1. Ann Burlein, Lift High the Cross: Where White Supremacy and the Christian Right Converge, Duke University Press, 2002. 2. Stephen Singular, Talked to Death: The Life and Murder of Alan Berg, Beech Tree Books, 1987. 3. Scriptures for America, vol. V, 1988, p. 20, cité par Richard Hatch May, The Populist Action Committee, Public Eye, 1993, en ligne… Il semblerait que cette petite mise en scène ait pu être une habitude de Brock et Peters: elle est présentée comme telle par Ken Toole dans, Drumming up resentment. The Anti-Indian Movement in Montana, The Montana Human Rights Network, 2000, p. 27. Le fait que la réunion de 1988 était le «Bible camp» de juillet ressort d’un rapprochement entre l’article de Bernd Siegler, «DVU-Chef mit Prominenz. DVU-Kundgebung in Passau: Frey will schwarzen US-Rassisten einladen», TAZ, 22 septembre 1994, p. 4, et le livre de Leonard Zeskind, Blood and Politics: The History of the White Nationalist Movement from the Margins to the Mainstream, New York: Farrar, Strauss and Giroux, p. 172. 4. Henri Pasternak, «La Machine à fabriquer des mythes. La nouvelle alliance entre les dénonciateurs des esclavagistes juifs et les négateurs de la Shoah», L’Arche, no 498-499, septembre 1999. 5. Stephen Atkins, Encyclopedia of Modern American Extremists and Extremist Groups, Greenwood, 2002, p. 51, et Stephen Atkins, Holocaust Denial as an International Movement, Westport: Praeger, 2009, p. 185. Voir également Michael A. Fletcher, «Putting A Price on Slavery’s Legacy», Washington Post, 26 décembre 2000, sur le discours démagogique et antisémite de Brock visant à obtenir ces $50 de ses auditeurs, alors qu’il n’a aucune base concrète pour obtenir ce qu’il leur promet. 6. Selon le journaliste Juan Williams, Brock serait parvenu à escroquer 165 000 personnes sur la durée de sa très longue carrière de «militant» (Juan Williams, Enough: The Phony Leaders, Dead-end Movements, and Culture of Failure that are Undermining Black America, and What We Can Do About It , New York: Random House, 2006, p. 78). 165 000 fois $50 font $8 250 000… Ces informations se trouvent sous une forme plus détaillée dans le long article de Tatsha Robertson, «Reparations pitch draws hope, scorn», Boston Globe, 17 octobre 2000, p. B1. 7. Stephen Atkins, Encyclopedia of Modern American Extremists and Extremist Groups, Greenwood, 2002, p. 50-53 et Stephen Atkins, Holocaust Denial as an International Movement, Westport: Praeger, 2009, p. 185-186. Dans le premier ouvrage, Atkins fournit 1925 pour année de naissance de Brock, et 1926 dans le second. C’est Robert Brock lui-même qui rapporte avoir fondé en 1946 (et non 1945 comme le rapporte Atkins) la Cosmopolitan Brotherhood Association (in Ben Weintraub [pseudonyme de la militante antisémite Margaret Stucki, voir plus bas], Holocaust Dogma of Judaism: Keystone of the New World Order, Cosmo Publishing Co, 1995, quatrième de couverture, voir plus bas sur cet ouvrage). Brock prétend également avoir fondé le Self Determination Committee en 1946 (ibid.). Les informations biographiques sur Robert Brock de Stephen Atkins proviennent principalement de l’article très fouillé de Tatsha Robertson, «Reparations pitch draws hope, scorn», Boston Globe, 17 octobre 2000, p. B1. 8. Robert Brock y publie des encarts publicitaires comme dans le numéro du 21 mai 1965 de Muhammad Speaks (p. 15), mais il apparaît principalement dans des articles sur son activité militante et culturelle: «West African Fashion Show Displays Inventive Design», Muhammad Speaks, 16 avril 1965, p. 17; «Black Self-Determination Committee Brings African History to L.A. Schools», Muhammad Speaks, 28 mai 1965, p. 18; «Two Who Refused to Go Say: Will Not Kill Asians For White Supremacy», Muhammad Speaks, 1er juillet 1966, p. 6; «Californian's Suit Challenges U.S. Rights to Draft Negroes», Muhammad Speaks, 9 septembre 1966, p. 9 (vol. 5, no 51). La photo de Robert Brock de 1966 que nous présentons est tiré de Muhammad Speaks, 16 septembre 1966, p. 16. Brock est de nouveau mentionné dans «As ‘Colonolial’ Subjects and Targets of Bias, 2 Youths Demand Draft Exemption», Muhammad Speaks, 27 janvier 1967, p. 9. 9. Robert Brock fait partie des orateurs invités à s'exprimer par la veuve de Malcolm X le 19 février 1967 lors d’un «Kuzaliwa services» anniversaire en l’honneur de Malcom X (mentionné dans House of Representatives, Hearings before the Committee on un-american activities, Nintetieth Congress, First Session, november 28, 29 and 30 1967, Washington: U.S Government Printing Office, 1968, p. 1278. 10. Muhammad Ahmad (Max Sanford), We Will Return in the Whirlwind. Black Radical Organizations 1960-1975, Chicago: Charles H. Kerr Publishing Company, 2007, p. 296). Voir, sur le sujet des réparations, le point dans Encyclopedia of African-American Culture and History, Second Edition, Thomson Gale, 2006, vol. 5, article «Reparations», p. 1924-1927. Sur Queen Mother Audley Moore, personnage remarquable qui vécut un siècle, voir Mari Jo Buhle, Paul Buhle & Dan Georgakas (éd.), Encyclopedia of the American Left, New-York: Garland Publishing Inc., 1990, p. 486-487. 11. Cité dans United States. Congress. Senate. Committee on Foreign Relations. Subcommittee on the Genocide Convention, Hearings before a subcommittee of the Committee on Foreign Relations, United States Senate, 91st Congress, 2nd session, on Executive 0, 81st Congress, 1st session. The Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide. April 24, 27, and May 22, 1970, Washington: U.S Government Printing Office, 1970, p. 83. 12. Il y a une littérature abondante sur le sujet. Pour un survol, voir Dana Johnson, “Separation or Death: One Hundred Years of White Supremacist-Black Nationalist Alliances in America”, The Spark, 2007, en ligne… 13. Henri Pasternak, «La Machine à fabriquer des mythes. La nouvelle alliance entre les dénonciateurs des esclavagistes juifs et les négateurs de la Shoah», L’Arche, no 498-499, septembre 1999 et Uncommon Ground: The Black African Holocaust Council and Other Links Between Black and White Extremists, New York: Anti-Defamation League, 1994, en ligne… 14. Extremism on the Right. A Handbook, New York: ADL, 1988, p. 141-142. En 1987, Robert Brock soutient le Pace Amendment sur les ondes radio aux côtés d’un militant suprémaciste des Aryan Nations, Dwight McCarthy, dans l’émission de celui-ci, «Aryan Nations Hour», sur la station KZZI, dans l’Utah (William Robbins, «‘Aryan Nations Hour’ Mixes God and Hate in Utah», New York Times, 14 décembre 1987, p. A16). 15. Extremism on the Right. A Handbook, New York: ADL, 1988, p. 167. Il s’agissait de «Harold Von Braunhut», homme d’affaire et inventeur américain impliqué dans plusieurs groupes parmi les plus racistes et les plus antisémites, dont le Ku Klux Klan, qui avait la particularité d’être né à New York, dans une famille juive… Au delà de la haine qui animait ses participants, une forme de burlesque sordide émane de cette réunion raciste et antisémite de 1988 organisée par un noir, avec la participation d’un militant d’origine juive. Sur Harold Von Braunhut, voir Eugene L. Meyer, «Contrasts of a private persona», Washington Post, 25 avril 1988. 16. Graham Macklin, Failed Führers: A History of Britain’s Extreme Right, New York: Routlege, 2020, p. 467. Malone et Hoy font partie d’un petit parti raciste de «troisième voie», le National Democratic Front, de Gally Gallo, un ancien du National Front britannique (fondé sur des principes nationaux-socialistes chrétiens et fascistes). Ces militants ont cultivé des liens avec la Nation of Islam de Farrakhan les uns publiant des textes des autres et vice-versa, autour de projets racialistes de séparation radicale entre blancs et noirs (Mattias Gardell, In the Name of Elijah Muhammad: Louis Farrakhan and the Nation of Islam, Durham: Duke University Press, 1996, p. 275-276, 413-414). 17. Uncommon Ground: The Black African Holocaust Council and Other Links Between Black and White Extremists, New York: Anti-Defamation League, 1994, en ligne… 18. Gerard Braunthal, Right-Wing Extremism in Contemporary Germany, Palgrave Macmillan, 2009, p. 57. En 1991, on y croisait le négationniste David Irving. 19. Cas Mudde, The Ideology of the Extreme Right, Manchester University Press, 2000, p. 65. 20. «Pan-Aryanism binds hate groups in America and Europe», Intelligence Report, Southern Poverty Law Center, Fall Issue August 29, 2001, p. 148, en ligne… 21. Ursula Muller, «Natives on annual congress of racists in Germany», alt.native, Usenet, 24/10/1996, Message-ID: <v01510100ae94d961e0e1@[130.244.89.34]> 22. ibid., et Searchlight, 1995, p. 23. 23. Henri Pasternak, «La Machine à fabriquer des mythes. La nouvelle alliance entre les dénonciateurs des esclavagistes juifs et les négateurs de la Shoah», L’Arche, no 498-499, septembre 1999. 24. "Ken P.", Minutes of the First Annual Conference on Racial Separatism, October 1998. En ligne… 25. ibid. 26. Préface à l’ouvrage du complotiste raciste Michael Collins Piper, Final Judgment, American Free Press, 2004. 27. Voir, Extremism in America: Willis Carto, ADL, 2013. 28. Stephen Atkins, Holocaust Denial as an International Movement, p. 166, 185. 29. Richard Hatch May, The Populist Action Committee, Public Eye, 1993, en ligne… 30. Michael Collins Piper, Best Witness, Washington D.C.: 1994, p. 96. 31. George Michael, Willis Carto and the American Far Right, University Press of Florida, 2008, p. 56-57. 32. Le personnage très charismatique de Leonard Jeffries, fait l’objet d’une abondante littérature polémique, imputable au racisme proprement délirant de ce tenured professeur de Black Studies au City University College de New York depuis 1972, alors qu’il n’avait jamais rien publié avant, ni ne publierait jamais rien de toute sa «carrrière». D’ailleurs, lorsqu’il se vit offrir la direction du Urban Studies Program du CCNY (qui deviendrait le Black Studies Program), il n’avait pas achevé son cursus, et c’est à la condition expresse qu’il le termine qu’il avait été nommé, une procédure très inhabituelle dans un monde où de telles nominations ne se produisent que pour des universitaires qui ont fait leurs preuves pendant plusieurs années après leur Ph.D. Jeffries avait bénéficié de toutes les bourses et facilités possibles dans ses études, un paradoxe amer compte-tenu de ses futures dénonciations violentes du «racisme» d’un système qui l’avait particulièrement choyé (Lаwrence Nannery, «The Costs of Political Correctness», in, Paul Gottfried (Ed.), Theologies and Moral Concern, New Brunswick: Transaction Publishers, 1995, p. 86). Jeffries achève donc une thèse (qui porte sur la politique de la Côte d’Ivoire). Lаwrence Nannery relève que celle-ci est banalement médiocre, que Jeffries s’y montre obséquieux envers les membres de son jury et que n’y figure aucune trace du racisme qui marquera pourtant toute sa carrière ultérieure (ibib., p. 87). Cependant, insiste Lawrence Nannery, ce fut la seule et unique publication de Jeffries. Il faut souligner ce point: Leonard Jeffries n’a jamais produit le moindre article dans une publication ayant ne serait-ce qu’une apparence savante, ni le moindre ouvrage. Pourtant toute sa carrière, il laisse publier des présentations ou des publicités pour des interventions à l’invitation d’organisations estudiantines dont l’un des arguments martelé (outre de multiples domaines de compétences…) est qu’il serait «l’auteur de nombreux ouvrages» (par exemple, publicité de la Fraternité Omaga Psi Phi, The Alestle, 13 février 1996, p. 7): un mensonge au premier degré. Jeffries voit dans la mélanine des noirs (le «peuple du soleil») l’explication — qu’il a enseignée pendant des décennies — de leur supériorité physique, intellectuelle, spirituelle et morale sur les blancs (le «peuple de la glace»). Il considère — il l’a également enseigné pendant toute sa carrière — que les technologies, la culture et la spiritualité orginelle des Noirs d’Afrique ont été pillées et dénaturées par les blancs qui complotent désormais pour dégrader les Noirs et les maintenir dans une position d’aliénation. En 1989, il soutenait à la télévision (mais aussi dans son enseignement) que le SIDA était le fruit d’une conspiration blanche contre les Noirs (Jason DeParle, «Talk of Government Being Out to Get Blacks Falls on More Attentive Ears», New York Times, 29 octobre 1990, p. B7), une ineptie complotiste partagée avec la Nation of Islam et importée en France par Dieudonné. Il n’est pas étonnant qu’une version antisémite de ces absurdités ait circulé: En 1987, Steve Cokely, militant noir et adjoint au maire de Chicago affirmait, dans des conférences enregistrées sur cassettes et diffusées auprès de militants de la Nation of Islam que des médecins juifs inoculaient le virus du SIDA à des enfants noirs — et évidemment qu’un complot juif visait à oprimer les Noirs et à dominer le monde… Le maire mit près d’une semaine avant de le congédier (voir les numéros de mai 1988 du Chicago Tribune). Les Juifs tiennent une place particulière dans le panthéon des dénonciations de Leonard Jeffries, ainsi qu’on va le voir. Il faisait déjà des remarques antisémites en 1984 (Joseph Berger, «College Chief Calls Jeffries ‘Racist,’ but Defends Keeping Him», New York Times, 5 novembre 1991, p. B1, qui date l’incident de 1985 mais c’est une erreur, voir ci-après): le professeur Mitchell Seligson, candidat au poste de directeur du département des International Studies, retirera sa candidature suite à cet incident, qui n’eut aucune conséquence sur la carrière de Jeffries (Philip Kay “Guttersnipes” and “Eliterates”: City College in the Popular Imagination, These, Columbia University in the City of New York, 2011, p. 391-392. Cette thèse propose la meilleure présentation des affaires Jeffries notamment de leur émergence dans un contexte de grave crise sociale et politique pour les Noirs américains dans les années 1980, objets de comportements et violences racistes particulièrement aigües pendant cette décennie. Philip Kay décrit également avec beaucoup de pertinence l’instrumentalisation politique dont furent l’objet les affaires Jeffries de la part d’une presse ultra-conservatrice, très à droite, qui tentait de jeter le bébé des politiques sociales compensatrices en faveur des Noirs avec l’eau du bain d’un Jeffries délirant et marginal qui en incarnait une dérive aussi spectaculaire qu’isolée). En 1987, interrogé sur ce qu’il fallait faire des blancs, Jeffries répond que selon lui, «il faudrait les faire disparaître de la surface de la terre» (cité par Philip Kay ibid., p. 392). Cette aspiration génocidaire semble perdurer chez Jeffries qui réitère une déclaration analogue en 1995 (The Rutherford Institute Magazine, vol. 4, n. 5, May 1995, p. 13: il déclare aspirer à un monde «sans blancs» pour ses enfants, dans une interview où il affirmait également que les Noirs étaient toujours des esclaves qui devraient s’éveiller en se demandant par quel moyen trancher la gorge de leur maître…). Lawrence Nannery mentionne que l’incompétence radicale de Jeffries s’étendait aux aspects administratifs et managériaux et affirme que seule la peur de l’accusation de racisme a longtemps empêché son Université de réagir en conséquence (op. cit., p. 86). Il est incroyable qu’un imposteur du calibre de Jeffries ait pu bénéficier d’une tenure et proposer des décennies durant un enseignement irrationnel, complotiste et raciste, arrivant systématiquement en retard à ses cours, se comportant comme une diva, faisant régner une ambiance sectaire (Philip Kay op. cit. p. 438-439 et Richard M. Benjamin, « The Bizarre Classroom of Dr. Leonard Jeffrie», The Journal of Blacks in Higher Education, no 2, winter 1993/1994, p. 95), psychopate, homophobe et ordurier (il menace de tuer un étudiant journaliste si celui-ci révélait que Jeffries avait traité le très respecté universitaire Henry Louis Gates Jr de «punk et de pédé», rapporte l’étudiant en question, J. Eliot Morgan, dans «The Truth About Jeffries», Harvard Crimson, 2 novembre 1991, en ligne…). Les témoignages abondent sur les «gardes du corps» dont Leonard Jeffries est partout accompagné, y compris à ses cours, ou dont il impose la présence lors de sessions administratives de son Université où son cas doit être discuté, ou d’interviews (comme celle de Eliot Morgan durant laquelle c’est un tel «garde du corps» qui arrache des mains de l’étudiant les bandes de l’enregistrement qui gênent Jeffries: nous sommes en présence d’un vulgaire comportement de caïd). Pour une présentation détaillée des thèses «mélanistes» de Jeffries et un profil sociologique de ce dernier, voir Sarah Fila-Bakabadio, Africa on my mind: histoire sociale de l’afrocentrisme aux États-Unis, Paris: les Indes savantes, 2016, p. 48-56 (notamment). Cet ouvrage tiré d’une thèse offre une étude fondamentale des conditions d’émergence des thèses et milieux afroncentristes et des fonctionnements de ces derniers aux États-Unis. On regrettera que sont autrice qualifie Leonard Jeffries d’«historien» tant celui-ci n’a jamais rien produit et surtout ne s’est jamais conformé à une méthode qui approche de près ou de loin les exigences minimales de la production d’un savoir historique. Sarah Fila-Bakabadio confirme d’ailleurs elle-même l’absence de publications de Jeffries (hors quelques textes publiés sur des sites web) et mentionne même que s’il semble exister des «ouvrages», elle n’en donne aucun titre et précise que «Au City College, Leonard Jeffries conserve les exemplaires disponibles de ses ouvrages et en régule la consultation» (op. cit., p. 52, note 111). Nos recherches dans les grands catalogues de monographies et d’articles n’ont, quant à elles, pas ramené le moindre résultat… Enfin il faut relever que l’amateurisme déchaîné et le dogmatisme radical de Jeffries ont eu une influence délétère sur le discours historique officiel du Ghana (où Jeffries s’est rendu de très nombreuses fois) portant sur l’histoire de l’esclavage dans cette région: à cause de Jeffries, un récit falsifiant la réalité est promu, qui aboutit, amère conséquence, au brouillage entre victimes et bourreaux (Susan Benson, «‘They came from the north’: historical truth and the duties of memory along Ghana’s slave route», The Cambridge Journal of Anthropology, 2007/2008, Vol. 27, No. 2, notamment p. 92-94, 99). Malheureusement, Susan Benson semble avoir été seule à dénoncer cette aberration et le rôle de Jeffries dans son élaboration. 33. Michael Novick, un militant anti-raciste américain soutient que Brock a inventé la participation de Jeffries et l’annulation subséquente à seules fins de publicité (Michael Novick, mail à Ken McVay, Subject: RE: Robert Brock, 12 mars 2000, en ligne… Toutefois Novick confirme que Robert Brock a bien invité Leonard Jeffries. Celui-ci aurait déclaré ne pas avoir répondu à l’invitation, mais il ne faut pas exclure que, compte tenu des propres déboires de Jeffries pris dans le scandale de ses déclarations antisémites depuis l’été 1991 (voir plus bas), il ait préféré ne pas être associé publiquement, tout début 1992, à un Robert Brock spectaculairement lié à des néo-nazis, d’autant plus que la presse avait annoncé à l’avance sa présence et révélé qu’il devait toucher 2500 dollars pour sa prestation (Owen Mortiz, «Jeffries set to talk race», Daily News (New York), 28 janvier 1992, p. 2). Ses dénégations sont donc à prendre avec prudence. Quoiqu’il en soit, que Brock ait invité Jeffries témoigne selon nous, de l’existence de relations entre les deux hommes. 34. Uncommon Ground: The Black African Holocaust Council and Other Links Between Black and White Extremists, New York: Anti-Defamation League, 1994 (en ligne…) et Tom Tugend, «Revisionist meeting a fizzle, but street protesters sizzle», Jewish Telegraphic Agency, Daily News Bulletin, 3 février 1992, p. 4. 