au cours de plusieurs mois de travail préparatoire.

Pour votre information, je me permets de vous faire parvenir

schen  

schen   

une copie de la lettre de Blome du 18 novembre, et vous demande de lire plus particulièrement les pages 3, 3a et 4, puis de m'informer si vous estimez nécessaire d’informer le Führer de cette étape de la procédure et éventuellement de lui demander si une telle action doit être rejetée.

Je ne crois pas, pour ma part, qu’il faille consulter à nouveau le Führer à ce sujet, d’autant plus qu'il m’a dit lors de notre dernier entretien concernant les Juifs que je devais agir selon mon propre jugement.

Pouvez-vous, Reichsführer, me faire connaître votre position le plus rapidement possible, afin que les procédures entamées ne subissent aucun retard inutile?

Heil Hitler!         
[signature]         
 
 

Sources de la lettre de Arthur Greiser à Heinrich Himmler du 21 novembre 1942

Ce document est connu comme la pièce NO-249 dans les procès de Nuremberg. Nous reprenons les scans et la transcription fournies par Holocaust Controversies (document 34). La littérature historienne propose souvent des citations partielles de ce document (mentionnons un ouvrage qui cite plusieurs des documents présentés ici: Hans Buchheim, Martin Broszat, Hans-Adolf Jacobsen, Helmut Krausnick (éds.), Anatomie des SS-Staates - Gutachten des Instituts für Zeitgeschichte, vol. 1, Hans Buchheim. Die SS, das Herrschaftsinstrument, Befehl und Gehorsam, Olten: Walter-Verlag, 1965). Nous proposons ici notre propre traduction en français (nous n’avons pas trouvé de traduction complète dans la littérature).


Lettre de Heinrich Himmler à Arhtur Greiser du 3 décembre 1942

Finalement, Himmler préférera ne pas autoriser Greiser à mener à bien son projet. Il lui fait connaître sa décision dans ce courrier. .

Fac-similé de la lettre de Heinrich Himmler à Arhtur Greiser du 3 décembre 1942

Fac-Simile: Himmler à Greiser le 3 décembre 1942

Transcription de la lettre de Heinrich Himmler à Arhtur Greiser du 3 décembre 1942

 

   Der Reichsführer-SS
 
 
 Tgb.Nr. 1441/42
 Bezug: Dort.Zch. 802/42
  Bra/V.

Feld-Kommandostelle.        
3.12.1942    
 
 
 

Geheime Reichssache !
 4 Ausfertigungen
 4. Ausfertigung

SS-Obergruppenführer Greiser, Posen  

Schloßfreiheit 13

1.)  

Lieber Parteigenosse G r e i s e r !

Ihren Brief vom 21.11.1942 habe ich erhalten. Ich glaube auch, daß es richtiger ist, die von Pg. Dr. Blome geltend gemachten Bedenken zu berücksichtigen. In der beabsichtigten Weise gegen die Kranken vorzugehen, ist meiner Ansicht nach nicht möglich, zumal ja eine praktische Auswertung der untersuchungen - wie Sie mir mitteilen - erst in einem halben Jahr herangegangen werden könnte.

Ich schlage ihnen vor, ein geeignetes Gebiet herauszusuchen, in das dann die unheilbaren Tuberkulose-Kranken geschickt werden können. Über die Unheilbaren hinaus könnte man in dieses Gebiet auch sehr gut noch andere leichter Tuberkulosekranke tun. Diese Aktion müßte selbstverständlich auch in geeigneter Form propagandistisch ausgewertet werden.

Ich habe mir, bevor ich Ihnen diesen Brief schrieb, noch einmal eingehend überlegt, ob nicht der ursprüngliche Gedanke in irgendeiner Form durchgeführt werden sollte. Ich bin aber zu der Überzeugung gekommen, dass es richtiger ist, auf dem anderen Weg vorzugehen.

   H e i l   H i t l e r !
I h r
 
gez. H.Himmler

2.)  