35. Dr. Robert L. Brock (Herausgeber), Freispruch für Deutchland, München: FZ-Verlag, 1995. Sont notamment mis à contribution Rassinier, David Irving ou Austin J. App. Robert Brock n’est évidemment aucunement fondé à utiliser la désignation «Dr.» devant son nom. 36. «Ben Weintraub, Holocaust-Dogma», Holocaust-Referenz. Argumente gegen Auschwitzleugner, en ligne… 37. Stephen Atkins, Holocaust Denial as an International Movement, Westport: Praeger, 2009, p. 186. Atkins commet une erreur en attribuant à Brock lui-même la paternité de l’ouvrage. Je remercie vivement Jürgen Langowski, responsable du site Holocaust-Referenz, qui a attiré mon attention sur l’identité véritable de l’auteur de Holocaust Dogma… et sur l’erreur de Atkins. Certains éléments de l’ouvrage suggèrent cependant, selon nous, que Brock a bien été impliqué dans sa rédaction (références à Walter White notamment, voir plus bas). 38. «Ben Weintraub, Holocaust-Dogma», Holocaust-Referenz. Argumente gegen Auschwitzleugner, en ligne… 39. Déclaration de «Dr. Robert Brock, publisher of this book», in Ben Weintraub [pseudonyme de la militante antisémite Margaret Stucki], Holocaust Dogma of Judaism: Keystone of the New World Order, Cosmo Publishing Co, 1995, non paginé (après la couverture, page intitulée «From present-day historians and authorities, we hear»). 40. Quelques exemples: Darrell Dawsey, «Reparations Sought for Black Americans: Slavery: Activist says government should compensate descendants of captured Africans enslaved in America for ‘loss of culture and of humanity’», Los Angeles Times, 10 décembre 1990; Lena Williams, «Blacks Press the Case for Reparations for Slavery», New York Times, 21 juillet 1994, p. B10; Michael A. Fletcher, «Putting A Price on Slavery's Legacy», Washington Post, 26 décembre 2000; Jeffrey Ghannam, «Repairing the Past: Demands are Growing for Reparations for the Descendants of African Slaves in America. How the Issue is Resolved May be Key to this Country’s Continuing Search for Racial Harmony», ABA Journal (American Bar Association), vol. 86, no. 11, november 2000 (dont est issu la photo de Robert Brock, p. 42, en tête de la présente page). 41. Murray Friedman, What Went Wrong? The Creation & Collapse of the Black-Jewish Alliance, New York: The Free Press, 1995, p.79-81. 42. ibid. 43. Voir notamment Lawrence B. Goodheart, The ambivalent antisemitism of Malcolm X, Patterns of Prejudice, 1994, vol. 28 no 1. 44. Khalid Muhammad passera de l’ironie allusive à la négation assumée au plus tard en 1997, lorsqu’il affirme «The so-called Jew claims that there were six million in Nazi Germany. I am here today to tell you that there is absolutely no evidence, no proof. There is absolutely no evidence to substantiate, to prove that six million so-called Jews lost their lives in Nazi Germany» (discours à la San Francisco State University du 21 mai 1997, cité par Bob Herbert, «In America; The Hate Virus», The New York Times, 10 août 1998, p. 15). 45. Henri Pasternak, «La Machine à fabriquer des mythes. La nouvelle alliance entre les dénonciateurs des esclavagistes juifs et les négateurs de la Shoah», L’Arche, no 498-499, septembre 1999. 46. Le 7 décembre 1993, Colin Ferguson, natif de la Jamaïque, fait feu sur les passagers du train de banlieue de la ligne Long Island-New York, tous blancs et asiatiques, en tuant six et en blessant dix-neuf autres. Dans des notes manuscrites, il justifie son acte par le racisme dont il a été victime et dit sa haine des blancs, des hispaniques, des asiatiques et des «nègres Oncle Tom» (voir Helen Taylor Greene & Shaun L. Gabbidon (éds.), Encyclopedia of race and crime, SAGE Publications, Inc., 2009, p. 296-298). Khalid Muhammad déclare à Howard: «J’aime Colin Ferguson, qui a tué ces blancs dans le train de Long Island. Dieu a parlé à Colin Ferguson et lui a dit, prends le train, Colin, prends le train, cité par Anti-Defamation League, The Nation of Islam: The Relentless Record of Hate (March 1994 - March 1995), ADL, 1995, p. 13, en ligne… 47. Pour un examen et une réfutation de cette accusation ainsi qu’une bibliographie, voir Nicolas Bernard, «Les Juifs et la traite négrière transatlantique, une accusation antisémite délirante. Un avatar du complot juif mondial, 2018, en ligne sur PHDN… 48. Henri Pasternak, «La Machine à fabriquer des mythes. La nouvelle alliance entre les dénonciateurs des esclavagistes juifs et les négateurs de la Shoah», L’Arche, no 498-499, septembre 1999. 49. Discours de Leonard Jeffries du 20 juillet 1991, «Our Sacred Mission», à l’Empire State Black Arts and Cultural Festival à Albany. On trouve facilement la retranscription complète du discours et sa video quasi complète. Il a fait l’objet d’une publication en quelque sorte officielle par l’ASCAC (voir plus bas) dès 1991. Il est reproduit dans Deborah Gillan Straub (éd.), Voices of Multicultural America: Notable Speeches Delivered by African, Asian, Hispanic, and Native Americans, 1790-1995, New York: Gale Research, 1996, p. 620-635. Ce discours, constellé d’accusations antisémites délirantes, et de nombreux propos racistes, a été traduit en français dans un opuscule hagiographique par Jean-Yves Deroche, Docteur Léonard Jeffries: l’homme et ses engagements, Paris: Menaibuc, 2008 (p. 60 pour le passage cité, traduit différemment). Il est tout de même étonnant que personne ne semble avoir pris la peine, pendant près de trente ans, de revenir à la source des prises de parole de Jeffries dans le contexte de la publication de The Secret Relationship… alors que le lien était patent. L’information sur l’identité des membres de son équipe de rédaction, jamais révélée jusqu’au présent travail, était d’un accès trivial. Lors de son discours Jeffries agita notamment un ouvrage de l’historien Jonathan Israel, où, prétendait-il, se trouvait l’illustration de l’implication de «Juifs riches» dans la traite transatlantique. Le procédé est identique à celui des négationnistes qui font mine de s’appuyer sur les travaux d’historiens légitimes. Comme pour les négationnistes, l’ouvrage agîté pas Jeffries devant son auditoire ne contenait nullement les «preuves» de cette implication disproportionnée. En quelques très courts passages étaient mentionnés un lien à l’esclavage de tel ou tel individu à tel moment et en tel lieu, évidemment très circonscrit et sans qu’aucune généralisation ne soit possible. Le procédé — qui confine à la falsification — sera utilisé tout au long de The Secret Relationship. Un argument constamment mis en avant par Jeffries pour réfuter l’accusation d’antisémitisme consiste dès son discours de juillet 1991 à affimer qu’il ne parle «que des Juifs riches». Outre que ce genre de défense a toujours été celle de tous les antisémites, et notamment celle des négationnistes (qui ne prétendent critiquer «que» les sionistes ou «que» certaines élites juives), elle ne résiste guère à l’examen de la prose et des discours de Jeffries: dans le discours de juillet 1991, Jeffries utilise les mots Jew, Jewish et Jewry quarante-huit fois, ce qui ne laisse guère de doute sur la nature de son obsession; tout interlocuteur, tout critique n’est perçu qu’au prisme de ses origines (juives). Lorsque le maire de New York, Ed Koch, reçoit Jeffries, en tant que maire de New York, Jeffries ne s’adresse à lui que comme juif, et non maire de New York. Qu’un haut fonctionnaire du gouvernement critique Jeffries, celui-ci le dénonce immédiatement comme juif. Ce sont bien «les Juifs» qui sont accusés, en tant que tel, parce que Juifs, de comploter contre les Noirs, notamment à Hollywood, mais aussi dans le monde de l’éducation pour les dégrader ou les maintenir dans une position d’infériorité. Au passage Leonard Jeffries n’hésite pas à mentir sur ce qu'un collègue («juif» et convoqué en tant que tel selon une rhétorique antisémite classique) lui aurait «avoué» de la participation des Juifs à l’esclavage (sur ce point, Stephen A. Newman, «At Work in the Marketplace of Ideas: Academic Freedom, the First Amendment, and Jeffries v. Harleston», Journal of College and University Law, vol. 22 n.  Fall 1995, p. 285). La vulgarité de Jeffries et l’antisémitisme même de son argument des «Juifs riches» (outre le recours à un poncif antisémite en lui-même) se révèlent lorsqu’il demande innocemment en quoi il serait scandaleux de critiquer des Juifs puisqu’on critique bien des nazis (interview par Charles Rose du 30 septembre 1991)… Relevons évidemment que la prétendue révélation que des Juif auraient pris part à certains moments, et en certains endroits à des phases des traites négrières et de l’esclavage n’en était nullement une puisque de nombreux ouvrages en faisaient état avant 1991. C’est l’insistance exclusive de Jeffries et de la NOI sur le rôle des Juifs, sans jamais le remettre en contexte (c’est-à-dire le rapporter à sa place au sein des autres responsabilités, à savoir marginale) et le recours à une rhétorique hystérique qui signe l’antisémitisme radical du discours produit par Jeffries et la NOI. 50. Voir note précédente. Il faut mentionner ici plusieurs points qui offrent du contexte 50. Sarah Fila-Bakabadio, Africa on my mind: histoire sociale de l’afrocentrisme aux États-Unis, Paris: les Indes savantes, 2016, p. 196-197. Sarah Fila-Bakabadio donne l’impression qu’un tel affichage public de Leonard Jeffries aux côtés de la Nation of Islam serait tardif alors que, comme nous l’avons vu, il date, au plus tard, de 1991, puisque c’est Jeffries qui coordonne l’équipe qui rédige The Secret Relationship , publiée par la NOI fin 1991 (et qu’il s’affiche la même année avec Khalid Muhammad). Sarah Fila-Bakabadio ne mentionne ni le meeting d’Howard de 1994 ni la conférence de la Million Man March d’octobre 1995. Lorsque Farrakhan parle de ses discussions régulières avec Leonard Jeffries, en 2002, il ne s’agit pas d’un dispositif rhétorique, mais bien de l’évocation d’une relation ancienne. 51. Henri Pasternak, «La Machine à fabriquer des mythes. La nouvelle alliance entre les dénonciateurs des esclavagistes juifs et les négateurs de la Shoah», L’Arche, no 498-499, septembre 1999 et Mary Lefkowitz, History Lesson. A Race Odyssey, New Haven: Yale University Press, 2008, p. 65. Ajoutons que la structure responsable de la publication de The Secret relationship…, the Historical Research Department de la Nation of Islam, est installée dans le Massachusets, l’État où enseigne Tony Martin. Par ailleurs, l’incorporation de The Secret Relationship à un cursus universitaire est explicitement annoncé par Leonard Jeffries dans son discours du 20 juillet 1991. Il faut relever que Martin ne revendique pas, en 1993, sa participation à The Secret Relationship. Dans le récit qu’il fait des déboires que son enseignement afrocentriste radical et son utilisation en cours de The Secret Relationship ont entraînés, il affirme ne pas avoir eu connaissance du contenu de l’ouvrage plusieurs mois après le scandale de sa publication — ce qui est étonnant puisque dès 1992, il figure à son cours (Tony Martin, The Jewish Onslaught. Despatches from the Wellesley Battlefront, Dover, Mass.: The Majority Press, 1993, p. vii-viii). Dans le même passage, cependant, Tony Martin confirme qu’il connaît à ce moment là Leonard Jeffries depuis de nombreuses années, que c’est un collègue (ibid.). Non seulement Martin connaît Jeffries, mais ils sont sur la même longueur d’onde d’un afroncentrisme radical et délirant et Martin sera souvent invité par l’Association for the Study of Classical African Civilizations (ASCAC) fondée par Jeffries en 1984, avec plusieurs membres de l’équipe de rédaction de The Secret Relationship. On le retrouve formellement associé au projet de l’ASCAC en 1996 aux côtés de Jacob Carruthers pour un «African World History Project» où Jacob Carruthers propose notamment à Martin de travailler sur «la tentative des Juifs européens de dominer l’histoire africaine» (Jacob H. Carruthers & Leon C. Harris (ed.), African World History Project The Preliminary Challenge, Association for the Study of Classical African Civilization, 1997, p. 340). Il est compréhensible que Martin ne revendique aucune part puisque la révélation de Jeffries du 20 juillet 1991 est évidemment un faux pas, qu’aucun des membres de l’équipe de rédaction ne s’est déclaré suite à la publication et que Martin aurait eu du mal à justifier d’avoir proposé l’ouvrage à ses étudiants (objectif énoncé explicitement par Jeffries en juillet 1991) en y ayant participé anonymement. La dénégation était donc nécessaire, mais sa proximité avec Jeffries, et les membres de son équipe (Asante produira un compte-rendu enthousiaste du livre antisémite de Tony Martin incluant également des louanges pour The Secret Relationship…: Molefi Kete Asante, Journal of Black Studies, Sep., 1994, Vol. 25 No. 1, p. 118-119) et leurs thèses afrocentristes radicales rendent cette affirmation de totale ignorance du contenu de The Secret Relationship tout à fait absurde. Ce mensonge corrobore selon nous que Martin a très probablement joué un rôle déterminant dans la genèse de The Secret Relationship. On peut également relever que l’une des auteures mentionnées par Jeffries, la militante Charshee McIntyre, a rédigé en 1990 un article sur le rôle des Juifs dans l’esclavage («“Jews” and the Early Slave Trade - The Continuity of the International Slave Trade and Slave System»: la mise entre guillemets de “Jews” est une allusion aux délires afrocentristes accusant les Juifs d’être des usurpateurs suprémacistes blancs racistes sans lien avec les véritables hébreux, noirs comme il se doit, seuls vrais «sémites»…). Cet article, qui ne trouva aucune revue sérieuse (ni aucune revue du tout, en fait) pour l’accueillir apparaît sur internet en 2000, peu après le décès de Charshee McIntyre, sur des sites afrocentristes radicaux. Il offre sous une forme savante des accusations analogues — et des sources communes, déjà citées par Jeffries d’ailleurs, voire présentes dans Who Brought the Slaves to America — à celles de The Secret Relationship qui en reprend certains thèmes, mais pas tous. Ainsi l’accusation (infondée, mais aussi antisémite que classique) qui fait porter sur les Juifs la responsabilité d’une lecture raciste justifiant l’esclavage du mythe de Cham (connue aussi comme «malédiction de Canaan») — qui fut surtout un outil moderne de justification de la traite — est absent de The Secret Relationship mais sera tout au long des années 1990 et 2000 un thème de prédilection de Tony Martin: tous ces gens ont évidemment «travaillé» ensemble à l’élaboration des mêmes contre-vérités antisémites. Enfin, on peut noter que l’historienne Sarah Fila-Bakabadio, auteure d’une thèse sur l’afrocentrisme aux États-Unis, mentionne dans un article de 2007 («Holocauste contre holocauste. De l’articulation d’une rhétorique afrocentriste aux expressions contemporaines d’un antisémitisme noir», Diasporas. Histoire et sociétés, no 10, 2007, en ligne…) la «volonté affichée de Tony Martin de se consacrer à l'écriture des volumes suivants [The Secret Relationship]» (note 5, p. 73). 52. Daniel Levitas, The Terrorist Next Door: The Militia Movement and the Radical Right, New York: Thomas Dunne Books/St. Martin's Press, p. 226. Le caractère fictif de l’interview est confirmée en 2010 par le vieux routier de l’extrême droite, ancien Grand Wizard du Ku Klux Klan, le fondateur de la WAR (White Aryan Resistance), Tom Metzger, dans le journal de la WAR, The Insurgent. The progressive voice of Racism du 28 novembre 2010. Opal Tanner White a longtemps travaillé avec un acteur historique de la haine raciste et antisémite américaine, Gerald K. Smith. Ajoutons que Walter White avait un goût particulier pour les mensonges complotistes antisémites, puisqu’en 1976, il avait réédité un vieil opuscule antisémite, annonciateur des Protocoles des Sages de Sion, que l’escroc Frederick Milligen avait publié, sous le pseudonyme de Osman Bey, en français en 1873, traduit en anglais en 1878, The Conquest of the World by the Jews (ou World Conquest by the Jews, selon l’édition). Notre photographie de Walter White est tirée de sa réédition du pamphlet d’Osman Bey. Sur Milligen/Bey, voir Pierre-André Taguieff, La foire aux illuminés. Ésotérisme, théorie du complot, extrémisme, Paris: Mille et Une Nuits, 2005. 53. Aux pages 53 et 62 de l’ouvrage publiée par Brock on lit que le «Western Front de Walter White en Californie» et précise que Walter White est décédé. 54. Les passages suivant en sont des exemples parfaitement clairs: «these unfortunate creatures were placed into a horizontal position, pressed close together. Mostly they were chained together. In this position they had to remain for three months. until the end of the voyage. Rarely was there a Captain who sympathized with them or evidenced any feelings whatever for these pitiable creatures» (p. 8); «these Negroes were expendable, and endured much» (p. 10); «What terrible and unspeakable suffering was the lot of these millions of Blacks» (p. 15). 55. Who Brought the Slaves…, p. 10. L’usage du terme «negro» n’est pas raciste et était couramment utilisé par les militants noir eux-mêmes jusque dans les années 1970. 56. Who Brought the Slaves…, p. 16. 57. «Dr. Robert L. Brock», présenté à l’occasion d’une conférence sur les «Black Reparations» à Washington en 1988. Brock n’a évidemment aucune légitimité à utiliser le titre de «docteur» dont il fait précéder son nom… En ligne… 58. «Holocaust museum is a monstrous fraud on all of us», the Palm Beach Gazette, 30 décembre 1993. Les 7 et 9 août 1998, le groupe négationniste australien Adelaide Institute organise une «conférence révisionniste» où, après l’intervention téléphonique du négationniste français Serge Thion, «Robert Brock […] spoke by telephone from Washington, DC, about the Jewish role in the trans-Atlantic slave trade» («Revisionist Activism in Australia. The Adelaide Institute Conference», Journal of Historial Review, vol. 17 no. 6, novembre-décembre 1998, p. 10). 59. Paul Hall, «It’s not a black and white battle», Jubilee, novembre-décembre 1994, en ligne…. 60. Tom Tugend, «Revisionist meeting a fizzle, but street protesters sizzle», Jewish Telegraphic Agency, Daily News Bulletin, 3 février 1992, en ligne… 61. Who Brought the Slaves…, p. 11. 62. «Holocaust museum is a monstrous fraud on all of us», the Palm Beach Gazette, 30 décembre 1993. Brock signe un texte quasi identique (mentionnant «Sir Robert Rich») sous le titre «United for Holocaust Fairness» dans une feuille afrocentriste publiée à Atlanta, IFA Newsletter (vol. 4, no. 6, may 1996), qui fait également la part belle aux élucubrations antisémites de Leonard Jeffries et Tony Martin. L’Holocaust dont il est question sous la plume de Brock est évidemment celui subi par les Noirs. L’article dans IFA Newsletter se termine par «For additional information on this topic [le rôle des Juifs dans la traite] contact: Dr. Robert L Brock; Cosmopolitan Brotherhood Association; PO Box 70463; Washington, D.C.». 63. Who Brought the Slaves…, p. 27. 64. Il s’agit de la conférence de l’Adelaide Institute mentionnée précédemment, le résumé de l’intervention de Brock étant proposée dans «Revisionist Activism in Australia. The Adelaide Institute Conference», Journal of Historial Review, vol. 17 no. 6, novembre-décembre 1998, p. 10. 65. Who Brought the Slaves…, p. 5. 66. Jubilee95, «Who brought the slaves to America», 1995/11/16, misc.activism.militia, Message-ID: <816566240$2887@atype.com>. Toujours en ligne… On peut raisonnablement supposer qu’il s’agit d’un retirage de l’opuscule par Robert Brock lui-même. 67. C’est d’autant plus probable que, au moins pour son premier ouvrage sur Garvey (Race First: The Ideological and Organizational Struggles of Marcus Garvey and the Universal Negro Improvement Association, Westport, Connecticut and London: Greenwood Press, 1976), Tony Martin a interviewé de vieux Garveyistes et participé à leurs réunions (mentionné notamment ibid. p. 210). Martin ne cite pas explicitement Brock, mais cela n’exclut nullement qu’il l’ait croisé, compte tenu de son enquête au long cours dans les milieux garveyistes: Robert Brock était déjà l’un de ces plus célèbres vétérans.

Robert L. Brock

Un suprémaciste noir, antisémite et négationniste, allié au Ku Klux Klan

par Gilles Karmasyn

© PHDN - Reproduction interdite sauf pour usage personnel - No reproduction except for personal use only
 

Robert Brock (American Bar Association Journal, novembre 2000, p. 42) 
Robert Brock en 2000

Préambule

Pete Peters   
Pete Peters

En ce jour de juillet 1988, un homme en tenue traditionnelle du Ku Klux Klan, robe blanche et visage dissimulé sous la célèbre cagoule pointue, s’avance devant l’auditoire d’un «Bible camp» de la Christian Identity, à Cedaredge, Colorado. La Christian Identity est un groupe suprémaciste blanc chrétien fondamentaliste qui considère les Juifs comme «la synagogue de Satan» ayant usurpé et falsifié le message divin, les non-blancs – au premier rang desquels les noirs – comme des sous-hommes, et les blancs «nordiques», protestants, comme le peuple élu de Dieu, la Terre Promise étant évidemment l’Amérique1. L’organisateur de cette manifestation est l’un de ses leaders les plus fanatiques: Pete Peters est l’homme dont les diatribes et la rancune ont probablement motivé les terroristes du groupe raciste The Order qui ont assassiné le journaliste juif Alan Berg en 1984 (il avait dénoncé les délires racistes et antisémites de la Christian Identity)2. Nous sommes chez des fous, des fous dangereux.

Le personnage en tenue du Ku Klux Klan est venu faire la promotion du «Pace amendment», un projet visant notamment au «rapatriement» des noirs en Afrique. Cela ne saurait étonner compte tenu de l’idéologie de la Christian Identity et de sa proximité avec le très raciste Klan. Cependant, lorsqu‘il retire sa cagoule, l’auditoire reste bouche bée, et il y a de quoi: cet orateur est noir, il s’appelle Robert Lee Brock3.

Robert L. Brock est pourtant bien un authentique sympathisant du Klan, même s’il n’en partage pas le racisme anti-noirs. Thomas Robb, un responsable du Ku Klux Klan, a d’ailleurs déclaré que Robert Brock avait soutenu le Klan financièrement4. Brock fut le plus délirant des militants racistes noirs dont le désir de séparation, son propre suprémacisme racial et l’antisémitisme étaient si intenses qu’il s’allia avec les plus extrémistes des plus racistes des suprémacistes blancs. Voici sa «carrière» et, malheureusement, ses réussites…

Introduction

L’histoire longue, douloureuse et complexe de l’«émancipation» des populations afro-américaines, loin d’être achevée, compte sur ses marges — de façon compréhensible — quelques mouvements extrémistes, comme les suprémacistes noirs de Nation of Islam ou les séparatiste pro-«rapatriement» (vers l’Afrique…) dans la lignée de Marcus Garvey.

Robert L. Brock   
Robert L. Brock

Parmi les personnages qui ont évolué dans ces milieux l’un d’entre eux, Robert Lee Brock, est principalement connu pour être un militant pro-«réparations», fondateur d’un Self Determination Committee qui a milité pendant un demi-siècle pour l’obtention de sommes importantes pour chaque afro-américain vivant (entre 250 et 500 mille dollars), en se fondant sur des raisonnements juridiques fumeux, expliquant l’échec de sa démarche. Dans les années 1990 et 2000, malgré tout, il prétendait (indûment) pouvoir représenter légalement pour demander des réparations, toute personne qui lui remettait un chèque de 50 dollars, ce qui ressemblait fort à une escroquerie5, une escroquerie qui lui aurait rapporté plus de huit millions de dollars6

De nombreux articles ou études ne mentionnent que l’aspect «réparations» du militantisme de Robert Brock (ne relevant que très rarement sa malhonnêteté). Toutefois, dès les années 1960 et jusqu'à sa mort, Robert Brock a été beaucoup plus que cela: le seul militant noir américain de la cause noire à s’associer avec constance, par conviction, avec l’extrême droite raciste américaine, à militer à ses côtés et à la soutenir, produisant du matériel raciste, antisémite, pro-nazi et négationniste. En outre, nous avons pu établir que Brock a joué un rôle fondamental dans la genèse d’une des principales accusations antisémites portées dans le second vingtième siècle contre les Juifs tant par les suprémacistes blancs que par les suprémacistes noirs: la prétendue responsabilité juive dans la traite négrière transatlantique et l’esclavage des Noirs.