SS-Obergruppenführer Koppe, Posen
 

3.)  

Reichssicherheitshauptamt , Berlin
 
 

   

durchschriftlich mit der Bitte um Kenntnisnahme übersandt.
 
 
 

   

I.A.

SS-Obersturmbannführer  
 
 

Traduction de la lettre de Heinrich Himmler à Arhtur Greiser du 3 décembre 1942

 

   Le Reichsführer-SS
 
 
 Tgb.Nr. 1441/42
 Réf.: Dort.Zch. 802/42
  Bra/V.

Poste de commandement de campagne        
3.12.1942    
 
 
 

Affaire d'Etat, Secret !
 4 copies
 4e copie

SS-Obergruppenführer Greiser, Posen  

Schloßfreiheit 13

1.)  

Cher camarade Greiser!

J’ai bien reçu votre lettre du 21 novembre 1942. Je pense également qu’il serait préférable de prendre en considération les réserves avancées par le membre du parti Dr. Blome. Il me semble impossible de procéder comme prévu avec les personnes malades, d’autant plus que, comme vous m’en avez informé, il ne sera possible d’exploiter concrètement les résultats des tests que dans six mois.

Je suggère que vous cherchiez un endroit adapté où les tuberculeux incurables pourront être envoyés. Outre les incurables, d’autres tuberculeux moins gravement atteints pourraient tout à fait y être rassemblés également. Cette action doit bien entendu aussi être exploitée sous une forme appropriée à des fins de propagande.

Avant de vous écrire cette lettre, j’ai de nouveau réfléchi longuement afin de savoir si le projet original ne pouvait être mené à bien d’une façon ou d’une autre. Cependant, je suis arrivé à la conclusion qu’il est préférable de procéder autrement.

   H e i l   H i t l e r !
I h r
 
Votre H. Himmler

2.)  

SS-Obergruppenführer Koppe, Posen
 

3.)  

Office central de Sécurité du Reich, Berlin
 
 

   

Copie envoyée pour information.
 
 
 

   

I.A.

SS-Obersturmbannführer  
 
 

Sources de la lettre de Heinrich Himmler à Arhtur Greiser du 3 décembre 1942

Ce document est connu comme la pièce NO-251 dans les procès de Nuremberg. Nous reprenons les scans et la transcription fournies par Holocaust Controversies (document 36). Une traduction partielle se trouve dans François Bayle, Croix gammée contre caducée: les expériences humaines en Allemagne pendant la deuxième Guerre mondiale, Paris: Impr. nationale, 1950, p. 853-854. Nous nous démarquons cependant de cette traduction.


Lettre de Wilhelm Hagen à Adolf Hitler du 7 décembre 1942

Un document particulier s’ajoute, selon nous, à ce corpus, alors que les échanges entre les différents acteurs et décideurs du projet de Greiser ont finalement abouti à un rejet du projet de Greiser par Himmler, le 3 décembre 1942. Le responsable de la santé publique de Varsovie, le docteur Wilhelm Hagen, qui ignorait que Himmler était revenu sur son autorisation le 3 décembre, avait été informé d'un projet analogue à celui de Greiser, sinon de celui de Greiser lui-même, et le désapprouvait. Il envoie à Hitler le 7 décembre 1942 une lettre prenant position contre ce projet. Se situant à la marge du corpus documentaire présenté ici, nous consacrons une autre page à la lettre de Hagen (s’y reporter pour les fac-similés, la version originale complète et la traduction intégrale), mais il convient de relever un élément spectaculaire de ce courrier: Hagen relie explicitement le projet de se débarrasser de Polonais âgés ou en bas âge au meurtre des Juifs (un projet comparable, selon nous, sinon identique, à la demande de Greiser qui souhaitait utiliser Chelmno pour mener à bien son projet contre les tuberculeux), et surtout il l’écrit de la façon la plus explicite qui soit. On gardera à l’esprit que la publication en 1958 dans une revue polonaise de ce courrier donna lieu à une réaction de Wilhelm Hagen qui en confirmait l’authenticité et la teneur et se faisait passer pour une sorte de nazi modéré ayant protégé les Polonais. Il avait cependant participé activement à la politique de meurtre des Juifs, ce qui ne fut pas relevé immédiatement. Voici le passage le plus important de sa lettre:

«Lors d’une réunion sur la tuberculose le directeur de la Division de la population et de l’aide sociale, l’oberwaltungsrat Weirauch, nous a secrètement informés que, sur 200 000 Polonais qui doivent être réinstallés à l’Est du Gouvernement général pour faire de la place aux cultivateurs allemands travaillant à la défense nationale, un tiers — 70 000 personnes âgées et enfants de moins de dix ans — pourraient être traitées de la même façon que les Juifs, autrement dit qu’on projette ou qu’on envisage de les tuer (es sei beabsichtigt oder werde erwogen… so zu verfahren, wie mit den Juden, das heißt, sie zu töten).

Wilhelm Hagen dénonce le projet de traiter les polonais tuberculeux de la même façon que les Juifs, leur appliquer le «traitement spécial» dans la terminologie de Greiser, Himmler, Koppe, Blome, que Hagen explicite sans la moindre ambiguité: il s’agit de meurtres. Himmler envisagea, à la suite de la lettre de Hagen, d’envoyer celui-ci en camp de concentration…

Sources de la lettre de Wilhelm Hagen à Adolf Hitler du 7 décembre 1942

Ce document est connu depuis longtemps. Le passage cité ci-dessus a été publié à de nombreuses reprises. La version intégrale en allemand de la lettre de Wilhelm Hagen a été publiée en 1958 dans la revue d’histoire polonaise Przegląd Zachodni (Karol Marian Pospieszalski, «Protest dra Wilhelma Hagena przeciw zamierzo nemu wymordowaniu czesci ludnosci zamojszczyzny w latach 1942-1943» [La protestation du Dr Hagen contre l’assassinat collectif d’une partie de la population de Zamosc en 1942-1943], Przegląd Zachodni, mars 1958, vol.  14 no 1, p 120 pour le passage cité). Dès octobre 1958 l’article en question est mentionné en français («Bibliographie», Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, no 32, p. 106). Début 1959 la correspondance de Hagen est spécifiquement présentée dans la même revue (Jean B. Neveux, «Sur la Pologne occupée», Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, janvier 1959, no 33, p. 106) et de nouveau en 1960 (K. M. Pospieszalski, «Le statut du peuple polonais sous l’occupation allemande», Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, janvier 1960, no 40, p. 20). En juin 1959, l’article de Przegląd Zachodni et la protestation de Hagen sont présentées en allemand dans Historische Zeitschrift (section «Neueste Geschichte (1871-1945)», Historische Zeitschrift, Bd. 187, H. 3, p. 724). Une traduction complète de la lettre de Wilhelm Hagen publiée par Karol Marian Pospieszalski apparaît dans le numéro 2 (juillet-août-septembre 1959) de la revue Cahiers Pologne Allemagne (p. 92-96). D’autres mentions suivent dans d’autres langues (notamment en anglais), mais le passage que nous citons de la lettre de Wilhelm Hagen fait vraiment l’objet d’une large diffusion à partir de 1965 avec la publication du très connu Anatomie des SS-Staates - Gutachten des Instituts für Zeitgeschichte. La lettre de Hagen est citée dans le premier volume, Hans Buchheim, Martin Broszat, Hans-Adolf Jacobsen, Helmut Krausnick (éds.), Anatomie des SS-Staates, vol. 1, Hans Buchheim. Die SS, das Herrschaftsinstrument, Befehl und Gehorsam, Olten: Walter-Verlag, 1965, p. 358). Les références archivistiques sont fournies sur la page où la lettre de Wilhelm Hagen est citée complètement.

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