Eléments biographiques: le Garveyiste Robert Brock

Robert Brock en 1966
Robert Brock en 1966

Robert Lee Brock naît en 1926 en Louisiane et grandit dans le ghetto de Watts à Los Angeles (Californie). Son père est débardeur et sa mère employée dans un hôpital. Après l’armée, Robert L. Brock travaille comme marin et dirige pendant quelques temps un restaurant à Los Angeles. Il fréquente la Southwestern Law School mais échoue à obtenir un diplôme et bien qu'il se présenta toute sa vie comme un «spécialiste» en droit, il ne pouvait se prévaloir du titre d’avocat. Il entre en politique dans les années 1950, devient président de la Cosmopolitan Brotherhood Association, un groupe nationaliste noir créé en 1945, et fonde The Self Determination Committee en 19567.

Malcolm X   
Malcolm X

C’est principalement son action au sein de cette organisation qui lui vaut d’être connu et mentionné dans la littérature relevant des «black studies» aux Etats-Unis. La publication officielle de la Nation of Islam, Muhammad Speaks (aujourd’hui The Final Call) mentionne le militantisme de Robert Brock à plusieurs reprises entre 1965 et 19678. Brock n’a jamais fait partie de la Nation of Islam; il a été (et resté) proche de Malcolm X9. Cette proximité de Robert Brock avec la Nation of Islam n’a qu’exceptionnellement été relevée, à notre connaissance, par les journalistes ou les chercheurs, bien qu’elle ait été parfois explicitement énoncée par des dirigeants de la NOI, comme Khalid Muhammad (voir plus bas).

Marcus Garvey
Marcus Garvey

Un autre aspect de la biographie de Brock quasi passé sous silence par les différents auteurs qui se sont intéressés à lui est son séparatisme radical. Si Robert Brock milite pour des réparations (très) importantes, c’est qu’il souhaite donner aux Noirs américains les moyens d’une séparation totale de la société blanche. Aspect totalement ignoré par les biographes de Brock, ce dernier est en fait un Garveyiste convaincu, partisan d’une «repatriation», d’un retour des Noirs en Afrique. Brock s’est sans doute formé au militantisme auprès de «Queen Mother» Audley Moore, militante Garveyiste historique, également pionnière des demandes de réparations avec son organisation créée en 1955, the Reparations Committee of Descendants of United States Slaves10. À la fin des années 1960, Robert Brock écrit dans l’organe officiel de l’Universal Negro Improvement Association (l’UNIA), l’organisation fondée par Marcus Garvey, Garvey’s Voice. Il y signe par exemple un éditorial intitulé «Black Repatriation»11. Robert L. Brock fut membre de l’UNIA de Garvey et détenteur dans les années 1960 d’un «passeport» émis par cette organisation. Ces aspects — séparatisme pro-rapatriement et Garveyisme — ignorés de la biographie de Brock, auront leur importance dans ce qui suit.

Brock, l’allié des suprémacistes blancs et des néonazis

Outre sa relative célébrité pour son combat pour les «réparations», Robert Brock se construit dans les années 1980 une autre réputation, plus confidentielle mais néanmoins publique, autour de son engagement aussi spectaculaire qu’inattendu auprès des pires mouvements racistes et suprémacistes blancs américains. S’il est certainement le plus excessif et le plus constant des militants politiques noirs à s’être commis avec des mouvements racistes blancs, il n’était pas le premier: Marcus Garvey ou Malcolm X avaient déjà fait de telles tentatives de rapprochements12. Il ne resta pas le seul: la Nation of Islam de Louis Farrakhan continue à ce jour de se commettre avec des suprémacistes blancs, notamment autour de thématiques antisémites13.

William David Johnson   
William David Johnson

Robert Brock se fait d’abord remarquer pour le soutien qu’il apporte au «Pace amendment», un projet d’amendement à la Consitution américaine portée par le militant William Daniel Johnson (sous le pseudonyme de James O. Pace) destiné à révoquer la citoyenneté de tous les «non blancs» et promouvant leur «rapatriement» dans leurs «pays d’origine» (les Juifs étant évidemment considérés comme «non blancs» à expulser). Le «Pace amendment» fut soutenu par les Aryan Nations, le groupe raciste blanc le plus virulent des USA ou la White Aryan Resistance de l’ancien Ku Klux Klan Tom Metzger. En 1987-1988, via une «League of Pace Amendment Advocates», Johnson multiplie les interventions médiatiques pour faire la promotion du «Pace amendment». En 1988 au plus tard, Robert Brock est à ses côtés pour le soutenir14. En février 1988, Brock organisait à Washington DC une réunion où intervenait un porte-parole des Aryan Nations15.

Tom Metzger
Tom Metzger

Brock travaille et s’associe sans état d’âme à tout ce que l’extrême droite raciste américaine aligne de militants exaltés, ainsi de son apparition en habit du Ku Klux Klan en 1988 auprès de la Christian Identity. Ses fréquentations et collaborations se lisent comme un Who’s Who de la haine raciste et antisémite américaine et européenne. En 1988, Nationalism Today, l’organe du National Front fasciste britannique fait son portrait. Il est alors en contact avec le militant raciste Mat Malone, s’affiche à la télévision en 1989 avec le compère de celui-ci, Robert Hoy16.

Louis Beam   
Louis Beam

En août 1994, Brock participe à la Jubilation Celebration and Conference, un événement de nouveau organisé par la Christian Identity autour de sa publication The Jubilee. Brock y partage la tribune avec des fanatiques racistes professionnels comme Don Rogers, “Red” Beckman, et l’ancien Grand Dragon du Ku Klux Klan passé aux Aryan Nations, Louis Beam17. Le public semble avoir eu du mal à accepter la participation d’un homme noir, fut-il aussi complaisant que Robert Brock. Dans le numéro de novembre-décembre 1994 de Jubilee, le directeur de la revue, Paul Hall, le justifie: «Il est certain que lorsqu’on contraint diverses cultures à coexister on crée des problèmes. La solution consiste à trouver comment vivre séparément, et c’est ce à quoi s’emploie Brock.». Paul Hall ajoute qu’il faut que le «message important» de Robert Brock soit compris par les Noirs, l’essentiel de ce message étant que «l’Amérique n’est pas leur pays, et les Edomites [les Juifs] les ont exploités et les ont trompés».

David Duke   
David Duke

Trois années de suite au moins, Robert Brock participe à la conférence organisée en Allemagne, à Passau (ville de Bavière où Hitler et Himmler ont tous deux passé quelques années de leur enfance), par les néonazis de la Deutsche Volksunion de Gerhard Frey18, en 199419, 199520 et 1996 (le 28 septembre, aux côté de l’ancien leader du Ku Klux Klan, David Duke)21 Il y dénonce les Juifs comme un groupe haïssant l’Allemagne et lui dictant sa politique. Il termine à chaque fois en chantant Deutschland Über Alles22.

Don Black
Don Black

En 1998, on le retrouve intervenant parmi les fanatiques racistes de la First Annual Conference on Racial Separatism (dont Don Black, ancien membre de l’American Nazi Party et du Ku Klux Klan, ou Willis Carto du Liberty Lobby). Il présente Hitler comme un «séparatiste» qui voulait simplement se débarrasser des Juifs23. Il fait la promotion de la «repatriation» des Noirs vers l’Afrique où, explique-t-il, ils auront envoyé un homme sur la lune en moins de trois ans24. Les Juifs y sont accusés par Brock d’être les responsables du fléau de l’intégration et Brock exhorte son public blanc à être et demeurer raciste, afin de ne pas devenir des «bâtards marron-chocolat»25

Les obsessions parano-antisémites de Robert Brock le font adhérer aux, ou inventer les théories du complot les plus délirantes. Il soutient ainsi que John Kennedy a été assassiné parce qu'il avait permis aux Noirs américains de s’affranchir de leur tutelle juive…26.

Robert Brock, le négationniste

Willis Carto   
Willis Carto

L’un des aspects les plus extraordinaires de l’activité antisémite de Robert Brock est son virulent militantisme négationniste. Il se concrétise notamment par sa proximité avec Willis Carto, le militant raciste et négationniste, fondateur de l’IHR27.

Brock fit partie du Populist Party, un parti d’extrême droite à la fondation duquel Willis Carto avait participé en 198428. De nouveau Brock fait partie d’une organisation plus virulente encore fondée par Carto en 1991, le Populist Action Committee (le PAC)29 qui compta les militants racistes et antisémites les plus acharnés qui soient, comme James “Bo” Gritz ou Eustace Mullins (pionnier de la dénonciation des vaccins, un complot évidemment juif) et divers membres du Ku Klux Klan ou de l’American Nazi Party. Brock était surtout membre de la principale organisation de Carto, le Liberty Lobby.

Eustace Mullins
Eustace Mullins

Au tout début des années 1980, Robert Brock s’était d’ailleurs offert comme témoin de moralité pour Willis Carto, alors en procès avec Mel Melmerstein30. Brock fit partie du directoire du Liberty Lobby et écrivait dans son organe de propagande, The Spotlight, des articles à teneur négationniste31. En 1994 et 1995, Brock organise des manifestations devant le United States Holocaust Memory Museum nouvellement créé, le dénonçant comme une escroquerie.

En février 1992 Brock organisait une conférence négationniste à Los Angeles devant réunir suprémacistes blancs négationnistes du Liberty Lobby, de l’IHR et suprémacistes noirs. Brock avait annoncé la participation du suprémaciste noir et afrocentriste radical Leonard Jeffries32, qui se serait décommandé au dernier moment33. La réunion est un échec (trois orateurs, dont le directeur de l’IHR, le négationniste Mark Weber, devant treize spectateurs), mais fait connaître Brock des médias34. En 1995, Brock fait paraître (ou laisse paraître sous son nom…) en allemand un assemblage de citations d’auteurs nazis, néo-nazis, racistes, antisémites et négationnistes, auxquels il mêle quelques plumes moins engagées et sans doute non sollicitées, Freispruch für Deutchland (Acquittement pour l’Allemagne), destiné à disculper l’Allemagne nazie de ses crimes35.

Couverture de Holocaust Dogma of Judaism   
Couverture de Holocaust Dogma of Judaism

La même année, Robert Brock se fait l’éditeur et le distributeur d’un ouvrage rédigé sous le pseudonyme de Ben Weintraub (patronyme considéré sans doute par son auteur comme ayant une consonnance «juive», censé accorder un surplus de «crédibilité» à son pamphlet) par la militante conspirationniste et antisémite américaine d’origine suisse, Margaret Stucki36. Holocaust Dogma of Judaism: Keystone of the New World Order. Cet ouvrage négationniste délirant, introduit par une citation du négationniste germano-canadien Ernst Zündel et une préface de Willis Carto, est dédié au négationniste Robert Faurisson. Margaret Stucki prétend y démontrer que le chiffre de 6 millions de victimes est une invention rabbinique de portée numérologico-mystique que les récits (évidemment inventés) du génocide ne visent qu’à corroborer37 et évidemment que les Juifs conspirent pour dominer le monde (ils contrôleraient déjà les États-Unis)38. Le faux antisémite Les Protocoles des Sages de Sion y est évidemment considérés comme authentique. Le SIDA est présenté comme un virus fabriqué à partir de cellules de moutons dans un laboratoire gouvernemental et injecté à la population homosexuelle d’une prison de New York par un médecin communiste juif à la solde de l'Organisation Mondiale de la Santé… Brock adhère explicitement à ces inepties39.

Il nous faut relever ici que tout ceci était de notoriété publique dès la fin des années 1980. Cela n’a cependant pas empêché de grands médias progressistes américains de faire des portraits élogieux de Robert-Brock-le-militant-pro-réparations, sans faire la moindre allusion au profil d’escroc de Brock et à son militantisme antisémite délirant aux côtés des suprémacistes blancs racistes les plus débridés, dans les années 1990 et 200040. On demeure abasourdi devant une telle complaisance.

Un suprémaciste noir honore Robert Brock en 1994

On l’a vu plus haut, au début de son activisme politique, Brock est un Garveyiste (il l’est toujours resté) proche de Malcolm X. Il a sans doute puisé ses premières inspirations antisémites dans l’antisémitisme de Marcus Garvey, lequel a pris une tournure hystérique dans les années 1920 et 193041, allant jusqu’à l’admiration exprimée pour Hitler, même si Garvey conservait, semble-t-il, une forme de sympathie pour les sionistes42. Les manifestations de l’antisémitisme de Malcolm X sont elles aussi bien connues43.

Khalid Muhammad   
Khalid Muhammad

Plus récemment, Robert Brock s’est de nouveau vu associé avec des suprémacistes noirs antisémites. L’un des antisémites les plus virulents issus de la Nation of Islam de Louis Farrakhan dont il fut le numéro 2, Khalid Muhammad, présentait ainsi le 19 avril 1994, lors d’un discours à la Howard University, Robert Brock comme «l’un de nos grands anciens». La longue prestation de Khalid Muhammad était principalement consacrée à l’exposé du «Black Holocaust» de «six cent millions de victimes» [sic] comme infiniment plus légitime que celui des Juifs, qu’en passant Khalid Muhammad mettait en doute44. On y retrouve l’outrance raciste et antisémite, y compris des appels au meurtre, qui avait fait scandale un an plus tôt lors d’une prestation analogue au Kean’s College45. Lors de son discours à Howard, Khalid Muhammad renchérirait en approuvant de récents assassinats racistes commis contre des blancs et des asiatiques46.

The Secret Relationship Between Blacks and Jews (Nation of Islam, 1991)   
The Secret Relationship Between Blacks and Jews (Nation of Islam, 1991)

L’une des accusations antisémites répétée par Khalid Muhammad à Howard est celle du rôle prétendûment prépondérant qu’auraient joué les Juifs dans les traites négrières et l’esclavage47. Cette accusation délirante (et réfutée) a été popularisée par la Nation of Islam depuis 1991 par le biais d’une publication de son «Département des études historiques», The Secret Relationship between Blacks and Jews.

The Secret Relationship between Blacks and Jews

Leonard Jeffries
Leonard Jeffries

The Secret Relationship est présenté au public en novembre 1991 lors de la réunion inaugurale du Black African Holocaust Council (BAHC), organisme créé par la Nation of Islam, dirigé par le bras droit de Khalid Muhammad, Eric Muhammad48. Khalid Muhammad avait été le principal orateur de cette réunion. Le thème d’une responsabilité juive dans les traites négrières avait été inauguré en juillet 1991 par un autre suprémaciste noir proche de la Nation of Islam, Leonard Jeffries, présent à Howard en 1994 (où il précéda Khalid Muhammad devant l’auditoire) et auquel Khalid Muhammad rend plusieurs fois hommage. L’importance de cette accusation dans les rhétoriques antisémites de la fin du XXe siècle et du début du XXIe ne peut être négligée: en France, elle a été reprise et popularisée par l’ancien humoriste Dieudonné M’Bala, sans doute intoxiqué par la Nation of Islam dont il a favorisé l’installation en France dès le début des années 2000. Officiellement, The Secret Relationship… est un ouvrage anonyme, sans nom d’auteurs, prétendument le fruit du travail collectif d’un «Historical Research Department of Nation of Islam» créé pour la circonstance. En fait, une des chevilles ouvrières de l’ouvrage en annonce le projet lui-même et mentionne, outre lui-même, certains des membres constituant l’équipe de rédacteurs: Leonard Jeffries, dans son discours du 20 juillet 1991, annonce en mesure de rétorsion contre ce qu’il considère comme les agissements racistes juifs contre les Noirs: «Nous sommes en train de préparer dix volumes concernant the Jewish relationship with the Black community in reference to slavery afin de les incorporer aux cursus scolaires […] Personne n’a plus étudié le sujet ces deux dernières années que moi et les personnes qui m’entourent […] Les Dr. [Jacob] Carruthers, Dr. [Molefi Kete] Asante, Dr. [Asa] Hilliard, Dr. Charshee McIntyre, et mon épouse [Rosalind Jeffries] […] nous allons sortir dix volumes majeurs à propos de la communauté juive (la riche communauté juive) et l’esclavage»49. La liste des thèmes énumérés par Leonard Jeffries à cette même occasion correspond d’ailleurs bien au contenu de The Secret Relationship. Il est assez remarquable de constater que ne figure, dans cette équipe, aucun membre militant de la Nation of Islam. Ce sont tous des afrocentristes radicaux, presque tous membres et/ou fondateurs de l’Association for the Study of Classical African Civilizations (ASCAC).

Leonard Jeffries, Khalid Muhammad et Ice Cube en 1991
Leonard Jeffries, Khalid Muhammad et Ice Cube en 1991

Leonard Jeffries est un authentique compagnon de route de la NOI, non seulement pour la similarité de son discours racialiste et raciste avec celui de la NOI et de leurs délires pseudo-historiques communs, mais aussi pour l’affichage public de Jeffries aux côtés de figures majeures de la NOI comme Khalid Muhammad ou d’ostensibles sympathisants comme le rappeur Ice Cube, photographiés, ci-contre, tous les trois en 1991. Sa présence à Howard en 1994 s’inscrit dans ce compagnonnage. La veille de la Million Man March organisée par Louis Farrakhan le 16 octobre 1995, Jeffries fait partie des orateurs de la conférence qui la précède (aux côtés de Tony Martin — voir plus bas — et de Khalid Muhammad). Il y donne une prestation particulièrement enflammée sur ses thèmes habituels. En 2002, il était présent lors d’un discours de Louis Farrakhan qui en profite pour faire l’éloge de Jeffries devant son public et mentionner la continuité de leur relation et de leurs échanges50.

Tony Martin   
Tony Martin

The Secret Relationship between Blacks and Jews est un ouvrage complètement décrédibilisé et réfuté tant sur le fonds que sur la méthologie, très proche de celle des négationnistes et des complotistes les plus vulgaires. Nous l’avons vu précédemment, ses auteurs ne sont pas officiellement désignés, même après la sortie de Jeffries (qui ne se reproduisit jamais). Les afrocentristes radicaux énumérés par Leonard Jeffries ne sont pas les seuls à avoir participé à l’élaboration du pamphlet. Il se trouve que Khalid Muhammad a lui aussi livré le nom d’un autre de ses auteurs, sans doute pas intentionnellemenent, lorsque, en 1993, pendant son discours au Kean’s College, il révèle à propos de The Secret Relationship la participation de Tony Martin. Celui-ci, professeur d’histoire afro-américaine au Wellesley College dans le Massachusetts a suscité le scandale la même année pour avoir imposé à ses étudiants la lecture de The Secret Relationship (ce qui se conçoit narcissiquement s’il en était l’un des auteurs) présenté comme source historique fiable51. Tony Martin est présent, comme Leonard Jeffries à Howard en 1994. Lui aussi, comme Jeffries, intervient devant l’auditoire, pour une diatribe antisémite durant laquelle, notamment, il reprend un canard antisémite communiste répugnant, celui de la «collaboration» des sionistes avec les nazis. Khalid Muhammad lui rend plusieurs fois hommage et la caméra qui filme l’événement s’attarde plusieurs fois sur Martin qui acquiesse aux propos les plus virulents de Khalid Muhammad. Comme Jeffries, Martin intervient à la conférence du 15 octobre 1995 organisée la veille de la Million Man March de Farrakhan, aux côtés de Khalid Muhammad.

Who Brought the Slaves to America? (1968)
Who Brought the Slaves to America? (1968)

Toutefois, The Secret Relationship n’est pas la première tentative de porter une telle accusation. Le pamphlet de la Nation of Islam a été précédé en 1968 par un opuscule publié par un groupuscule suprémaciste blanc californien, Western Front, sis à Los Angeles. Publié sous la houlette de son fondateur, Walter White Jr., Who Brought the Slaves to America? («Qui a amené les esclaves en Amérique?») est une plaquette de trente deux pages qui apporte une réponse dénuée d’ambiguité à la question posée: les Juifs. The Secret Relationship reprend d’ailleurs quasiment intégralement les éléments avancés par Who Brought the Slaves to America? dont il n’est qu’un monstrueux développement.

Walter White et Who Brought the Slaves to America

Walter White Jr.   
Walter White Jr.

Avant de revenir à Who Brought the Slaves…, il convient de mentionner que si Walter White connu une certaine célébrité au sein de l’extrême-droite raciste et antisémite, ce fut moins en raison de ce premier opuscule que d’une interview que White aurait recueillie en 1974 auprès de Harold Wallace Rosenthal, un Américain juif, travaillant dans l’équipe du sénateur de New York, également juif, Jacob K. Javits. Les propos rapportés par White dans la publication qu’il tire en 1978 de cette interview, The Hidden Tiranny: The Issue that Dwarfs All Other Issues, prêtent à Rosenthal la divulgation d’un complot juif de domination mondiale — quelle surprise! — agrémenté de révélations ésotériques (les Juifs adorent en réalité Lucifer). L’extrême-droite antisémite-complotiste, pas exclusivement américaine, n’a cessé depuis de faire ses choux gras de ces révélations (faites par un Juif introduit dans les milieux dirigeants américains, qui plus est). Cette resucée des Protocoles des Sages de Sion est évidemment, comme son célèbre prédecesseur, un faux. Harold Wallace Rosenthal est mort assassiné dans un attentat terroriste en 1976, deux ans avant la publication de son «interview» par Walter White, laquelle a été en fait entièrement rédigée par l’épouse de White, Opal Tanner White, co-fondatrice du Western Front avec son mari et militante raciste émérite52. On aura noté le caractère particulièrement abject consistant à faire porter mensongèrement à un Juif décédé depuis deux ans la responsabilité d’un discours à l’antisémitisme délirant. Faut-il souligner que ce faux, malgré la diffusion qu’il connaît dans les milieux antisémites-complotistes reste assez confidentiel? Il est pourtant cité dans l’ouvrage publié par Robert Brock, Holocaust Dogma of Judaism, pour illustrer l’aspect luciférien du projet juif de domination mondiale. Il y est également mentionné que White est décédé, une information qui n’est probablement connue que de quelques familiers et que, selon nous, seul un familier considèrerait légitime de mentionner par écrit53

La publication en 1968 par Walter White Jr. d’un opuscule faisant porter aux Juifs la responsabilité de la traite négrière transatlantique n’est guère suprenante. Depuis des décennies, des discours faisant plus ou moins explicitement porter la responsabilité de la «batardisation» des blancs par les noirs sur les Juifs, désireux de nuire à la «race blanche» circulent dans les milieux suprémacistes. On trouve aujourd’hui exprimé ce même discours reprochant plus généralement le métissage de «sociétés blanches» (Europe, Amérique WASP) chez de nombreux mouvements d’extrême-droite européens ou américains. C’est d’ailleurs sous cet angle rhétorique que la promotion et la diffusion de Who Brought the Slaves… est faite à l’extrême-droite raciste.

Who Brought the Slaves… p. 3 (zoom)
Who Brought the Slaves, page 3

Les auteurs traitant de ce sujet attribuent la paternité de Who Brought the Slaves… à Walter White lui-même. Cependant, l’examen de la plaquette, dont la couverture porte seulement le titre et aucun nom d’auteur, mentionne en page 3: «Slavery and the Jews. Published by Western Front. Walter White». Walter White n’est pas l’auteur, il n’est que l’éditeur et le diffuseur de la plaquette. Qui donc alors, est l’auteur de Who Brought the Slaves to America?

Robert Brock et Who Brought the Slaves to America

Un examen serré de ce que ces trente deux pages contiennent réserve une surprise de taille au lecteur attentif. Who Brought the Slaves to America? n’est pas le moins du monde un pamphlet raciste anti-noirs. Au contraire, on y décèle assez facilement une véritable empathie pour les victimes de la traite négrière54. Il est pratiquement certain, aux yeux de l’auteur des présentes lignes, que l’auteur de Who Brought the Slaves… ne peut être un blanc raciste, qu’il s’agit d’une personne pleine d’empathie pour les esclaves noirs amenés d’Afrique. De plus, l’auteur fait un éloge d’une solution à la question de la présence des noirs aux USA, la repatriation… Il le fait d’ailleurs en des termes qui ne permettent pas de douter qu’il est lui même noir: «Meanwhile, this author will speak before Negro groups and organizations throughout America, educating them to the FACTS of slavery in America, and we will hope that the White American will DEMAND of HIS Representative a proper consideration of Repatriation for American Blacks»55. Enfin, le contenu de Who Brought the Slaves… n’est pas seulement antisémite, il est aussi négationniste. On y lit en effet: «And the Jews still talk about the Germans and Hitler and how six million Jews were exterminated during World War II. This is the greatest LIE ever perpetrated upon the people of the world»56.

Un militant noir, qui fricoterait avec l’extrême droite suprémaciste blanche, actif à Los Angeles dans les années 1960, militant de la repatriation des noirs en Afrique, antisémite et négationniste, c’est le portrait robot de Robert L. Brock. Sans doute n’y a-t-il d’ailleurs aucun autre «candidat» possible.

De nombreuses autres circonstances, étrangères à la critique interne de Who Brought the Slaves… nous semblent militer fortement en faveur de notre hypothèse. On l’a vu au tout début de notre étude, Robert Brock était dès le début de sa carrrière militante un Garveyiste convaincu. Or Tony Martin, l’universitaire présenté (sans doute une maladresse) par Khalid Muhammad comme un des participants à la rédaction de The Secret Relationship — qui reprend, rappelons-le, et la thèse et le contenu de Who Brought the Slaves… — n’a jamais eu qu’un seul domaine d’expertise: Marcus Garvey, sur lequel portait sa thèse et qui fut quasiment le seul sujet des ouvrages qu’il publia (en dehors d’un livre antisémite). Nous avons ici une raison très valable et très probable de l’existence de relations entre Tony Martin et Robert Brock.

Celui-ci, précise sa présentation biographique57, aurait enseigné les sciences politiques à l'Université d'Etat de Californie et y aurait développé des compétences en bibliothéconomie. Or, les bibliothèques de cette université possèdent la plupart des ouvrages et sources utilisées pour composer Who Brought the Slaves…. Par ailleurs, Brock est intervenu plusieurs fois, dans les années 1990, sur le thème de la responsabilité des Juifs dans la traite négrière58. Jamais, semble-t-il Brock ne se réfère à The Secret Relationship et plusieurs de ses interventions portent explicitement le titre «Who brought the Slaves to America». Ainsi le thème de l’intervention de Brock, en août 1994, à la Jubilation Celebration and Conference de la Christian Identity mentionné plus haut était: «who brought the slaves to America»59. Lorsqu’on peut disposer des éléments que Brock emploie lors de ses interventions sur la responsabilité des Juifs dans la traite négrière, on peut constater qu’ils ne semblent jamais extraits de The Secret Relationship, mais toujours de Who brought the Slaves…. Ainsi le chiffre de «110 millions» de victimes est-il utilisé par Brock en 199260, chiffre présent dans Who brought the Slaves…61 mais absent de The Secret Relationship. Il y a d’autres exemples tout aussi probants, de même nature. Ainsi en 1993, Brock publie dans un journal de Floride un court texte où il insiste sur les rôle des Juifs dans les traites et mentionne un certain «Sir Robert Rich»62, jamais mentionné dans The Secret Relationship, mais bien présent dans Who Brought the Slaves63. En 1998, intervenant par téléphone à une «revisionist conference» australienne organisée par le négationniste Fredrick Töben, Brock reprend de nouveau le chiffre de «110 millions» de victimes mentionne «120 navires négriers» possédés par des Juifs64, chiffre présent dans Who brought the Slaves…65 et absent de The Secret Relationship.

Finalement, nous tenons sans doute la confirmation la plus explicite de la pleine responsabilité de Robert Brock dans la rédaction de cet opuscule, dans les propos de la Christian Identity. En 1995 la publication de la Christian Identity, Jubilee se dote d’une adresse mail, jubilee95@aol.com, dédiée à la communication sur les forums USENET, et y poste, sur des groupes nationalistes et racistes. Il n’est pas impossible que Paul Hall utilise lui-même cette adresse. On se souvient qu’en 1994, Robert Brock avait disserté sur «Who brought the slaves to America» lors de la Jubilation Celebration and Conference. Le 11 novembre 1995, jubilee95@aol.com envoie sur le forum misc.activism.militia un article intitulé «Who brought the slaves to America». On y lit:

«Who Brought the Slaves to America is a book about the slave trade and is recommended to all who believe there is more to the story that just a simple matter of white and black. Who were the merchants that convinced agricultural America that slaves were necessary, and who profited most from that trade. […] Who are the agitators today who profit from the struggle still going on between two very different peoples? Are they merchants of yesterday? Who brought the slaves to America was written by African American activist Mr. Robert Brock. It gives a comprehensive step by step run down of those who ran the slave trade, and what purpose there was behind the merchants who sold them. The adress in the book is: Mr. Robert Brock, 1707 E. 103rd. Street, Los Angeles, CA 90002»66.

L’ensemble de tous ces éléments nous paraît largement suffisant pour affirmer sans la moindre hésitation que Robert L. Brock est bien l’auteur de Who Brought the Slaves to America?.

En résumé: genèse et parcours d’une accusation contre les Juifs

Le scénario le plus probable est donc le suivant: Robert Brock se forme au militantisme de la cause noire dans les années 1950 et 1960 dans des milieux marqués par l’antisémitisme, notamment Garveyistes (dont il fait sien le tropisme du rapatriement) et familiers de Malcolm X et de la Nation of Islam. Pendant sa fréquentation de l’Université de Californie, il élabore un texte accusant les Juifs d’être les principaux responsables de l’esclavage des noirs. Sans doute ne parvient-il pas à faire publier ce texte par les milieux militants noirs effrayés tant par la thèse que par l’indigence du texte. Il n’est pas douteux que les militants noirs connaissent leurs adversaires (théoriques). Brock a-t-il déjà fréquenté dans les années 1960 des suprémacistes blancs? Il est difficile de répondre à cette question, mais sa carrière ultérieure montre que cela n’effraie nullement Brock qui partage leurs délires conspirationnistes antisémites et nous savons que, tant Marcus Garvey que Malcom X ont tenté des rapprochements avec les racistes blancs. Brock aurait alors contacté un groupuscule suprémaciste blanc local (Brock milite à Los Angeles), le Western Front, dont le directeur, Walter White Jr., accepte de publier son texte, sans mention d’auteur, ce qui se comprend: en 1968, cette association aurait sans doute fait grincer des dents les alliés des deux partenaires. Brock ne souhaitait sans doute pas non plus mettre en péril les autres causes qu’il défendait en étant identifié comme l’auteur d’un pamphlet antisémite. Who Brought the Slaves to America? poursuit alors une carrière confidentielle à l’extrême-droite et Robert Brock lui, développera son propre engagement auprès des plus virulents racistes blancs, en partie par obsession séparatiste, en partie par obsession antisémite.

Le Garveyiste Robert Brock croise-t-il la route du jeune étudiant ou du jeune professeur Tony Martin, spécialiste de Marcus Garvey dans les années 1970 ou 1980? Nous le croyons67. C’est très probablement par ce canal – qu’est portée à la connaissance d’autres afrocentristes radicaux organisés autour de Leonard Jeffries la thèse de Who Brought the Slaves to America?. Le pamphlet n’est évidemment pas utilisable en l’état. Une équipe est réunie par Leonard Jeffries — sans doute Tony Martin y a-t-il sa part — et élabore The Secret Relationship between Blacks and Jews sur la base de Who Brought the Slaves…. Compte tenu de l’indigence méthodologique et de la nature délirante de la thèse, sans doute ne trouvent-ils aucun éditeur respectable pour publier leur production. Leur suprémacisme noir et leur racisme les rendent idéologiquement très proches de la Nation of Islam, ce que de nombreux éléments précédemment exposés confirment. La NOI, dans les années 1980, multiplie les discours antisémites. C’est naturellement que The Secret Relationship… trouve sa place dans la rhétorique antisémite de la NOI. Un pseudo groupe scientifique de façade est créé pour l’occasion et c’est le bras droit de Farrakhan, Khalid Muhammad qui se fait l’artisan de sa publication et de sa promotion. Ses véritables auteurs s’effacent donc derrière la NOI. Khalid Muhammad dévoilera par maladresse le rôle de Tony Martin et il rendra hommage à Robert Brock à Howard où se trouvent justement réunis les acteurs principaux de l’élaboration de cette nouvelle fiction antisémite (Brock, Martin, Jeffries, Muhammad). Robert Brock se met peu après à faire des conférences sur le sujet.

Sans doute Robert Brock a-t-il conçu quelque frustration à ne pas être plus explicitement honoré pour son rôle dans la genèse de The Secret Relationship. Cela se comprend tant le scandale que sa publication a suscité fut important. Cela explique que Brock utilise explicitement le titre Who Brought the Slaves to America? dans ses conférences, et que c’est naturellement qu’il en utilise le matériel plutôt que celui de The Secret Relationship, qu’il n’a peut-être pas lu avec attention. Pourquoi l’aurait-il fait? Il connaît et est convaincu de sa propre thèse… Brock, en vieux compagnon de la Christian Identity (devant laquelle il traite du sujet au plus tard en 1994) leur a sans doute confié, probablement par vanité, en confidence, le fait qu’il était l’auteur de Who Brought the Slaves… et sans doute compte-t-il sur leurs réseaux pour diffuser sa propre édition et en tirer, enfin, quelque profit. Ici encore, c’est probablement par maladresse que la Christian Identity révèle le pot au rose sur Usenet en 1995.

Conclusion

Aucun auteur de fiction n’aurait osé inventer un personnage aussi excessif et apparemment paradoxal que Robert Lee Brock: un militant de la cause noire, militant des réparations, Garveyiste, séparatiste, antisémite délirant et négationniste au point de s’engager avec conviction et constance auprès des suprémacistes blancs américains et allemands les plus virulents, y compris en costume du Ku Klux Klan.

D’un certain point de vue, il reste totalement marginal. Pourtant, l’opuscule antisémite qu’il rédige à la fin des années 1960 est bien à l’origine, quand bien même à l’issue d’un parcours sinueux, de l’une des principales nouvelles accusations antisémites de portée mondiale de la fin du XXe siècle et du début du XXIe, popularisée en France par Dieudonné M’Bala. Il ne faut jamais négliger la nocivité des fanatiques de la haine.


Notes.

1. Ann Burlein, Lift High the Cross: Where White Supremacy and the Christian Right Converge, Duke University Press, 2002.

2. Stephen Singular, Talked to Death: The Life and Murder of Alan Berg, Beech Tree Books, 1987.

3.Scriptures for America, vol. V, 1988, p. 20, cité par Richard Hatch May, The Populist Action Committee, Public Eye, 1993, en ligne… Il semblerait que cette petite mise en scène ait pu être une habitude de Brock et Peters: elle est présentée comme telle par Ken Toole dans, Drumming up resentment. The Anti-Indian Movement in Montana, The Montana Human Rights Network, 2000, p. 27. Le fait que la réunion de 1988 était le «Bible camp» de juillet ressort d’un rapprochement entre l’article de Bernd Siegler, «DVU-Chef mit Prominenz. DVU-Kundgebung in Passau: Frey will schwarzen US-Rassisten einladen», TAZ, 22 septembre 1994, p. 4, et le livre de Leonard Zeskind, Blood and Politics: The History of the White Nationalist Movement from the Margins to the Mainstream, New York: Farrar, Strauss and Giroux, p. 172.

4. Henri Pasternak, «La Machine à fabriquer des mythes. La nouvelle alliance entre les dénonciateurs des esclavagistes juifs et les négateurs de la Shoah», L’Arche, no 498-499, septembre 1999.

5. Stephen Atkins, Encyclopedia of Modern American Extremists and Extremist Groups, Greenwood, 2002, p. 51, et Stephen Atkins, Holocaust Denial as an International Movement, Westport: Praeger, 2009, p. 185. Voir également Michael A. Fletcher, «Putting A Price on Slavery’s Legacy», Washington Post, 26 décembre 2000, sur le discours démagogique et antisémite de Brock visant à obtenir ces $50 de ses auditeurs, alors qu’il n’a aucune base concrète pour obtenir ce qu’il leur promet.

6. Selon le journaliste Juan Williams, Brock serait parvenu à escroquer 165 000 personnes sur la durée de sa très longue carrière de «militant» (Juan Williams, Enough: The Phony Leaders, Dead-end Movements, and Culture of Failure that are Undermining Black America, and What We Can Do About It , New York: Random House, 2006, p. 78). 165 000 fois $50 font $8 250 000… Ces informations se trouvent sous une forme plus détaillée dans le long article de Tatsha Robertson, «Reparations pitch draws hope, scorn», Boston Globe, 17 octobre 2000, p. B1.

7. Stephen Atkins, Encyclopedia of Modern American Extremists and Extremist Groups, Greenwood, 2002, p. 50-53 et Stephen Atkins, Holocaust Denial as an International Movement, Westport: Praeger, 2009, p. 185-186. Dans le premier ouvrage, Atkins fournit 1925 pour année de naissance de Brock, et 1926 dans le second. C’est Robert Brock lui-même qui rapporte avoir fondé en 1946 (et non 1945 comme le rapporte Atkins) la Cosmopolitan Brotherhood Association (in Ben Weintraub [pseudonyme de la militante antisémite Margaret Stucki, voir plus bas], Holocaust Dogma of Judaism: Keystone of the New World Order, Robert L. Brock, 1995, quatrième de couverture, voir plus bas sur cet ouvrage). Brock prétend également avoir fondé le Self Determination Committee en 1946 (ibid.). Les informations biographiques sur Robert Brock de Stephen Atkins proviennent principalement de l’article très fouillé de Tatsha Robertson, «Reparations pitch draws hope, scorn», Boston Globe, 17 octobre 2000, p. B1.

8. Robert Brock y publie des encarts publicitaires comme dans le numéro du 21 mai 1965 de Muhammad Speaks (p. 15), mais il apparaît principalement dans des articles sur son activité militante et culturelle: «West African Fashion Show Displays Inventive Design», Muhammad Speaks, 16 avril 1965, p. 17; «Black Self-Determination Committee Brings African History to L.A. Schools», Muhammad Speaks, 28 mai 1965, p. 18; «Two Who Refused to Go Say: Will Not Kill Asians For White Supremacy», Muhammad Speaks, 1er juillet 1966, p. 6; «Californian's Suit Challenges U.S. Rights to Draft Negroes», Muhammad Speaks, 9 septembre 1966, p. 9 (vol. 5, no 51). La photo de Robert Brock de 1966 que nous présentons est tiré de Muhammad Speaks, 16 septembre 1966, p. 16. Brock est de nouveau mentionné dans «As ‘Colonolial’ Subjects and Targets of Bias, 2 Youths Demand Draft Exemption», Muhammad Speaks, 27 janvier 1967, p. 9.

9. Robert Brock fait partie des orateurs invités à s'exprimer par la veuve de Malcolm X le 19 février 1967 lors d’un «Kuzaliwa services» anniversaire en l’honneur de Malcom X (mentionné dans House of Representatives, Hearings before the Committee on un-american activities, Nintetieth Congress, First Session, november 28, 29 and 30 1967, Washington: U.S Government Printing Office, 1968, p. 1278.

10. Muhammad Ahmad (Max Sanford), We Will Return in the Whirlwind. Black Radical Organizations 1960-1975, Chicago: Charles H. Kerr Publishing Company, 2007, p. 296). Voir, sur le sujet des réparations, le point dans Encyclopedia of African-American Culture and History, Second Edition, Thomson Gale, 2006, vol. 5, article «Reparations», p. 1924-1927. Sur Queen Mother Audley Moore, personnage remarquable qui vécut un siècle, voir Mari Jo Buhle, Paul Buhle & Dan Georgakas (éd.), Encyclopedia of the American Left, New-York: Garland Publishing Inc., 1990, p. 486-487.

11. Cité dans United States. Congress. Senate. Committee on Foreign Relations. Subcommittee on the Genocide Convention, Hearings before a subcommittee of the Committee on Foreign Relations, United States Senate, 91st Congress, 2nd session, on Executive 0, 81st Congress, 1st session. The Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide. April 24, 27, and May 22, 1970, Washington: U.S Government Printing Office, 1970, p. 83.

12. Il y a une littérature abondante sur le sujet. Pour un survol, voir Dana Johnson, “Separation or Death: One Hundred Years of White Supremacist-Black Nationalist Alliances in America”, The Spark, 2007, en ligne…

13. Henri Pasternak, «La Machine à fabriquer des mythes. La nouvelle alliance entre les dénonciateurs des esclavagistes juifs et les négateurs de la Shoah», L’Arche, no 498-499, septembre 1999 et Uncommon Ground: The Black African Holocaust Council and Other Links Between Black and White Extremists, New York: Anti-Defamation League, 1994, en ligne…

14.Extremism on the Right. A Handbook, New York: ADL, 1988, p. 141-142. En 1987, Robert Brock soutient le Pace Amendment sur les ondes radio aux côtés d’un militant suprémaciste des Aryan Nations, Dwight McCarthy, dans l’émission de celui-ci, «Aryan Nations Hour», sur la station KZZI, dans l’Utah (William Robbins, «‘Aryan Nations Hour’ Mixes God and Hate in Utah», New York Times, 14 décembre 1987, p. A16).

15.Extremism on the Right. A Handbook, op. cit., p. 167. Il s’agissait de «Harold Von Braunhut», homme d’affaire et inventeur américain impliqué dans plusieurs groupes parmi les plus racistes et les plus antisémites, dont le Ku Klux Klan, qui avait la particularité d’être né à New York, dans une famille juive… Au delà de la haine qui animait ses participants, une forme de burlesque sordide émane de cette réunion raciste et antisémite de 1988 organisée par un noir, avec la participation d’un militant d’origine juive. Sur Harold Von Braunhut, voir Eugene L. Meyer, «Contrasts of a private persona», Washington Post, 25 avril 1988.

16. Graham Macklin, Failed Führers: A History of Britain’s Extreme Right, New York: Routlege, 2020, p. 467. Malone et Hoy font partie d’un petit parti raciste de «troisième voie», le National Democratic Front, de Gally Gallo, un ancien du National Front britannique (fondé sur des principes nationaux-socialistes chrétiens et fascistes). Ces militants ont cultivé des liens avec la Nation of Islam de Farrakhan les uns publiant des textes des autres et vice-versa, autour de projets racialistes de séparation radicale entre blancs et noirs (Mattias Gardell, In the Name of Elijah Muhammad: Louis Farrakhan and the Nation of Islam, Durham: Duke University Press, 1996, p. 275-276, 413-414).

17.Uncommon Ground: The Black African Holocaust Council and Other Links Between Black and White Extremists, New York: Anti-Defamation League, 1994, en ligne…

18. Gerard Braunthal, Right-Wing Extremism in Contemporary Germany, Palgrave Macmillan, 2009, p. 57. En 1991, on y croisait le négationniste David Irving.

19. Cas Mudde, The Ideology of the Extreme Right, Manchester University Press, 2000, p. 65.

20.«Pan-Aryanism binds hate groups in America and Europe», Intelligence Report, Southern Poverty Law Center, Fall Issue August 29, 2001, p. 148, en ligne…

21. Ursula Muller, «Natives on annual congress of racists in Germany», alt.native, Usenet, 24/10/1996, Message-ID: <v01510100ae94d961e0e1@[130.244.89.34]>

22.ibid., et Searchlight, 1995, p. 23.

23. Henri Pasternak, «La Machine à fabriquer des mythes. La nouvelle alliance entre les dénonciateurs des esclavagistes juifs et les négateurs de la Shoah», L’Arche, no 498-499, septembre 1999.

24. "Ken P.", Minutes of the First Annual Conference on Racial Separatism, October 1998. En ligne…

25.ibid.

26. Préface à l’ouvrage du complotiste raciste Michael Collins Piper, Final Judgment, American Free Press, 2004.

27. Voir, Extremism in America: Willis Carto, ADL, 2013.

28. Stephen Atkins, Holocaust Denial as an International Movement, p. 166, 185.

29. Richard Hatch May, The Populist Action Committee, Public Eye, 1993, en ligne…

30. Michael Collins Piper, Best Witness, Washington D.C.: 1994, p. 96.

31. George Michael, Willis Carto and the American Far Right, University Press of Florida, 2008, p. 56-57.

32. Le personnage très charismatique de Leonard Jeffries, fait l’objet d’une abondante littérature polémique, imputable au racisme proprement délirant de ce tenured professeur de Black Studies au City University College de New York depuis 1972, alors qu’il n’avait jamais rien publié avant, ni ne publierait jamais rien de toute sa «carrrière». D’ailleurs, lorsqu’il se vit offrir la direction du Urban Studies Program du CCNY (qui deviendrait le Black Studies Program), il n’avait pas achevé son cursus, et c’est à la condition expresse qu’il le termine qu’il avait été nommé, une procédure très inhabituelle dans un monde où de telles nominations ne se produisent que pour des universitaires qui ont fait leurs preuves pendant plusieurs années après leur Ph.D. Jeffries avait bénéficié de toutes les bourses et facilités possibles dans ses études, un paradoxe amer compte-tenu de ses futures dénonciations violentes du «racisme» d’un système qui l’avait particulièrement choyé (Lаwrence Nannery, «The Costs of Political Correctness», in, Paul Gottfried (Ed.), Theologies and Moral Concern, New Brunswick: Transaction Publishers, 1995, p. 86). Jeffries achève donc une thèse (qui porte sur la politique de la Côte d’Ivoire). Lаwrence Nannery relève que celle-ci est banalement médiocre, que Jeffries s’y montre obséquieux envers les membres de son jury et que n’y figure aucune trace du racisme qui marquera pourtant toute sa carrière ultérieure (ibib., p. 87). Cependant, insiste Lawrence Nannery, ce fut la seule et unique publication de Jeffries. Il faut souligner ce point: Leonard Jeffries n’a jamais produit le moindre article dans une publication ayant ne serait-ce qu’une apparence savante, ni le moindre ouvrage. Pourtant toute sa carrière, il laisse publier des présentations ou des publicités pour des interventions à l’invitation d’organisations estudiantines dont l’un des arguments martelé (outre de multiples domaines de compétences…) est qu’il serait «l’auteur de nombreux ouvrages» (par exemple, publicité de la Fraternité Omaga Psi Phi, The Alestle, 13 février 1996, p. 7): un mensonge au premier degré. Jeffries voit dans la mélanine des noirs (le «peuple du soleil») l’explication — qu’il a enseignée pendant des décennies — de leur supériorité physique, intellectuelle, spirituelle et morale sur les blancs (le «peuple de la glace»). Il considère — il l’a également enseigné pendant toute sa carrière — que les technologies, la culture et la spiritualité orginelle des Noirs d’Afrique ont été pillées et dénaturées par les blancs qui complotent désormais pour dégrader les Noirs et les maintenir dans une position d’aliénation. En 1989, il soutenait à la télévision (mais aussi dans son enseignement) que le SIDA était le fruit d’une conspiration blanche contre les Noirs (Jason DeParle, «Talk of Government Being Out to Get Blacks Falls on More Attentive Ears», New York Times, 29 octobre 1990, p. B7), une ineptie complotiste partagée avec la Nation of Islam et importée en France par Dieudonné. Il n’est pas étonnant qu’une version antisémite de ces absurdités ait circulé: En 1987, Steve Cokely, militant noir et adjoint au maire de Chicago affirmait, dans des conférences enregistrées sur cassettes et diffusées auprès de militants de la Nation of Islam que des médecins juifs inoculaient le virus du SIDA à des enfants noirs — et évidemment qu’un complot juif visait à oprimer les Noirs et à dominer le monde… Le maire mit près d’une semaine avant de le congédier (voir les numéros de mai 1988 du Chicago Tribune). Les Juifs tiennent une place particulière dans le panthéon des dénonciations de Leonard Jeffries, ainsi qu’on va le voir. Il faisait déjà des remarques antisémites en 1984 (Joseph Berger, «College Chief Calls Jeffries ‘Racist,’ but Defends Keeping Him», New York Times, 5 novembre 1991, p. B1, qui date l’incident de 1985 mais c’est une erreur, voir ci-après): le professeur Mitchell Seligson, candidat au poste de directeur du département des International Studies, retirera sa candidature suite à cet incident, qui n’eut aucune conséquence sur la carrière de Jeffries (Philip Kay “Guttersnipes” and “Eliterates”: City College in the Popular Imagination, These, Columbia University in the City of New York, 2011, p. 391-392. Cette thèse propose la meilleure présentation des affaires Jeffries notamment de leur émergence dans un contexte de grave crise sociale et politique pour les Noirs américains dans les années 1980, objets de comportements et violences racistes particulièrement aigües pendant cette décennie. Philip Kay décrit également avec beaucoup de pertinence l’instrumentalisation politique dont furent l’objet les affaires Jeffries de la part d’une presse ultra-conservatrice, très à droite, qui tentait de jeter le bébé des politiques sociales compensatrices en faveur des Noirs avec l’eau du bain d’un Jeffries délirant et marginal qui en incarnait une dérive aussi spectaculaire qu’isolée). En 1987, interrogé sur ce qu’il fallait faire des blancs, Jeffries répond que selon lui, «il faudrait les faire disparaître de la surface de la terre» (cité par Philip Kay ibid., p. 392). Cette aspiration génocidaire semble perdurer chez Jeffries qui réitère une déclaration analogue en 1995 (The Rutherford Institute Magazine, vol. 4, n. 5, May 1995, p. 13: il déclare aspirer à un monde «sans blancs» pour ses enfants, dans une interview où il affirmait également que les Noirs étaient toujours des esclaves qui devraient s’éveiller en se demandant par quel moyen trancher la gorge de leur maître…) Lawrence Nannery mentionne que l’incompétence radicale de Jeffries s’étendait aux aspects administratifs et managériaux et affirme que seule la peur de l’accusation de racisme a longtemps empêché son Université de réagir en conséquence (op. cit., p. 86). Il est incroyable qu’un imposteur du calibre de Jeffries ait pu bénéficier d’une tenure et proposer des décennies durant un enseignement irrationnel, complotiste et raciste, arrivant systématiquement en retard à ses cours, se comportant comme une diva, faisant régner une ambiance sectaire (Philip Kay op. cit. p. 438-439 et Richard M. Benjamin, « The Bizarre Classroom of Dr. Leonard Jeffrie», The Journal of Blacks in Higher Education, no 2, winter 1993/1994, p. 95), psychopate, homophobe et ordurier (il menace de tuer un étudiant journaliste si celui-ci révélait que Jeffries avait traité le très respecté universitaire Henry Louis Gates Jr de «punk et de pédé», rapporte l’étudiant en question, J. Eliot Morgan, dans «The Truth About Jeffries», Harvard Crimson, 2 novembre 1991, en ligne…). Les témoignages abondent sur les «gardes du corps» dont Leonard Jeffries est partout accompagné, y compris à ses cours, ou dont il impose la présence lors de sessions administratives de son Université où son cas doit être discuté, ou d’interviews (comme celle de Eliot Morgan durant laquelle c’est un tel «garde du corps» qui arrache des mains de l’étudiant les bandes de l’enregistrement qui gênent Jeffries: nous sommes en présence d’un vulgaire comportement de caïd). Pour une présentation détaillée des thèses «mélanistes» de Jeffries et un profil sociologique de ce dernier, voir Sarah Fila-Bakabadio, Africa on my mind: histoire sociale de l’afrocentrisme aux États-Unis, Paris: les Indes savantes, 2016, p. 48-56 (notamment). Cet ouvrage tiré d’une thèse offre une étude fondamentale des conditions d’émergence des thèses et milieux afroncentristes et des fonctionnements de ces derniers aux États-Unis. On regrettera que sont autrice qualifie Leonard Jeffries d’«historien» tant celui-ci n’a jamais rien produit et surtout ne s’est jamais conformé à une méthode qui approche de près ou de loin les exigences minimales de la production d’un savoir historique. Sarah Fila-Bakabadio confirme d’ailleurs elle-même l’absence de publications de Jeffries (hors quelques textes publiés sur des sites web) et mentionne même que s’il semble exister des «ouvrages», elle n’en donne aucun titre et précise que «Au City College, Leonard Jeffries conserve les exemplaires disponibles de ses ouvrages et en régule la consultation» (op. cit., p. 52, note 111). Nos recherches dans les grands catalogues de monographies et d’articles n’ont, quant à elles, pas ramené le moindre résultat… Enfin il faut relever que l’amateurisme déchaîné et le dogmatisme radical de Jeffries ont eu une influence délétère sur le discours historique officiel du Ghana (où Jeffries s’est rendu de très nombreuses fois) portant sur l’histoire de l’esclavage dans cette région: à cause de Jeffries, un récit falsifiant la réalité est promu, qui aboutit, amère conséquence, au brouillage entre victimes et bourreaux (Susan Benson, «‘They came from the north’: historical truth and the duties of memory along Ghana’s slave route», The Cambridge Journal of Anthropology, 2007/2008, Vol. 27, No. 2, notamment p. 92-94, 99). Malheureusement, Susan Benson semble avoir été seule à dénoncer cette aberration et le rôle de Jeffries dans son élaboration.

33. Michael Novick, un militant anti-raciste américain soutient que Brock a inventé la participation de Jeffries et l’annulation subséquente à seules fins de publicité (Michael Novick, mail à Ken McVay, Subject: RE: Robert Brock, 12 mars 2000, en ligne… Toutefois Novick confirme que Robert Brock a bien invité Leonard Jeffries. Celui-ci aurait déclaré ne pas avoir répondu à l’invitation, mais il ne faut pas exclure que, compte tenu des propres déboires de Jeffries pris dans le scandale de ses déclarations antisémites depuis l’été 1991 (voir plus bas), il ait préféré ne pas être associé publiquement, tout début 1992, à un Robert Brock spectaculairement lié à des néo-nazis, d’autant plus que la presse avait annoncé à l’avance sa présence et révélé qu’il devait toucher 2500 dollars pour sa prestation (Owen Mortiz, «Jeffries set to talk race», Daily News (New York), 28 janvier 1992, p. 2). Ses dénégations sont donc à prendre avec prudence. Quoiqu’il en soit, que Brock ait invité Jeffries témoigne selon nous, de l’existence de relations entre les deux hommes.

34.Uncommon Ground: The Black African Holocaust Council and Other Links Between Black and White Extremists, New York: Anti-Defamation League, 1994 (en ligne…) et Tom Tugend, «Revisionist meeting a fizzle, but street protesters sizzle», Jewish Telegraphic Agency, Daily News Bulletin, 3 février 1992, p. 4.

35. Dr. Robert L. Brock (Herausgeber), Freispruch für Deutchland, München: FZ-Verlag, 1995. Sont notamment mis à contribution Rassinier, David Irving ou Austin J. App. Robert Brock n’est évidemment aucunement fondé à utiliser la désignation «Dr.» devant son nom.

36.«Ben Weintraub, Holocaust-Dogma», Holocaust-Referenz. Argumente gegen Auschwitzleugner, en ligne…

37. Stephen Atkins, Holocaust Denial as an International Movement, Westport: Praeger, 2009, p. 186. Atkins commet une erreur en attribuant à Brock lui-même la paternité de l’ouvrage. Je remercie vivement Jürgen Langowski, responsable du site Holocaust-Referenz, qui a attiré mon attention sur l’identité véritable de l’auteur de Holocaust Dogma… et sur l’erreur de Atkins. Certains éléments de l’ouvrage suggèrent cependant, selon nous, que Brock a bien été impliqué dans sa rédaction (références à Walter White notamment, voir plus bas).

38.«Ben Weintraub, Holocaust-Dogma», Holocaust-Referenz. Argumente gegen Auschwitzleugner, en ligne…

39. Déclaration de «Dr. Robert Brock, publisher of this book», in Ben Weintraub [pseudonyme de la militante antisémite Margaret Stucki], Holocaust Dogma of Judaism: Keystone of the New World Order, Cosmo Publishing Co, 1995, non paginé (après la couverture, page intitulée «From present-day historians and authorities, we hear»).

40. Quelques exemples: Darrell Dawsey, «Reparations Sought for Black Americans: Slavery: Activist says government should compensate descendants of captured Africans enslaved in America for ‘loss of culture and of humanity’», Los Angeles Times, 10 décembre 1990; Lena Williams, «Blacks Press the Case for Reparations for Slavery», New York Times, 21 juillet 1994, p. B10; Michael A. Fletcher, «Putting A Price on Slavery's Legacy», Washington Post, 26 décembre 2000; Jeffrey Ghannam, «Repairing the Past: Demands are Growing for Reparations for the Descendants of African Slaves in America. How the Issue is Resolved May be Key to this Country’s Continuing Search for Racial Harmony», ABA Journal (American Bar Association), vol. 86, no. 11, november 2000 (dont est issu la photo de Robert Brock, p. 42, en tête de la présente page).

41. Murray Friedman, What Went Wrong? The Creation & Collapse of the Black-Jewish Alliance, New York: The Free Press, 1995, p.79-81.

42.ibid.

43. Voir notamment Lawrence B. Goodheart, The ambivalent antisemitism of Malcolm X, Patterns of Prejudice, 1994, vol. 28 no 1.

44. Khalid Muhammad passera de l’ironie allusive à la négation assumée au plus tard en 1997, lorsqu’il affirme «The so-called Jew claims that there were six million in Nazi Germany. I am here today to tell you that there is absolutely no evidence, no proof. There is absolutely no evidence to substantiate, to prove that six million so-called Jews lost their lives in Nazi Germany» (discours à la San Francisco State University du 21 mai 1997, cité par Bob Herbert, «In America; The Hate Virus», The New York Times, 10 août 1998, p. 15).

45. Henri Pasternak, «La Machine à fabriquer des mythes. La nouvelle alliance entre les dénonciateurs des esclavagistes juifs et les négateurs de la Shoah», L’Arche, no 498-499, septembre 1999.

46. Le 7 décembre 1993, Colin Ferguson, natif de la Jamaïque, fait feu sur les passagers du train de banlieue de la ligne Long Island-New York, tous blancs et asiatiques, en tuant six et en blessant dix-neuf autres. Dans des notes manuscrites, il justifie son acte par le racisme dont il a été victime et dit sa haine des blancs, des hispaniques, des asiatiques et des «nègres Oncle Tom» (voir Helen Taylor Greene & Shaun L. Gabbidon (éds.), Encyclopedia of race and crime, SAGE Publications, Inc., 2009, p. 296-298). Khalid Muhammad déclare à Howard: «J’aime Colin Ferguson, qui a tué ces blancs dans le train de Long Island. Dieu a parlé à Colin Ferguson et lui a dit, prends le train, Colin, prends le train, cité par Anti-Defamation League, The Nation of Islam: The Relentless Record of Hate (March 1994 - March 1995), ADL, 1995, p. 13, en ligne…

47. Pour un examen et une réfutation de cette accusation ainsi qu’une bibliographie, voir Nicolas Bernard, «Les Juifs et la traite négrière transatlantique, une accusation antisémite délirante. Un avatar du complot juif mondial, 2018, en ligne sur PHDN…

48. Henri Pasternak, «La Machine à fabriquer des mythes. La nouvelle alliance entre les dénonciateurs des esclavagistes juifs et les négateurs de la Shoah», L’Arche, no 498-499, septembre 1999.

49. Discours de Leonard Jeffries du 20 juillet 1991, «Our Sacred Mission», à l’Empire State Black Arts and Cultural Festival à Albany. On trouve facilement la retranscription complète du discours et sa video quasi complète. Il a fait l’objet d’une publication en quelque sorte officielle par l’ASCAC (voir plus bas) dès 1991. Il est reproduit dans Deborah Gillan Straub (éd.), Voices of Multicultural America: Notable Speeches Delivered by African, Asian, Hispanic, and Native Americans, 1790-1995, New York: Gale Research, 1996, p. 620-635. Ce discours, constellé d’accusations antisémites délirantes, et de nombreux propos racistes, a été traduit en français dans un opuscule hagiographique par Jean-Yves Deroche, Docteur Léonard Jeffries: l’homme et ses engagements, Paris: Menaibuc, 2008 (p. 60 pour le passage cité, traduit différemment). Il est tout de même étonnant que personne ne semble avoir pris la peine, pendant près de trente ans, de revenir à la source des prises de parole de Jeffries dans le contexte de la publication de The Secret Relationship… alors que le lien était patent. L’information sur l’identité des membres de son équipe de rédaction, jamais révélée jusqu’au présent travail, était d’un accès trivial. Lors de son discours Jeffries agita notamment un ouvrage de l’historien Jonathan Israel, où, prétendait-il, se trouvait l’illustration de l’implication de «Juifs riches» dans la traite transatlantique. Le procédé est identique à celui des négationnistes qui font mine de s’appuyer sur les travaux d’historiens légitimes. Comme pour les négationnistes, l’ouvrage agîté pas Jeffries devant son auditoire ne contenait nullement les «preuves» de cette implication disproportionnée. En quelques très courts passages étaient mentionnés un lien à l’esclavage de tel ou tel individu à tel moment et en tel lieu, évidemment très circonscrit et sans qu’aucune généralisation ne soit possible. Le procédé — qui confine à la falsification — sera utilisé tout au long de The Secret Relationship. Un argument constamment mis en avant par Jeffries pour réfuter l’accusation d’antisémitisme consiste dès son discours de juillet 1991 à affimer qu’il ne parle «que des Juifs riches». Outre que ce genre de défense a toujours été celle de tous les antisémites, et notamment celle des négationnistes (qui ne prétendent critiquer «que» les sionistes ou «que» certaines élites juives), elle ne résiste guère à l’examen de la prose et des discours de Jeffries: dans le discours de juillet 1991, Jeffries utilise les mots Jew, Jewish et Jewry quarante-huit fois, ce qui ne laisse guère de doute sur la nature de son obsession; tout interlocuteur, tout critique n’est perçu qu’au prisme de ses origines (juives). Lorsque le maire de New York, Ed Koch, reçoit Jeffries, en tant que maire de New York, Jeffries ne s’adresse à lui que comme juif, et non maire de New York. Qu’un haut fonctionnaire du gouvernement critique Jeffries, celui-ci le dénonce immédiatement comme juif. Ce sont bien «les Juifs» qui sont accusés, en tant que tel, parce que Juifs, de comploter contre les Noirs, notamment à Hollywood, mais aussi dans le monde de l’éducation pour les dégrader ou les maintenir dans une position d’infériorité. Au passage Leonard Jeffries n’hésite pas à mentir sur ce qu'un collègue («juif» et convoqué en tant que tel selon une rhétorique antisémite classique) lui aurait «avoué» de la participation des Juifs à l’esclavage (sur ce point, Stephen A. Newman, «At Work in the Marketplace of Ideas: Academic Freedom, the First Amendment, and Jeffries v. Harleston», Journal of College and University Law, vol. 22 n.  Fall 1995, p. 285). La vulgarité de Jeffries et l’antisémitisme même de son argument des «Juifs riches» (outre le recours à un poncif antisémite en lui-même) se révèlent lorsqu’il demande innocemment en quoi il serait scandaleux de critiquer des Juifs puisqu’on critique bien des nazis (interview par Charles Rose du 30 septembre 1991)… Relevons évidemment que la prétendue révélation que des Juif auraient pris part à certains moments, et en certains endroits à des phases des traites négrières et de l’esclavage n’en était nullement une puisque de nombreux ouvrages en faisaient état avant 1991. C’est l’insistance exclusive de Jeffries et de la NOI sur le rôle des Juifs, sans jamais le remettre en contexte (c’est-à-dire le rapporter à sa place au sein des autres responsabilités, à savoir marginale) et le recours à une rhétorique hystérique qui signe l’antisémitisme radical du discours produit par Jeffries et la NOI.

50. Sarah Fila-Bakabadio, Africa on my mind: histoire sociale de l’afrocentrisme aux États-Unis, Paris: les Indes savantes, 2016, p. 196-197. Sarah Fila-Bakabadio donne l’impression qu’un tel affichage public de Leonard Jeffries aux côtés de la Nation of Islam serait tardif alors que, comme nous l’avons vu, il date, au plus tard, de 1991, puisque c’est Jeffries qui coordonne l’équipe qui rédige The Secret Relationship , publiée par la NOI fin 1991 (et qu’il s’affiche la même année avec Khalid Muhammad). Sarah Fila-Bakabadio ne mentionne ni le meeting d’Howard de 1994 ni la conférence de la Million Man March d’octobre 1995. Lorsque Farrakhan parle de ses discussions régulières avec Leonard Jeffries, en 2002, il ne s’agit pas d’un dispositif rhétorique, mais bien de l’évocation d’une relation ancienne.

51. Henri Pasternak, «La Machine à fabriquer des mythes. La nouvelle alliance entre les dénonciateurs des esclavagistes juifs et les négateurs de la Shoah», L’Arche, no 498-499, septembre 1999 et Mary Lefkowitz, History Lesson. A Race Odyssey, New Haven: Yale University Press, 2008, p. 65. Ajoutons que la structure responsable de la publication de The Secret relationship…, the Historical Research Department de la Nation of Islam, est installée dans le Massachusets, l’État où enseigne Tony Martin. Par ailleurs, l’incorporation de The Secret Relationship à un cursus universitaire est explicitement annoncé par Leonard Jeffries dans son discours du 20 juillet 1991. Il faut relever que Martin ne revendique pas, en 1993, sa participation à The Secret Relationship. Dans le récit qu’il fait des déboires que son enseignement afrocentriste radical et son utilisation en cours de The Secret Relationship ont entraînés, il affirme ne pas avoir eu connaissance du contenu de l’ouvrage plusieurs mois après le scandale de sa publication — ce qui est étonnant puisque dès 1992, il figure à son cours (Tony Martin, The Jewish Onslaught. Despatches from the Wellesley Battlefront, Dover, Mass.: The Majority Press, 1993, p. vii-viii). Dans le même passage, cependant, Tony Martin confirme qu’il connaît à ce moment là Leonard Jeffries depuis de nombreuses années, que c’est un collègue (ibid.). Non seulement Martin connaît Jeffries, mais ils sont sur la même longueur d’onde d’un afroncentrisme radical et délirant et Martin sera souvent invité par l’Association for the Study of Classical African Civilizations (ASCAC) fondée par Jeffries en 1984, avec plusieurs membres de l’équipe de rédaction de The Secret Relationship. On le retrouve formellement associé au projet de l’ASCAC en 1996 aux côtés de Jacob Carruthers pour un «African World History Project» où Jacob Carruthers propose notamment à Martin de travailler sur «la tentative des Juifs européens de dominer l’histoire africaine» (Jacob H. Carruthers & Leon C. Harris (ed.), African World History Project The Preliminary Challenge, Association for the Study of Classical African Civilization, 1997, p. 340). Il est compréhensible que Martin ne revendique aucune part puisque la révélation de Jeffries du 20 juillet 1991 est évidemment un faux pas, qu’aucun des membres de l’équipe de rédaction ne s’est déclaré suite à la publication et que Martin aurait eu du mal à justifier d’avoir proposé l’ouvrage à ses étudiants (objectif énoncé explicitement par Jeffries en juillet 1991) en y ayant participé anonymement. La dénégation était donc nécessaire, mais sa proximité avec Jeffries, et les membres de son équipe (Asante produira un compte-rendu enthousiaste du livre antisémite de Tony Martin incluant également des louanges pour The Secret Relationship…: Molefi Kete Asante, Journal of Black Studies, Sep., 1994, Vol. 25 No. 1, p. 118-119) et leurs thèses afrocentristes radicales rendent cette affirmation de totale ignorance du contenu de The Secret Relationship tout à fait absurde. Ce mensonge corrobore selon nous que Martin a très probablement joué un rôle déterminant dans la genèse de The Secret Relationship. On peut également relever que l’une des auteures mentionnées par Jeffries, la militante Charshee McIntyre, a rédigé en 1990 un article sur le rôle des Juifs dans l’esclavage («“Jews” and the Early Slave Trade - The Continuity of the International Slave Trade and Slave System»: la mise entre guillemets de “Jews” est une allusion aux délires afrocentristes accusant les Juifs d’être des usurpateurs suprémacistes blancs racistes sans lien avec les véritables hébreux, noirs comme il se doit, seuls vrais «sémites»…). Cet article, qui ne trouva aucune revue sérieuse (ni aucune revue du tout, en fait) pour l’accueillir apparaît sur internet en 2000, peu après le décès de Charshee McIntyre, sur des sites afrocentristes radicaux. Il offre sous une forme savante des accusations analogues — et des sources communes, déjà citées par Jeffries d’ailleurs, voire présentes dans Who Brought the Slaves to America — à celles de The Secret Relationship qui en reprend certains thèmes, mais pas tous. Ainsi l’accusation (infondée, mais aussi antisémite que classique) qui fait porter sur les Juifs la responsabilité d’une lecture raciste justifiant l’esclavage du mythe de Cham (connue aussi comme «malédiction de Canaan») — qui fut surtout un outil moderne de justification de la traite — est absent de The Secret Relationship mais sera tout au long des années 1990 et 2000 un thème de prédilection de Tony Martin: tous ces gens ont évidemment «travaillé» ensemble à l’élaboration des mêmes contre-vérités antisémites. Enfin, on peut noter que l’historienne Sarah Fila-Bakabadio, auteure d’une thèse sur l’afrocentrisme aux États-Unis, mentionne dans un article de 2007 («Holocauste contre holocauste. De l’articulation d’une rhétorique afrocentriste aux expressions contemporaines d’un antisémitisme noir», Diasporas. Histoire et sociétés, no 10, 2007, en ligne…) la «volonté affichée de Tony Martin de se consacrer à l'écriture des volumes suivants [The Secret Relationship]» (note 5, p. 73).

52. Daniel Levitas, The Terrorist Next Door: The Militia Movement and the Radical Right, New York: Thomas Dunne Books/St. Martin's Press, p. 226. Le caractère fictif de l’interview est confirmée en 2010 par le vieux routier de l’extrême droite, ancien Grand Wizard du Ku Klux Klan, le fondateur de la WAR (White Aryan Resistance), Tom Metzger, dans le journal de la WAR, The Insurgent. The progressive voice of Racism du 28 novembre 2010. Opal Tanner White a longtemps travaillé avec un acteur historique de la haine raciste et antisémite américaine, Gerald K. Smith. Ajoutons que Walter White avait un goût particulier pour les mensonges complotistes antisémites, puisqu’en 1976, il avait réédité un vieil opuscule antisémite, annonciateur des Protocoles des Sages de Sion, que l’escroc Frederick Milligen avait publié, sous le pseudonyme de Osman Bey, en français en 1873, traduit en anglais en 1878, The Conquest of the World by the Jews (ou World Conquest by the Jews, selon l’édition). Notre photographie de Walter White est tirée de sa réédition du pamphlet d’Osman Bey. Sur Milligen/Bey, voir Pierre-André Taguieff, La foire aux illuminés. Ésotérisme, théorie du complot, extrémisme, Paris: Mille et Une Nuits, 2005.

53. Aux pages 53 et 62 de l’ouvrage publiée par Brock on lit que le «Western Front de Walter White en Californie» et précise que Walter White est décédé.

54. Les passages suivant en sont des exemples parfaitement clairs: «these unfortunate creatures were placed into a horizontal position, pressed close together. Mostly they were chained together. In this position they had to remain for three months. until the end of the voyage. Rarely was there a Captain who sympathized with them or evidenced any feelings whatever for these pitiable creatures» (p. 8); «these Negroes were expendable, and endured much» (p. 10); «What terrible and unspeakable suffering was the lot of these millions of Blacks» (p. 15).

55.Who Brought the Slaves…, p. 10. L’usage du terme «negro» n’est pas raciste et était couramment utilisé par les militants noir eux-mêmes jusque dans les années 1970.

56.Who Brought the Slaves…, p. 16.

57.«Dr. Robert L. Brock», présenté à l’occasion d’une conférence sur les «Black Reparations» à Washington en 1988. Brock n’a évidemment aucune légitimité à utiliser le titre de «docteur» dont il fait précéder son nom… En ligne…

58.«Holocaust museum is a monstrous fraud on all of us», the Palm Beach Gazette, 30 décembre 1993. Les 7 et 9 août 1998, le groupe négationniste australien Adelaide Institute organise une «conférence révisionniste» où, après l’intervention téléphonique du négationniste français Serge Thion, «Robert Brock […] spoke by telephone from Washington, DC, about the Jewish role in the trans-Atlantic slave trade» («Revisionist Activism in Australia. The Adelaide Institute Conference», Journal of Historial Review, vol. 17 no. 6, novembre-décembre 1998, p. 10).

59. Paul Hall, «It’s not a black and white battle», Jubilee, novembre-décembre 1994, en ligne…

60. Tom Tugend, «Revisionist meeting a fizzle, but street protesters sizzle», Jewish Telegraphic Agency, Daily News Bulletin, 3 février 1992, en ligne…

61.Who Brought the Slaves…, p. 11.

62.«Holocaust museum is a monstrous fraud on all of us», the Palm Beach Gazette, 30 décembre 1993. Brock signe un texte quasi identique (mentionnant «Sir Robert Rich») sous le titre «United for Holocaust Fairness» dans une feuille afrocentriste publiée à Atlanta, IFA Newsletter (vol. 4, no. 6, may 1996), qui fait également la part belle aux élucubrations antisémites de Leonard Jeffries et Tony Martin. L’Holocaust dont il est question sous la plume de Brock est évidemment celui subi par les Noirs. L’article dans IFA Newsletter se termine par «For additional information on this topic [le rôle des Juifs dans la traite] contact: Dr. Robert L Brock; Cosmopolitan Brotherhood Association; PO Box 70463; Washington, D.C.».

63. Il s’agit de la conférence de l’Adelaide Institute mentionnée précédemment, le résumé de l’intervention de Brock étant proposée dans «Revisionist Activism in Australia. The Adelaide Institute Conference», Journal of Historial Review, vol. 17 no. 6, novembre-décembre 1998, p. 10.

64.Who Brought the Slaves…, p. 27.

65.Who Brought the Slaves…, p. 5.

66. Jubilee95, «Who brought the slaves to America», 1995/11/16, misc.activism.militia, Message-ID: <816566240$2887@atype.com>. Toujours en ligne… On peut raisonnablement supposer qu’il s’agit d’un retirage de l’opuscule par Robert Brock lui-même.

67. C’est d’autant plus probable que, au moins pour son premier ouvrage sur Garvey (Race First: The Ideological and Organizational Struggles of Marcus Garvey and the Universal Negro Improvement Association, Westport, Connecticut and London: Greenwood Press, 1976), Tony Martin a interviewé de vieux Garveyistes et participé à leurs réunions (mentionné notamment ibid. p. 210). Martin ne cite pas explicitement Brock, mais cela n’exclut nullement qu’il l’ait croisé, compte tenu de son enquête au long cours dans les milieux garveyistes: Robert Brock était déjà l’un de ces plus célèbres vétérans.

[ Antisémitisme suprémaciste «noir»  |  Antisémitisme  |  Toutes les rubriques ]